WSOP 2010: Le joueur de poker pro, un sportif (un peu) comme les autres

POKER Pour tenir la distance aux championnats du monde, il n'y a pas de place pour le laisser-aller...

Nicolas Buzdugan, à Las Vegas

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Le joueur français Benjamin Pollak à sa table lors des WSOP 2010 à Las Vegas (photo prise le jeudi 8 juillet 2010)
Le joueur français Benjamin Pollak à sa table lors des WSOP 2010 à Las Vegas (photo prise le jeudi 8 juillet 2010) — Barrièrepoker.com

De notre envoyé spécial à Las Vegas

Cela peut faire sourire, mais rester à une table de poker pendant près de dix heures par jour, c’est du sport. Surtout quand on vient jouer LE tournoi de l’année. Pas question de faire la bringue toute la nuit ou de se laisser aller sur l’alimentation, sous peine de perdre en concentration et en lucidité à la table. «Ca fait plusieurs mois que je sais que je vais faire le Main Event donc je fais plus attention à mon hygiène de vie», explique Benjamin Pollak, un joueur d’une équipe française dont c’est la deuxième participation aux Championnats du monde. «L’année dernière, je mangeais burger sur burger mais cette année c’est fini, j’essaie de manger équilibré», poursuit-il. C’est l’expérience qui parle.

>> Combien sont-ils aux WSOP 2010? Combien gagnent-ils? La réponse par ici

L’expérience, ce n’est pas ce qui manque à Rémy Biechel, la quarantaine, qui appartient à la même team que Benjamin. «Ca fait dix jours que je suis à Vegas, histoire de bien m’acclimater. J’ai pris un bon rythme, je me sens bien», raconte-t-il. «Avec le décalage horaire, on a tendance à se réveiller très tôt ici, ce qui permet aussi de se coucher à des heures raisonnables (entendez avant minuit alors que les journées du WSOP débutent à midi, ndr)». Ceux qui pensaient que les joueurs de poker s’enfilaient sexe, drogue et alcool la veille d’une compétition en sont pour leurs frais.

350e l’année dernière - soit une place payée synonyme de tournoi réussi pour un joueur pro - Rémy n’a, malgré son bon feeling, pas pu éviter l’élimination vendredi après-midi après quelques heures de jeu du Jour 2 du Main Event. «Ce n’est pas mon année de toute façon», lâche-t-il un brin fataliste.

«Il faut être en forme mentalement»

 «Ici, c’est différent des conditions que nous connaissons tout le reste de l’année en France ou sur des EPT (European Poker Tour). Toute l’équipe est dans la même suite donc on vit, on mange, on dort poker tous ensemble», poursuit Benjamin, qui a franchi le Jour 2 et qui aimerait voir plus loin que l’an passé où il avait été éliminé à quelques heures des places payées.

Et on sent que l’enjeu n’est, pour lui, pas du tout le même que sur un tournoi «normal». «Il faut être préparé. En face, il y a du niveau et il faut pouvoir affronter les autres joueurs pendant près de dix heures». Alors comment optimiser ses chances de lire ses adversaires comme dans un livre ouvert? Comment faire les bons calls (suivre) ou les bons fold (se coucher) au bon moment? «Il faut être en forme mentalement pour faire le moins d’erreurs possibles, être lucide pour ne pas s’enfoncer, pour ne pas jouer ‘on tilt’ quand on vient de perdre un coup». Le talent pur cartes en mains n’entre donc en ligne de compte qu’à un second niveau.

L’adage dit «bien dans sa tête, bien dans son corps». Pour les pros de poker présents à Las Vegas, c’est exactement l’inverse.