Les podcasts tendent à viser des auditeurs plus jeunes et des publics plus divers.
Les podcasts tendent à viser des auditeurs plus jeunes et des publics plus divers. — Pixdelux / Getty Images

AUDIOS

Que manque-t-il aux podcasts pour toucher le grand public français?

Le Paris Podcast Festival, qui s'ouvre ce 19 octobre à Paris, est l'occasion d'interroger le succès des podcasts et leur avenir...

Sa voix compte. « Plein de choses se passent en France. J’ai l’impression que vous êtes bien partis. » Jenna Weiss-Berman est podcasteuse professionnelle aux Etats-Unis. Son studio, Pineapple Street Media, produit une dizaine de shows dont Women of the Hour avec Lena Dunham. Elle est également l’invitée d’honneur du Paris Podcast Festival, qui se tient du 19 au 21 octobre à la Gaîté lyrique. Avec un objectif en tête : extraire le podcast tricolore de sa bulle.

D’après l’annuaire de Podcastéo, au moins 400 programmes natifs, c’est-à-dire produits exclusivement pour une écoute en ligne, se disputent les faveurs des tympans français. Viennent s’y ajouter les émissions dites de rattrapage, diffusées au préalable à l’antenne par les radios. 20 nouveaux candidats à l’écoute sont référencés chaque mois selon Julien Loisy de Podcastéo.

Si le podcast donne de la voix, il manque encore du monde derrière les écouteurs : à en croire les données de Jean-Pierre Cassaing, directeur du département audio d’Havas Media, 20 % des Français écouteraient des podcasts au moins deux fois par mois. Le chiffre est encourageant, le portrait-robot un peu moins : les oreilles sous les casques appartiennent en majorité à des hommes (52 % selon l’étude Audioscope Publicis Media, 60 % d’après celle d’Havas Media et CSA), CSP +, et âgés en moyenne de 34 ans.

Des contenus qui se diversifient

Pas surprise, Jenna Weiss-Berman se rappelle : « On avait peut-être ce profil d’auditeur il y a quelques années aux Etats-Unis, mais les choses ont changé. Que l’on soit une jeune femme noire ou un fils d’immigré pakistanais, il y a des podcasts pour tous. » Pour Jean-Pierre Cassaing une tendance similaire est à l’oeuvre en France : « On assiste à un essor des contenus féminins. Les programmes sortent du giron de la culture pour aller vers des horizons plus jeunes. » Et d’ajouter : « C’est peut-être ça qui donnera une chance au podcast de faire le buzz. »

Patience, donc. S’agissant de l’âge, pour le podcasteur Patrick Beja, dont la voix est bien connue des amateurs de high-tech, rien ne sert d’appuyer sur le bouton avance-rapide : « C’est la nature même du podcast, un format long, de niche, que l’on peut écouter en faisant autre chose. Elle attire donc les publics à qui cette occupation correspond. En vieillissant, les jeunes qui regardent Youtube pour rigoler écouteront ensuite des podcasts. »

Encore faudrait-il qu’ils trouvent les émissions susceptibles de leur parler. En janvier 2018, iTunes référençait 500 000 podcasts. « C’est la jungle, regrette Philippe Nouchi, directeur de l’expertise média de Publicis Media. Les radios font la promotion de leurs émissions et de leurs créations originales. Cependant, l’exercice est plus compliqué pour les indépendants. On ne sait pas où les trouver. »

A base de sélection manuelle, algorithmique ou d’un savant mélange des deux, plusieurs explorateurs veulent débroussailler le terrain. Deux anciens de Radio France en particulier : Mathieu Gallet avec Majelan, et Carine Fillot, la créatrice d’Elson, s’imaginent en Netflix du podcast. Là encore, attendons : le premier prévoit une sortie au printemps 2019 tandis qu’Elson est fraîchement en ligne depuis ce vendredi 19 octobre.

Augmenter le niveau des productions sonores

Que les auditeurs trouvent contenu à leur oreille, bien mais insuffisant aux yeux de Constanze Stypula, la directrice d’Audible France. Spécialiste des livres audio, l’entreprise sponsorise une dizaine de podcasts français. Celle qui réunit volontiers les deux mondes sous la bannière des « formats sonores » insiste sur le besoin d’élever le niveau de production : « Pour que le marché prenne du poids, il faut que l’offre de qualité augmente. On manque de projets phares. »

Auteure d’un mémoire sur le sujet, Chloé Trieu, digital storyteller et podcasteuse, appelle à plus de prise de risques. Des médias traditionnels pour investir le marché, et des podcasteurs pour conserver le ton ainsi que la « patte podcast ».

Des risques, Patrick Beja en a pris au moment de devenir artisan podcasteur, comme il aime à se décrire. Il serait à date, le seul à vivre des émissions qu’il anime. Une partie de ses auditeurs font le choix de le rétribuer à chaque nouvel épisode via la plateforme de financement récurrent Patreon. Et il encourage d’autres à le suivre.

« Le podcast ne peut aller qu’en augmentant. Le format plaît, la technologie a trouvé son public, et elle est suffisamment bon marché pour que de nouveaux acteurs s’y lancent. L’important, c’est de tirer parti de toute l’indépendance offerte par le podcast, et de soigner sa relation avec sa communauté. »

De l’autre côté du spectre, Constanze Stypula montre le même optimisme pour l’avenir du podcast français. « On a besoin que davantage de monde se lance dans l’aventure, avec des idées pertinentes et un business bien cadré. Il y a tout à construire, c’est un beau secteur », conclut-elle. A croire que le micro n’attend que de passer macro.