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INTERVIEW« Des champignons en 2050 ? On en trouvera beaucoup moins »

« Des champignons en 2050 ? On en trouvera beaucoup moins », prévoit un mycologue

INTERVIEWAlors que les paniers des cueilleurs reviennent la plupart du temps vides cet automne, la sécheresse est pointée du doigt par le mycologue azuréen Jean-Louis Raffaghello
Cette année, les parties de cueillette se terminent souvent bredouille, pour cause de sécheresse
Cette année, les parties de cueillette se terminent souvent bredouille, pour cause de sécheresse - F. Binacchi  / ANP / 20 Minutes
Fabien Binacchi

Propos recueillis par Fabien Binacchi

L'essentiel

  • Cet automne, les parties de cueillette se transforment la plupart du temps en simple balade, voire carrément en virée déprime, pour les amateurs de champignons.
  • « Pour qu’il y ait une fructification, c’est-à-dire qu’un champignon pousse à l’air libre, il faut qu’il y ait suffisamment d’eau, et cette année en est le parfait exemple : il en manque », explique le mycologue Jean-Louis Raffaghello.
  • En 2050, avec le réchauffement climatique, et même si « les champignons savent s’adapter dans une certaine mesure », « on en trouvera encore, mais beaucoup moins », avance ce spécialiste.

Le panier désespérément vide, le canif encore propre… Cet automne, les parties de cueillette se transforment la plupart du temps en simple balade, voire carrément en virée déprime, pour les amateurs de champignons. Presque pas de cèpes, beaucoup moins de sanguins à se mettre sous la dent, à transformer en omelette ou à conserver dans des bocaux, la faute à la sécheresse qui dure et qui perdure.

Alors que certains continuent leur danse de la pluie avec le secret espoir d’une poussée providentielle, les spécialistes mesurent l’impact du réchauffement climatique sur le cycle des végétaux. Sur la Côte d’Azur, Jean-Louis Raffaghello, responsable de la section de mycologie de l’ANNAM, l’Association des Naturalistes de Nice et des Alpes-Maritimes, fait l’état des lieux.

Jean-Louis Raffaghello est un mycologue « averti » depuis plus de quarante ans.
Jean-Louis Raffaghello est un mycologue « averti » depuis plus de quarante ans. - E. Raffaghello

Des champignons, on en trouve quand même quelques-uns ?

Actuellement, chez nous, dans les Alpes-Maritimes, il n’y a pratiquement rien sur le littoral et vraiment pas grand-chose non plus en montagne. Il faut beaucoup marcher pour espérer trouver quelques spécimens. C’est très sec. De partout. Et le constat est le même ailleurs. Je sais qu’en Isère ou dans les Pyrénées, par exemple, c’est également très compliqué cette année. Il n’y a peut-être que dans le nord de la France où il y a encore des poussées extraordinaires de champignons parce qu’il a beaucoup plu.

C’est pareil pour les cèpes ?

C’est malheureusement le même problème. Si c’est trop sec, ils ne sortent pas. Et en ce moment, c’est bien le cas. En fait, les champignons sont essentiellement invisibles, presque tout se passe sous terre avec le mycélium, un réseau de filaments qui peut aller chercher l’eau très profondément et qui l’amène également jusqu’aux racines des arbres. Ils sont en symbiose. Ce mycélium apporte à boire à la végétation et il récupère des nutriments pour se développer. Mais pour qu’il y ait une fructification, c’est-à-dire qu’un champignon pousse à l’air libre, il faut qu’il y ait suffisamment d’eau. Et cette année en est le parfait exemple : il en manque. Le fait qu’il n’y ait rien en surface est le signe que le mycélium souffre. S’il venait à y avoir de grosses pluies, on pourra encore avoir une explosion de champignons, mais plus on avance dans le temps et plus le risque de gelées devient important.

Y a-t-il des espèces qui semblent plus résistantes à la sécheresse ?

Ce n’est pas vraiment flagrant. Mais je peux vous parler de ce que nous observons actuellement dans le département des Alpes-Maritimes. Alors qu’on n’a pratiquement pas vu de Lactaires, les « sanguins », ni de Petits-gris, et encore moins de Rosés-des-prés, en montagne, on rencontre quand même quelques Suillus, des champignons qui sont justement mêlés aux arbres, aux mélèzes, aux sapins. Ceux-là sont quand même là, mais en plus petite quantité.

Avec tout ça, quels conseils donneriez-vous aux cueilleurs qui ne sont pas encore totalement découragés cette année ?

C’est simple, la clé, c’est l’eau. Toujours l’eau. Alors, il faut aller dans les parties qui sont plutôt à l’ubac, c’est-à-dire à l’ombre, là où il peut rester de l’humidité. Dans les vallées, sur les versants nord et dans les zones qui peuvent servir de réservoirs, on peut éventuellement espérer en trouver. En plein soleil, ce n’est même pas la peine d’y penser.

D’une manière plus générale, le réchauffement climatique a-t-il déjà un impact observable sur la répartition des champignons ?

On a l’impression que certains champignons ont tendance à monter en altitude, à cause de la chaleur. Il y a eu plusieurs observations qui confirment cela. Il y a trois ou quatre ans par exemple, on avait vu une poussée extraordinaire d’Oronges [l’Amanite des Césars] dans une zone en hauteur, où c’était très inhabituel de les voir.

Verra-t-on encore des champignons en 2050 ?

Les champignons savent s’adapter, mais dans une certaine mesure. On en trouvera encore, mais beaucoup moins. Pour moi, c’est une certitude.

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