Jordanie: Les projets pour trouver de l'eau menacent l'environnement

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Deux projets pharaoniques destinés à résoudre les problèmes chroniques d'eau en Jordanie, un des dix pays les plus arides de la planète, suscitent des inquiétudes pour l'environnement.

Le premier prévoit de prélever l'eau de nappes phréatiques à Disi (sud) et de la transporter sur plus de 300 kilomètres pour alimenter la capitale Amman. Le second veut percer un canal sur 200 kilomètres pour relier la mer Morte à la mer Rouge.

"Les projets comme celui de Disi, sont nuisibles à l'environnement," a déclaré à l'AFP l'expert Dureid Mahasneh, ancien chef de l'Autorité de la vallée du Jourdain.

Le projet, d'un coût de 990 millions de dollars, est destiné à extraire 100 millions de mètres cubes d'eau chaque année des réserves souterraines situées à Disi, dans la région de Mdawwara, puis de la transférer par aqueduc sur 325 km jusqu'à Amman.

Il prévoit le forage de 55 puits et la construction d'installations de stockage à Amman, où la consommation d'eau quotidienne est de 160 litres par personne. Lancé en 2008, le projet est censé être terminé en 2012.

"La capitale profitera de l'eau de Disi pendant 50 ans", fait valoir à l'AFP Bassam Saleh, secrétaire général adjoint du ministère de l'Eau.

Mais une étude de l'Université de Duke (Etats-Unis) a révélé en 2008 que Disi "est lourdement contaminé": le niveau de radiation est y 20 fois supérieur à la norme acceptable, avec notamment la présence de radium potentiellement cancérigène dans le sol.

"Dans ces circonstances comment peut-on aller de l'avant dans ce projet?", se demande M. Mahasneh.

"Nous savons qu'il y a des radiations à Disi, puisqu'il s'agit d'eau souterraine. Nous allons la traiter en la diluant avec une quantité égale d'eau provenant d'autres sources", a déclaré M. Saleh, responsable du projet.

L'autre projet consiste à construire, pour un coût de quatre milliards de dollars, un canal reliant la mer Rouge à la mer Morte dans le but de restaurer le niveau d'eau de cette mer, la plus salée du monde, dont le niveau baisse d'un mètre par an.

Et de créer une usine de dessalement qui fournira 200 millions de mètres cubes d'eau potable par an.

"Ce projet est inquiétant. Il causera des dommages indescriptibles", a averti Munqeth Mehyar, président des Amis de la Terre Moyen-Orient (FoEME).

"Ce sera une catastrophe écologique pour les récifs coralliens et l'ensemble de l'écosystème du golfe d'Aqaba", sur la mer Rouge, a ajouté M. Mehyar.

La mer Rouge, paradis des plongeurs, contient les fonds sous-marins parmi les plus beaux de la planète.

La dégradation de la mer Morte a commencé dans les années 1960, quand Israël, la Jordanie et la Syrie ont commencé à détourner l'eau du Jourdain, qui l'alimentait.

Pendant des décennies, ils ont pris près de 95% du débit du fleuve à des fins agricoles et industrielles. Israël détourne à lui seul plus de 60 pour cent du fleuve, que FoEME tente de sauver.

"Six études sur l'impact du projet sur l'environnement sont actuellement en cours", a déclaré Fayez Batayneh, responsable au ministère de l'Eau.

Pour M. Mahasneh, les problèmes environnementaux du canal des deux Mers sont "exagérés", et "ce projet est plus facilement réalisable et moins nocif que Disi".

Mais, il relève "une stratégie chaotique". Il prend pour exemple "la culture de certains produits agricoles pour l'exportation, qui consomment beaucoup d'eau. Nous devrions importer ces produits et préserver notre eau."

Plus de 60 pour cent de la consommation annuelle d'eau de la Jordanie (900 millions m3) est destinée à l'agriculture.

La Jordanie, dont 92% de la superficie est désertique, avec une population (6,3 millions) qui s'accroît de près de 3,5% par an, dépend principalement des pluies pour ses besoins en eau, qui atteindront 1,6 milliard de m3 en 2015.