VIDEO. Pour ses 60 ans, Astérix sème la zizanie à la radio

ADAPTATION France Culture diffuse le 22 décembre l’adaptation sonore de La Zizanie. Une première sur les ondes depuis plusieurs décennies

Romain Gouloumès

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Dans «La Zizanie», les Gaulois passent plus de temps à se taper dessus que sur les Romains. Lancer le diaporama
Dans «La Zizanie», les Gaulois passent plus de temps à se taper dessus que sur les Romains. — Les éditions Albert René
  • Le célèbre Gaulois fête en 2019 ses 60 ans.
  • En guise de cadeau d’anniversaire, France Culture a réalisé une adaptation radiophonique, enregistrée en public, de La Zizanie. L’enregistrement sera diffusé à l’antenne le 22 décembre 2019, à 21 heures.
  • Passer d’un support images et textes à un format sonore sans perdre l’esprit de la BD, ni l’auditeur, a été un vrai défi pour les équipes en charge de l’adaptation. Notre journaliste a assisté aux ultimes répétitions.

Obélix n’est pas si gros que ça. Quant à Astérix, il a troqué ses légendaires bacchantes contre une paire de lunettes en rectangle. Mais ça, impossible de le savoir uniquement à l’oreille. Dans cette adaptation de La Zizanie, les comédiens Guillaume Briat et Laurent Stocker ne font que prêter leur voix aux deux guerriers en braies. Et la seule case dans laquelle le 15e album de la BD d’Uderzo et Goscinny pourra se glisser, est celle du 22 décembre 2019, 21 heures, sur France Culture (puis en rattrapage sur franceculture.fr).

Alors que la période de Noël ne manque jamais de ressortir des placards les dessins animés des années 1970, cette interprétation radiophonique du Gaulois ne repose que sur le talent des vingt acteurs ainsi que des duos de musiciens et de bruiteurs qui le mettent en son.

Astérix à la radio, un événement

D’aucuns argueront que les aventures d’Astérix, on peut déjà les vivre en livre audio. Pas La Zizanie. « J’ai très vite dit à la maison Albert René [propriété du groupe Hachette, qui détient les droits d’Astérix] que je voulais ce tome, se souvient Cédric Aussir, à la réalisation et à l’adaptation. C’est l’un des mieux écrits, des plus drôles. Ils ont été assez surpris. S’il compte parmi les préférés du public, il est aussi l’un des plus durs à adapter de toute la série. » A dire vrai, pour un récit de 52 pages entrecoupé d’indispensables scènes de castagne, cet épisode est particulièrement bavard. Et comporte une nuance inédite chez Uderzo et Goscinny.

Quand la discorde pointe en effet le bout de son nez, en l’occurrence celui tout petit de Détritus, le fauteur de trouble romain, les bulles de dialogue sont vertes et non plus blanches, et les textes en lettres majuscules. Une nuance qu’il a fallu reproduire en musique. Pour cela, son compositeur Thomas Dalle, est « passé en binaire. Une flûte toute en douceur pour le village, et une clarinette basse pour Détritus. Afin de renforcer le décalage, j’utilise les cordes d’une grosse caisse suspendue quand le personnage se déplace. Ça donne un “boooing”, une tonalité désaccordée. » Signe que quelque chose ne sonne pas rond chez cet odieux personnage.

Par rapport à la BD et ses précédents dérivés, l’auteur de la B.O a pris le parti de la proposition, plutôt que celui de la fidélité. « J’ai appliqué ma peinture sonore sur le texte qu’on m’a donné. Quand j’ai jeté un œil à la BD, c’était dans le train pour l’enregistrement, pour voir à quoi ressemblait Détritus. » Une liberté octroyée par Cédric Aussir, qui s’inscrit, lui, dans la lignée des adaptations filmiques d’Alexandre Astier : « Je pense avoir été très fidèle. Par rapport au support de départ, j’ai effectué quelques retraits pour ne pas dépasser une heure d’enregistrement, et quelques ajouts afin d’alimenter l’imaginaire du spectateur. Il fallait adapter, pas reproduire à l’identique. »

L’auditeur n’a peut-être pas l’image de la forêt bretonne, il a quand même de quoi se raccrocher aux branches. Le réalisateur a confié le rôle d’Obélix à Guillaume Briat, qui le doublait déjà pour Alexandre Astier. « Guillaume est une sorte de fil rouge », explique Cédric Aussir, qui s’est quand même permis de bousculer le célèbre duo : « Cette fiction était l’occasion de se réemparer d’Astérix et de réinterroger le personnage avec la voix de Laurent Stocker, qui a fait sa propre proposition. »

Les ayants droit veillent au grain (de voix)

Entre ceux qui cherchent la référence et d’autres à faire la différence, le sociétaire de la Comédie-française a fait son choix : « Les précédentes incarnations, la voix de Roger Carel, il faut les oublier. Et trouver une particularité pour faire un Astérix qui colle à notre façon d’adapter l’œuvre, à son nouveau format. En l’occurrence, je garde ma voix telle qu’elle est, plutôt aigüe, vive. C’est la voix de la raison au milieu des autres, nettement plus cartoonesques. » Gare cependant au dérapage, Hachette n’est jamais très loin : « Il y a une exigence de fidélité. On s’appuie beaucoup sur la BD, on y revient à la moindre incertitude. Elle nous sert de story-board », précise Amélie Jalliet alias Iélosubmarine, la femme du poissonnier du village.

En soustrayant l’image, difficile d’affirmer que l’on ne perd rien à l’œuvre originelle. D’ailleurs, l’enregistrement n’a pas été conçu que comme un spectacle sonore. L’adaptation radiophonique a été réalisée lors des deux représentations en public données le 23 novembre dans le studio 104 de la Maison de la radio. Malgré les costumes et les ficus empruntés à la cantine pour préfigurer la forêt gauloise, les acteurs se déplacent peu et doivent garder la bouche collée à la bonnette des 21 micros placés sur scène.

Un curieux mélange. « J’ai pris comme un défi supplémentaire d’avoir une troupe sur scène et de la faire jouer devant 900 personnes, explique Cédric Aussir. Mais cela reste un enregistrement radiophonique avant tout, et l’occasion de montrer au public comment la radio enregistre un épisode d’Astérix. Et non une pièce de théâtre. » Bonemine, la femme du chef, ou plutôt Claire Dumas, son interprète, acquiesce : « Je serai curieuse d’écouter le produit fini. Je pense même que ce sera plus puissant. D’assister à la fabrication c’est quelque chose, mais avec l’oreille on lance l’imaginaire. »

Une adaptation qui devrait faire du bruit

C’est précisément tout le travail du bruiteur Bertrand Amiel, qui réalisait avec Elodie Fiat les sons de coups, les aboiements d’Idéfix et les chutes d’arbres, en live. « Donner vie à Astérix, ce n’est pas très compliqué. Il est dans les oreilles de tout le monde. Il y a une convention, des choses que l’on s’attend à entendre. Pour le bruiter, on part du dessin en se disant que le son créé doit renforcer l’immersion. Nos effets vont guider les pas de l’auditeur qui se fera sa propre projection. »

Aucun trucage numérique, tout est créé dans l’instant. Pendant que les femmes du village s’échangent bourre-pifs, torgnoles et coups de poissons à la fraîcheur suspecte, les bricoleurs de son se flagellent avec des peaux de chamois et des gants de cuisine Mapa. Les bruits de pas sont reproduits avec une grande boîte remplie de noix. Quant à la marmite de potion magique, elle est servie dans les tympans bien chaude : « Avant je soufflais avec une paille dans une bassine. Puis j’ai compris que je pouvais faire pareil en me fatiguant moins avec une petite bonbonne de gaz. »

Ce qui fera le plus de bruit, c’est sans doute la fin de la zizanie. Preuve qu’Astérix le Gaulois vit aussi avec son temps, les femmes du village ont enfin leur place au banquet de clôture. Comme quoi on peut être macho sous le stylo, et réglo en stéréo.