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EffortsLe bilan de l’accord de Paris, sonnette d’alarme encore ignorée ?

Réchauffement climatique : Pic d’émissions, captage de CO2… Que faut-il retenir du bilan de l’accord de Paris ?

EffortsSigné en 2015, l’accord de Paris prévoyait un ensemble d’objectifs climatiques, dont le plus ambitieux était de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle
Les climatologues insistent sur la nécessité d'investir dans les énergies renouvelables pour sortir des combustibles fossiles. (illustration)
Les climatologues insistent sur la nécessité d'investir dans les énergies renouvelables pour sortir des combustibles fossiles. (illustration) - John MACDOUGALL / AFP / AFP
Xavier Regnier

Xavier Regnier

L'essentiel

  • L’ONU Climat a publié vendredi après-midi un bilan des politiques mises en place après l’accord de Paris, signé lors de la COP21 en 2015, dont l’objectif était de maintenir le réchauffement climatique sous 1,5 °C.
  • Entre importance d’atteindre un « pic » d’émissions de CO2 en 2025 et appel à sortir des énergies fossiles sans captage du CO2, la sortie de ce bilan juste avant le G20 n’est « pas neutre », souligne le climatologue Jean Jouzel.
  • « On est sur une trajectoire de réchauffement autour des 3 degrés », pointe-t-il. Avant la prochaine COP organisée aux Emirats arabes unis, le climatologue dit craindre « peu de décisions positives » lors des prochains grands sommets.

«Il faut faire beaucoup plus, maintenant, sur tous les fronts. » Le bilan tiré par l’ONU Climat ne pouvait pas être plus clair. Les efforts de mise en œuvre de l’accord de Paris, signé en 2015, sont largement insuffisants pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et limiter le réchauffement climatique. Ce bilan, tiré moins de huit ans après la COP21, a été publié vendredi après-midi par l’organisation onusienne. Un timing loin d’être anodin, alors que les dirigeants du G20 étaient en route vers leur réunion en Inde et à quelques semaines de la prochaine COP aux Emirats arabes unis.

Parmi les 17 « enseignements clés » de ce rapport de 90 pages, les auteurs soulignent l’importance d’atteindre un « pic » d’émissions en 2025, mais aussi de développer les énergies renouvelables et de sortir des carburants fossiles sans captage de CO2. Pourquoi définir un « pic » d’émissions ? Que comprendre des autres pistes mises en avant ? Que peut-on attendre du G20 et de la prochaine COP par rapport aux exigences de l’accord de Paris ? 20 Minutes fait le bilan avec le climatologue Jean Jouzel, vice-président du GIEC entre 2012 et 2015.

Un « pic » d’émissions de CO2 en 2025, ça veut dire quoi ?

À première vue, difficile de voir la logique à compter sur des émissions de CO2 plus élevées pour déterminer des objectifs climatiques. En réalité, l’ONU Climat tient compte de « l’inertie de l’économie », explique Jean Jouzel. « On est sur une trajectoire de réchauffement autour des 3 degrés », alerte-t-il, avec des émissions qui augmentent au niveau mondial chaque année. « Il faudrait avoir diminué nos émissions de 43 % en 2030 par rapport à 2019. Mais ça ne peut pas se faire d’un coup », établit le climatologue.

Problème, même si les pays européens réduisent peu à peu leurs émissions carbone, « ce n’est pas le cas de la Chine ou de l’Inde », expose Jean Jouzel. Le « pic » d’émissions attendu à l’origine « entre 2020 et 2025 » avant d’inverser la courbe « ne se voit pas à l’échelle mondiale », regrette-t-il. « Le climat que connaîtront les plus jeunes se détermine aujourd’hui », insiste-t-il, mais « on risque d’avoir deux fois trop d’émissions » par rapport aux objectifs.

C’est quoi le problème avec le captage du CO2 ?

C’est la dernière proposition d’Emmanuel Macron en matière de climat : faire planter un arbre par chaque élève au collège. Un petit geste destiné à soulager sa conscience également proposé par de nombreuses compagnies aériennes. « C’est égoïste de la part de nos générations, il y a un vrai problème d’éthique », dénonce Jean Jouzel. Le climatologue pointe la prochaine COP, organisée dans un pays producteur de pétrole. « Ils acceptent ce bilan mais veulent mettre en avant une neutralité avec la possibilité de piéger du CO2 » et ainsi protéger leurs intérêts.

« C’est loin d’être impossible mais la technologie n’est pas au point », prévient Jean Jouzel. Il n’y a pour l’instant « pas de modèle économique », et la reforestation n’est « intéressante que si on respecte la biodiversité », met-il aussi en avant. « Le piégeage ne sera efficace que dans quelques années au mieux », note le climatologue, alors « qu’on pourrait rapidement développer les énergies renouvelables et, avec de la sobriété, atteindre les objectifs ».

Que faut-il attendre du G20 et de la COP aux Emirats arabes unis ?

La sortie du bilan, quelques heures avant le début du G20, n’est « pas neutre ». « Il y a un espoir que les grands se mobilisent », souligne Jean Jouzel, alors que les membres du G20 concentrent 80 % des émissions mondiales de CO2. Mais « je crains qu’il n’y ait pas beaucoup de décisions positives », prédisait dans la matinée le climatologue. « On ne prendra pas la mesure du réchauffement climatique sans solidarité internationale, or les grandes puissances sont tournées vers d’autres objectifs », analyse-t-il.

Ce samedi en début d’après-midi, la déclaration finale du G20 s’est avérée, comme attendu, en demi-teinte. Le texte ne contient ainsi aucun appel à sortir des énergies fossiles, et se contente d’inciter à « accélérer les efforts vers la réduction de la production d’électricité à partir de charbon », ce qui exclut le gaz et le pétrole. Le groupe « poursuivra et encouragera les efforts visant à tripler les capacités en matière d'énergies renouvelables », peut-on aussi lire, les membres du G20 appelant à « augmenter rapidement et de manière substantielle » les investissements.

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