Stéphane Matheu: «Les joueurs étaient très mal préparés par rapport aux enjeux et sommes mises en jeu»

INTERVIEW Coach et manager chez Winamax depuis mai 2010, l'ex-tennisman professionnel tient un rôle encore rare dans le monde du poker...

Propos recueillis par Lauren Horky

— 

Stéphane Matheu, ancien tennisman devenu coach de poker.
Stéphane Matheu, ancien tennisman devenu coach de poker. — Winamax

Basé à Londres, Stéphane Matheu a été recruté au printemps par Winamax en tant que coach et manager d’un team de 14 joueurs. Ex-tennisman professionnel, le Français de 37 ans tient un rôle précurseur dans le monde du poker.

 

Avant toute chose, comment passe-t-on du tennis au poker?

Ce n’est en effet pas forcément logique ou intuitif… En fait, j’ai arrêté ma carrière en tant que tennisman professionnel fin 1999 et je suis parti début 2000 à Las Vegas pour reprendre mes études en business et finances. Là-bas, j’étais assistant coach des équipes de tennis pour me payer la fac. J’ai rencontré Gus Hansen, super star mondiale du poker, qui cherchait quelqu’un pour jouer. A cette époque, cela faisait déjà quatre ans que j’étais installé mais je ne m’étais absolument pas intéressé au phénomène poker. Je ne savais même pas que certains joueurs pouvaient en vivre. Mais j’ai commencé à entraîner Gus et on est devenu amis. Par la suite, grâce à lui, j’ai renoué avec David Benyamine, un ami d’enfance lui aussi tennisman, alors passé pro au poker, et Patrick Antonius, un autre joueur du gratin mondial. A force de les côtoyer, j’ai commencé à me montrer curieux. Je suis alors tombé très vite amoureux du jeu, vers 2005, au moment de l’explosion aux Etats-Unis. J’ai assisté à ma première partie au Bellagio à Las Vegas, un truc de fou qui m’a conquis.

Quelles sont les similitudes entre tennis et poker?

J’ai rapidement perçu de nombreux parallèles avec le monde du sport professionnel par rapport à l’explosion du jeu, à la médiatisation, au sponsoring… En revanche, concernant le management des joueurs, il m’a semblé qu’ils étaient dans l’ensemble très mal préparés par rapport aux enjeux et sommes mises en jeu. J’ai pensé que mon vécu en tant que sportif professionnel, combiné à mon expérience même relativement fraîche en business, pourrait apporter quelque chose. J’y ai réfléchi de plus en plus, je me suis dit que ce phénomène arriverait aussi en Europe et qu’il y aurait forcément à terme un besoin de la part des joueurs.

Quand vous êtes-vous finalement lancé?

J’ai commencé mon activité dans le poker en 2008, avec Bertrand «Elky» Grospellier et son mentor Jacques Zaicik. On a mis au point une structure où je suis devenu son coach, son agent et son manager. On a été les premiers à mettre une telle structure en place et cela a magnifiquement fonctionné. En 18 mois de collaboration, Elky a gagné plus de 5 millions de dollars en tournois. Cette approche du poker, similaire à celle d’un sport de haut niveau, étant inédite, il a beaucoup attiré les médias.

Deux ans plus tard, vous vous séparez pour rebondir chez Winamax…

Avec l’ouverture du marché, j’ai été approché début 2010 par pas mal de sites Internet, dont Winamax. On a discuté longuement et finalement ils m’ont proposé quelque chose que j’ai pris comme un super challenge, à savoir essayer de reproduire ce que j’avais fait avec Elky à une échelle bien plus importante, en prenant en charge un team de 14 joueurs. Cela signifie gérer des personnalités différentes, avec un peu plus de moyens et plus de responsabilités.

Comment travailles-tu concrètement avec les joueurs du team?

Ce qui a été médiatisé avec Elky concernait l’hygiène de vie du joueur, avec l’intégration du sport, la surveillance de l’alimentation et la gestion des cycles de sommeil. Ce sont des choses naturelles pour des sportifs mais pas forcément intuitives pour des joueurs de poker. Mais en fait j’étais aussi son manager à 100% : je m’occupais de traiter ses e-mails, organiser ses voyages, gérer ses contrats ou ses inscriptions sur les tournois, préparer du rédactionnel… Chez Winamax, j’offre les mêmes services aux joueurs qui veulent jouer le jeu. Mais ça ne leur est pas imposé et je ne peux pas non plus faire le même suivi. Il y a environ la moitié du team qui me suit dans cette démarche. Ainsi, le joueur est déchargé de tous les «parasites» et peut se concentrer sur son jeu à 100%

Est-ce indispensable aujourd’hui pour réussir en tant que joueur pro?

Il y a de plus en plus de joueurs et un niveau qui progresse de façon exponentielle. Or sur un tournoi, il faut être capable de rester concentré jusqu’à dix ou douze heures si ce n’est plus. Rester lucide tant de temps demande une préparation sérieuse. D’autant plus que comme en sport, une fois que le niveau technique maximum est atteint, il faut chercher d’autres moyens d’optimiser ses performances. C’est là qu’interviennent la préparation mentale, l’hygiène de vie, le management… Il ne s’agit qu’une professionnalisation de la discipline, une évolution qui m’apparaît logique et nécessaire.