Pourquoi les acteurs et actrices de cinéma se mettent-ils au podcast ?

AUDIO Les vedettes du petit et du grand écran se prêtent de plus en plus à l'exercice audio

Romain Gouloumès

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Pour «L'Employé», Raphaël Personnaz enregistrait chaque jour un épisode d'une vingtaine de minutes.
Pour «L'Employé», Raphaël Personnaz enregistrait chaque jour un épisode d'une vingtaine de minutes. — Thomas Combret

Le rôle de sa voix. Dans la série L’Employé, sortie ce lundi 21 octobre, Raphaël Personnaz incarne un interrogateur zélé au service d’un état totalitaire où l’homosexualité, comme le fait de manifester, sont sévèrement réprimés. Savoureux par sa portée politique et dérangeant par son actualité, L’Employé se binge en quelques heures sur… Spotify.

Car la série a fait le choix de l’audio. Le casting, lui, est tout ce qu’il y a de plus cinématographique. L’auditeur entendra notamment, sans forcément les reconnaître, Thibault de Montalembert (Dix pour cent) et Garance Marillier (Grave). Précédés d’Alice David ou Maurice Barthélémy, entendus plus tôt dans l’année dans Di(e)ve et Queens of Snakes, ces acteurs font partie des premiers en France, à céder aux sirènes du podcast.

Du cinéma pour les oreilles ? Pas loin. Outre-Atlantique, les plus grosses productions sonores se payent des célébrités hollywoodiennes de premier rang, de Rami Malek (Bohemian Rhapsody, Mr. Robot) à Oscar Isaac (Star Wars 7 à 9). Pour leur voix, et, sans doute un peu aussi, pour leur image. « Le fait d’avoir un nom connu permet de s’appuyer sur une communauté, d’évangéliser autour de la fiction audio, mais aussi d’attiser la curiosité des médias et du grand public », explique François Cusset, le fondateur du studio de production Engle. Pour celui qui revendique un catalogue vocal de 1.800 comédiens, dont Mélanie Doutey et Melvil Poupaud, « étant donné que le podcast est un format émergeant, il y a aussi quelque chose de rassurant à être accompagné par une voix que l’on connaît, d’être en terrain connu ».

Des conditions de travail décontractées

Habitué à rattraper ses émissions de radio préférées sur son téléphone, moins à y écouter des fictions, Raphaël Personnaz le reconnaît volontiers, « c’est en participant à “L’Employé” que j’ai découvert le potentiel de l’audio. En jouant sur les distances, et l’ambiance, le format laisse libre cours à l’imaginaire. En plus, un épisode se cale parfaitement avec un trajet de transports en commun. » Un mois plus tard, l’acteur garde le souvenir d’un enregistrement décontracté : « On fonctionnait en plan-séquence ; pendant 20 minutes rien ne vient nous arrêter. Cela permet plus d’authenticité que sur un tournage classique, beaucoup plus haché. Et l’on n’avait pas la pression de l’audiovisuel, où chaque minute coûte cher. »

Passée de la vidéo à l’audio, Virginie Maire, créatrice de Sybel, une plateforme de fictions audio concurrente de Spotify, confirme : « Le plateau est plus léger. Les comédiens n’attendent pas leur tour pendant des heures, n’ont pas de costume à enfiler ou de séance maquillage. A vrai dire, on les fait même enregistrer en jogging et pieds nus, pour éviter les bruits polluants. »

Une expérience déconcertante

De là à jouer les dilettantes, certainement pas. Présents sur place, Eric Le Ray, coproducteur de L’Employé et Victor Bonnefoy, au scénario, sont catégoriques : « Si la scène est physique, on doit le ressentir à l’investissement. Quand c’est trop lu, on le sait directement. Il est arrivé qu’on doive le rappeler. » Dans le milieu, jouer pour une fiction sonore est encore assimilé au livre audio ou à du travail de doublage, où les comédiens interprètent en direct les lignes de texte qui apparaissent à l’écran.

Rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité si l’on en croit Virginie Maire : « Sans possibilité de s’appuyer sur la gestuelle ou le regard, l’audio demande un jeu intense. Qu’il s’agisse de Grégory Montel ou d’Alice David, ils ne s’attendaient pas à ce que ce soit aussi immersif, qu’on leur en demande autant. » Expérience intense mais de courte durée, l’enregistrement se glisse facilement entre deux apparitions à l’écran. Pour les cinq épisodes de l'histoire familiale Sucré Salé, Grégory Montel a tourné 3 jours, tandis que Raphaël Personnaz n’aura été employé que pendant une semaine.

Les productions indépendantes laissées sur le carreau ?

Heureusement pour les studios, car le tarif quotidien d’un acteur est le même, en costume d’époque ou pieds nus en jogging. « Pour quelqu’un de connu, puisqu’on va s’appuyer sur sa popularité, on partira sur une enveloppe globale plutôt qu’à la journée », précise François Cusset. A elle seule, la tête d’affiche pourrait représenter selon lui jusqu’à 20 % du budget total. Un cachet que les productions indépendantes auront bien du mal à avaler. Dès lors, on ne s’étonnera pas de trouver derrière la fiction annoncée en grande pompe le 15 novembre par la société Nouvelles Ecoutes, avec Emmanuelle Devos et Damien Bonnard, encore et toujours… Spotify.

A plus petit budget, plus petit format. Le mercredi 23 octobre, le studio Bababam publiera le dernier épisode de son anthologie de fictions sonores Noises. A la distribution on retrouve Blandine Bellavoir, une ancienne de Plus belle la vie et de Les petits meurtres d'Agatha Christie, Bruno Sanches, la Liliane de Catherine et Liliane, et Thierry Frémont pour une expédition de 30 minutes au milieu de la jungle, à la recherche d’un temple perdu.