Qui sont les joueurs de poker?

PORTRAIT ROBOT Le stéréotype du joueur de poker présente un homme gras entre deux âges avec un cigare à la main et un chapeau de cowboy couvrant une calvitie. Qu'en est-il réellement?

Matthieu Sustrac
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Un total de 848 joueurs ont participé jusqu'à lundi à l'European Poker Tour.
Un total de 848 joueurs ont participé jusqu'à lundi à l'European Poker Tour. — N. STODDART

L'image du poker est encore confuse et l'idée d'un "jeu de gangsters" est encore bien présente dans l'imaginaire collectif. Pourtant, les résultats des tournois internationaux montrent que les diplômés universitaires et les anciens joueurs d'échecs réussissent à merveille. Les femmes aussi sont de plus en plus présentes... Plusieurs études permettent de dresser un portrait du joueur de poker même si la plupart portent sur des échantillons très réduits ou peu représentatifs.

En 2006, 10 865 personnes issues de 96 pays et de 37 secteurs professionnels ont cependant répondu à un sondage réalisé par l'eCOGRA. Ce sondage a permis de dresser un portrait du "joueur en ligne" type. Cette étude rassemble tous les types de jeu sur internet et ne se limite pas au poker. Elle montre que les joueurs ne sont pas là pour gagner de l'argent sur le long terme mais pour se divertir et pratiquer un loisir. Détente et Excitation sont des réponses qui arrivent ainsi largement devant "faire de l'argent" ou "pour gagner".

Un milieu masculin

Côté poker, le joueur en ligne type est plutôt un homme (73,8 %), âgé de 26 à 35 ans (26,9 %) et jouant de 2 à 3 fois par semaine (26,8 %) pour des sessions comprises entre 1 et 2 heures (33,3 %).  Un joueur sur quatre a indiqué jouer une ou deux tables en même temps. Les femmes représentent elles 55% des joueurs de casino en ligne. Commentant les résultats du sondage, Andrew Beveridge, chef de la direction d'eCOGRA, avait déclaré : "Notre mandat est de faire connaître aux joueurs les exploitants qui répondent aux attentes de la majorité en matière de jeu équitable, de conduite responsable et de moyens de combattre le jeu compulsif. Nous [...] reconnaissons également qu'il reste beaucoup de chemin à parcourir".

Des joueurs éduqués et en bonne santé financière

Terre d'origine du poker, l'Amérique dispose d'un réservoir estimé de près de 55 millions de joueurs de poker. Un quart de ces pratiquants seraient aussi des joueurs sur Internet. La Poker Players Alliance, une association américaine parmi les plus influentes et comptant plus d'un million de membres, a interrogé ses membres pour en savoir plus. Il ressort que 72% de ses membres sont allés à l'université. Trois membres sur quatre ont aussi un âge compris entre 30 et 64 ans. Enfin, un membre sur deux de l'association gagne au moins 50 000 dollars par an. Autre fait intéressant, les joueurs de poker américains sont des patriotes. Le pourcentage des adhérents de la PPA  qui ont servi dans l'armée US est deux fois et demi plus important que la moyenne nationale.

Une population rationnelle

Sur le forum poker anglophone de référence (2+2), les membres ont participé à un test de personnalité (Le Myers Brigss Type Indicator ). Si les résultats sont sujets à caution, car c'est un certain type de gens qui se rendent sur ce site, ils indiquent que seul un profil est plus répandu dans la population interrogée que dans la population "normale". Ce profil, c'est le profil désigné par les lettres INTJ. Un profil regroupant au maximum 2,5 % de la population normale et qui désigne des personnalités rationnelles. S'il fallait cinq mots pour les décrire, cela serait : Organisateur, scientifique, perfectionniste, analyste et indépendant.

Addict

Une étude faite à Harvard et publiée en 2009 montre que 5 % des joueurs d'une site de poker online montrent des signes d'addiction. Réalisée sur 3.400 nouveaux inscrits et sur une période de deux ans, la recherche semble réfuter l'idée d'un problème de santé publique à venir.

"Les politiciens, avocats et chercheurs ont indiqué leur inquiétude à propos de l'impact du jeu en ligne sur la santé publique. Malheureusement, la validité de telles affirmations restent floues. Bien que le jeu en général soit largement considéré comme un terreau de l'addiction, les chercheurs en savent très peu sur la manière dont les différents type de jeux influent sur le développement de l'addiction. Le jeu en ligne peut prend beaucoup de formes et nous ne savons pas si un jeu différent amène un risque différent", indique les conclusions de l'étude qui enchaîne sur la modestie globale des mises. Dans l'étude eCOGRA, la plupart des joueurs indiquent d'ailleurs être gagnant ou perdant selon une marge de 40 euros par semaine, le coût d'une soirée dans un bar et d'un retour en taxi...