L’égalité entre les femmes et les hommes au travail, entre trompe-l’œil et réalités

PODCAST Dans « Minute Papillon! », entretien audio avec Marie Donzel, directrice associée du cabinet AlterNego, à propos des inégalités persistantes entre les femmes et les hommes dans le milieu professionnel

Anne-Laëtitia Béraud

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Bienvenue dans notre podcast « Minute Papillon ! », avec notre rendez-vous du jeudi « La Bulle ». Dix ans après la loi Copé-Zimmermann, qui impose un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes et moyennes entreprises, et à quelques jours de la publication des index d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, on s’intéresse dans cet épisode à l’ égalité dans le monde professionnel.

Les entreprises de plus de 50 salariés ont en effet jusqu’à la fin du mois de février pour calculer et publier leur index 2021 de l’égalité professionnelle, basé sur plusieurs critères comme l’écart hommes-femmes dans les rémunérations, les promotions ou les augmentations. En dessous d’un total de 75 points, l’entreprise a trois ans pour se mettre en conformité, sous peine de sanctions financières.

Arguments psychologiques inintéressants

Dans cet épisode intervient Marie Donzel, directrice associée du cabinet AlterNego, experte des questions d’inclusion et de diversité, particulièrement de celles en lien avec le genre. Tout d’abord interrogée à propos du « syndrome de l’imposteur » qui frapperait plus largement les femmes au travail, Marie Donzel souligne : « L’idée selon laquelle les inégalités professionnelles procéderaient principalement de déficiences psychologiques des femmes, avec des débats sur l’acquis et l’inné, est complètement inintéressante ».

« Le "syndrome de l’imposteur" n’est pas un problème psychologique de confiance en soi qui empêcherait d’avoir de l’ambition, de se lancer, d’oser. C’est un problème de contexte dans lequel on se sent en confiance ou pas », relève Marie Donzel dans cet entretien à écouter ci-dessus. La confiance en soi, en la société, en son organisation de travail, frappe tout autant les femmes que les hommes. « Arrêtez de dire que les femmes manquent de confiance en soi. Faites-leur confiance, et vous verrez qu’elles se font confiance », ajoute l’experte.

Difficultés entre annonces et mise en pratique

Déclarée grande cause du quinquennat du président de la République, l’égalité entre les femmes et les hommes représente, pour le gouvernement, « un des champs de bataille prioritaire ». Ce thème est aussi jugé « prioritaire » dans de nombreuses enquêtes réalisées dans le monde professionnel. Or, des sentiments d’injustice et d’incompréhension éclosent lorsqu’il faut mettre en pratique cet effort d’égalité de carrière et de salaires, en instaurant par exemple une politique de discrimination positive en faveur des femmes.

Marie Donzel affirme que « l’idée que les femmes vont piquer les jobs des hommes, ce n’est pas vrai. Ce qui se passe, c’est qu’il va y avoir plus de compétition [dans la hiérarchie]. Et que nous sommes à une époque où ce qui va faire la différence, ce sont des compétences que l’on appelle "soft skills" (« compétences douces ») que d’aucuns attribuent volontiers à des compétences dites féminines, ou qui ont été travaillées davantage par les femmes à travers leur socialisation ».

Compétition accrue dans le monde professionnel

A propos de l’injustice ressentie par des hommes face à la promotion de femmes, Marie Donzel ajoute que « le sentiment d’aigreur est parfaitement compréhensible. Mais il faut poser le problème autrement à cet homme blanc de 40 ans, valide, hétérosexuel [et lui demander] "comment est-ce que tu vas être un bon compétiteur dans un monde qui a changé ? Et pas "comment tu vas être comme papa dans les années 1950, juste quelqu’un qui valide les étapes [dans la carrière]" ? ».

Dans un état de crises multiples, sanitaire, sociale et économique, la mise en œuvre d’une égalité entre les femmes et les hommes peut-elle être freinée, voire brisée ? Marie Donzel déplore que, depuis le déclenchement de la pandémie, les femmes aient été pressées de trouver des solutions et un nouvel équilibre entre le travail et les tâches au foyer. « Ce sont les femmes qui ont payé plus cher la facture sur (…) la charge mentale des masques, la continuité pédagogique lors du premier confinement ou [aujourd’hui] des envies de changement de vie » souvent portées par les hommes dans le couple.

« Confort piégeux » du télétravail des femmes

Prenant l’exemple d’un couple, sur un coup de tête, se reconvertissant dans la boulangerie, Marie Donzel se dit inquiète « pour les carrières de femmes brillantes qui vont peut-être se retrouver boulangères, voir leurs économies fondre comme neige au soleil », et probablement en difficulté si elles veulent, dans quelques années, retourner à leurs postes d’avant la crise.

Quant au télétravail, il représente « un confort piégeux » pour les femmes, estime la directrice associée du cabinet AlterNego. Avec ce mode de travail, celles-ci ont tendance à assumer encore plus de charges au foyer, les tâches ménagères comme la charge éducative des enfants. Selon Marie Donzel, le télétravail, par les femmes, « cela paraît plus confortable pour lancer sa machine à laver durant une pause, plutôt que le soir, quand on rentre crevée du travail et que toute la famille vous saute dessus. Et c’est piégeux parce que c’est le retour de la femme au foyer, et à la double, voire triple journée de travail des femmes ».

20 secondes de contexte

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