Comment choisir ses produits alimentaires bio ? Nos courses avec Christophe Brusset

PODCAST Dans «Minute Papillon!», entretien avec Christophe Brusset, auteur de «Les imposteurs du bio» (Flammarion) sur les dessous pas très chics et les fausses promesses du bio

Anne-Laëtitia Béraud
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Bienvenue dans Minute Papillon !, le podcast d’actualités de 20 Minutes. Aujourd’hui, on s’intéresse aux produits alimentaires biologiques. L’engouement pour ces aliments se poursuit, année après année, dans notre pays. En 2019, plus de 9 Français sur 10 ont déclaré avoir consommé des produits bio, contre 4 sur 10 en 2011, selon l’Agence bio.



Souvent plus chère qu’un produit conventionnel, comment interpréter les étiquettes et les labels quand on choisit sa carotte ? Où l’acheter : au supermarché, au marché, en circuit court comme en Amap, en enseigne spécialisée ? Est-ce que cette carotte bio est forcément meilleure pour la santé et la planète qu’une carotte qui a grandi avec des pesticides ? Acheter une carotte bio qui vient du bout du monde est-il responsable ?

Qu’acheter, et où acheter ?

Dans cet épisode nous recevons Christophe Brusset, ancien cadre dirigeant dans des entreprises internationales de l’agroalimentaire, devenu dénonciateur du business de l’alimentaire. Il revient sur les mensonges et les fausses promesses du secteur dans le récent Les imposteurs du bio (éditions Flammarion, 19 euros). Un ouvrage après son polémique Vous êtes fous d’avaler ça ! (Flammarion, 2015).

Dans cet épisode, nous allons faire nos courses avec Christophe Brusset. Pour l’écouter, c’est simple comme un clic dans le lecteur audio ci-dessus.

Tous les labels se valent-ils ?

L’un des problèmes soulevés par Christophe Brusset : la multiplication des labels et logos. « Il y a aujourd’hui une trentaine de labels, et tous les labels ne se valent pas », remarque-t-il dans ce podcast. « Il y a une inflation de labels pour promettre un peu tout et n’importe quoi au consommateur, en espérant ratisser large », ajoute l’ancien acheteur professionnel de l’agroalimentaire.

A propos des certifications, il note que beaucoup de logos bios sont privés, « et sont généralement plus restrictifs que les logos officiels bio AB et Eurofeuille. » « Mais certaines certifications ne sont rien de plus qu’une marque comme une autre », nuance-t-il.



Acheter des produits bio chinois ?

Parlons de produits biologiques venant de pays lointain. Je lui soumets mon achat d’un bocal d’asperges bio venant de Chine.

« Personnellement, je connais la Chine et y vais très fréquemment depuis les années 1990 (…) J’ai acheté beaucoup de produits en Chine », rappelle l’ancien dirigeant au sein de groupes internationaux de l’agroalimentaire. « Je n’ai aucune confiance dans les produits chinois, qu'ils soient bio ou conventionnels », et ce, après de nombreux scandales, affirme Christophe Brusset.

Il y a aussi un autre problème : « faire venir des asperges qui poussent parfaitement en Europe de l’autre bout de la planète, de Chine, de Chili ou d’ailleurs, est pour moi, anti-écologique. Cela va à l’encontre de la démarche [bio] », souligne-t-il.

Quelles fraudes au marché ?

Autre situation : je choisis d’aller au marché, plutôt qu’au supermarché, acheter des produits bio. Est-ce que le stand des produits moches, parfois étiqueté bio, est forcément bio ? A l’œil nu, rien ne permet de savoir si un produit est bio ou non, note Christophe Brusset. Par ailleurs, certains commerçants vendent chers des produits cabossés ou moches, sous prétexte qu’ils sont bios. Sauf que ce n’est pas toujours la vérité…

Ensuite, les produits conventionnels ne sont pas, par nature, mauvais et bourrés de pesticides par rapport à ceux du bio. Selon Christophe Brusset, « la moitié des produits conventionnels n’ont pas de pesticides détectables. »

Quelles normes sociales dans le bio ?

Autre problème : acheter un produit bio ne certifie pas des conditions sociales du travailleur. Christophe Brusset prend l’exemple du sud de l’Espagne qui produit nombre de légumes et fruits bio, avec des travailleurs, dont des migrants, souvent sous-payés et parfois hébergés dans des conditions déplorables. « Les normes sont extrêmement laxistes et les contrôles ne sont pas adaptés. Les normes ne prennent pas en compte cette dimension sociale » à cause d’un manque d’accord entre les pays européens, ajoute-t-il.

Quelle publicité sur les produits bio ?

La publicité sur les produits biologiques utilise des couleurs et des images en lien avec la terre, du vert notamment. Ce « green washing », l’utilisation de matériaux bruts comme le carton ou du papier kraft pour l’emballage et la décoration visent à donner un effet « naturel, imparfait, surtout sur des produits industriels », alerte Christophe Brusset. Il faut ainsi « rester vigilant : ne vous laissez pas bercer par des belles paroles, de belles images. »

Il conseille enfin de « privilégier les enseignes spécialisées qui militent réellement » par rapport à la grande distribution, mais qui sont plus chères, ou encore d'« aller dans des circuits courts et des Amap ». A propos des labels, il choisit, à titre personnel, « des labels de qualité supérieure comme Biocohérence, Demeter, Nature et Progrès qui vont au-delà des exigences minimums réglementaires ».

20 secondes de contexte

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