François Verdet, un "gardien de la côte" devenu spécialiste de la pollution plastique

© 2012 AFP

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François Verdet, un des 23 "gardiens de la côte" bénévoles de la Surfrider foundation Europe, s'est emparé du dossier des "+medias filtrants+, ces capsules de filtrage d'eaux usées rejetées dans l'Océan, pour devenir presque malgré lui un spécialiste mondial.
François Verdet, un des 23 "gardiens de la côte" bénévoles de la Surfrider foundation Europe, s'est emparé du dossier des "+medias filtrants+, ces capsules de filtrage d'eaux usées rejetées dans l'Océan, pour devenir presque malgré lui un spécialiste mondial. — Gaizka Iroz afp.com

François Verdet, un des 23 "gardiens de la côte" bénévoles de la Surfrider foundation Europe, s'est emparé du dossier des "+medias filtrants+, ces capsules de filtrage d'eaux usées rejetées dans l'Océan, pour devenir presque malgré lui un spécialiste mondial.

Ce quarantenaire placide, graphiste de profession, avoue n'avoir "jamais imaginé un engagement aussi conséquent". Mais il ne regrette rien des longues heures passées à tenter de comprendre le pourquoi de l'échouage de ces cercles de plastique, repérés dès 2007 sur les plages de la côte basco-landaise.

A l'époque, "personne ne savait ce que c'était. Je voulais savoir d'où ça venait", raconte le Lyonnais installé en famille à Bidart, sur la côte basque, depuis plusieurs années.

Il tape alors à la porte de la Surfrider, dont le siège est à Biarritz. L'association (loi 1901) s'est donné "pour but la défense, la sauvegarde, la mise en valeur, la gestion durable de l'océan, du littoral, des vagues et de la population qui en jouit". Elle lui propose de devenir "Gardien de la côte" et de s'emparer de ce dossier qui le conduira finalement à mener l'enquête pendant près de deux ans.

Patiemment, il remonte la chaîne pour connaître les fabricants de ces roulettes de quelques centimètres chargées de bactéries mangeuses de déchets et utilisées dans le traitement des eaux usées des stations d'épuration, l'industrie agroalimentaire, la pisciculture ou sur certains paquebots de croisière.

"Poussé par les gens qui me demandaient des informations, je suis devenu spécialiste alors que les stations d'épuration n'étaient vraiment pas ma tasse de thé", s'amuse-t-il.

Il a été contacté par des Canadiens "après une pollution survenue aux Etats-Unis", des Brésiliens et de nombreux mouvements de défense de l'environnement en Europe.

Pour répondre aux sollicitations, il a créé un site internet. "Le but aujourd'hui est de faire connaître le savoir qu'on a compilé", explique-t-il.

Grâce à cet engagement, la Surfrider est devenue une référence sur le dossier des "medias filtrants". "Si une autre pollution survenait, nous serions plus réactifs pour remonter à sa source", dit-il.

Parmi les pollutions les plus massives recensées, celle survenue en 2010 à Corbeil-Essonnes, en région parisienne,, avec près de 20 millions de capsules rejetées dans la Seine, "probablement d'une station d'épuration". Une autre a été relevée entre Espagne et Portugal, sans que l'origine formelle n'ait été identifiée.

"Les médias filtrants retrouvés sur la côte basco-landaise et jusque sur des plages du nord de la France proviennent vraisemblablement d'une pollution survenue à l'automne 2009 dans l'industrie du papier" au Pays basque espagnol, soupçonne M. Verdet.

Il a ainsi pu établir une carte recensant les littoraux où ont été ramassés les roulettes filtrantes qui a récemment révélé que "la Méditerranée est aussi touchée, alors qu'auparavant seule la façade atlantique l'était".

Il s'emploie désormais à sensibiliser les entreprises et collectivités locales, premières utilisatrices de médias filtrants pour le traitement des eaux usées, grâce à des campagnes médiatiques et par l'intermédiaire de l'Association des maires de France.

Selon la Surfrider, 80% des déchets retrouvés sur les plages proviennent de rejets terrestres, 10% est abandonné sur le littoral et les 10% restants proviennent de la mer.

"Si on ne bouge pas, sur certains littoraux, il ne sera plus possible un jour de se baigner", craint-il, justifiant ainsi l'importance de son engagement.

"Ce sont surtout les citadins qu'il faut sensibiliser" désormais, souligne-t-il, en reconnaissant n'avoir "jamais mesuré avant de venir vivre près de l'Océan le problème réel de la pollution".

"Allez voir n'importe quelle plage à 06H00 du matin, on se croirait dans une déchetterie", s'indigne-t-il. "Les touristes ne se rendent comptent de rien car tout est nettoyé avant leur arrivée!"