Agriculteurs contre écologistes ? Raccourci de ceux qui "n'ont rien compris"

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Comment alimenter toujours plus d'humains sans épuiser la planète ? "Ceux qui résument le sujet à un débat entre agriculteurs et écologistes n'ont rien compris", clame José Bové, qui voit des terrains d'entente possibles à travers un changement des pratiques agricoles.

Agriculteurs contre écologistes, c'est le vieux clivage qu'a réveillé, à la veille du Salon de l'agriculture, la récente campagne d'affichage de France Nature Environnement (FNE) sur les OGM, les algues vertes et les pesticides.

"Il y a eu une levée de boucliers de la part du président de la région Bretagne, du lobby agro-industriel, mais moins de la part des agriculteurs", nuance, dans un entretien à l'AFP, le député européen d'Europe Ecologie-Les Verts José Bové, invité vendredi du congrès de FNE à Marseille.

"Ce n'était pas une campagne anti-agriculteurs", relève-t-il, estimant que le débat n'avait pas été posé dans ces termes par FNE, mais plutôt par "ceux qui voulaient fermer le débat".

"Ceux qui résument le sujet à un débat entre agriculteurs et écologistes n'ont rien compris", souligne l'ancien porte-parole de la Confédération paysanne et pourfendeur de la "malbouffe".

Le député européen, vice-président de la commission agriculture au Parlement européen de Strasbourg, met plutôt en avant le terrain d'entente possible à travers un changement des pratiques agricoles.

"On est arrivé au bout du modèle agricole industriel, il y a clairement la nécessité de changer le paradigme, certains disent vers une agriculture plus verte, mois je dirais plutôt vers une agriculture agronomique", énonce-t-il, appellant à "changer de paradigme" à l'occasion de la révision de la Politique agricole commune (PAC).

"Le modèle industriel tourne le dos à l'agronomie, c'est-à-dire de la capacité de prolonger l'agriculture sur plusieurs générations. Si tu stérilises les sols, détruis les nappes phréatiques et pollues l'environnement, fatalement, l'agriculture disparaîtra", lance-t-il, évoquant la question des pesticides et plaidant pour la rotation des cultures.

L'autre enjeu de la nouvelle PAC, dont le processus de révision est lancé au niveau européen pour une entrée en vigueur en 2014, tient à la répartition des aides, sujet qui suscite de "vraies tensions avec les Etats et les lobbies agro-industriels", selon M. Bové.

"La répartition des aides doit être remise à plat. Aujourd'hui, 75% des aides vont à 25% des agriculteurs et 50% d'entre eux n'ont aucune aide", résume-t-il, soulignant l'importance de prendre en compte "les petites fermes" actuellement "hors du champ" de la PAC.

"C'est là qu'on verra vraiment s'il y a un changement de cap", insiste-t-il. Il rejoint ainsi plusieurs des propositions de FNE qui, lors de son congrès, à appeler à "verdir les aides" en redéfinissant les critères d'attribution de la PAC, qui pèse pour 40% dans le budget européen.

L'objectif, rappelle M. Bové, est "de nourrir en quantité et en qualité" les Européens et de "préserver les ressources pour les générations futures" sur une planète qui devrait compter, à l'horizon 2050, près de 9 milliards d'individus.

"Mais ce n'est pas l'agriculture française et européenne qui va nourrir la planète, l'enjeu est aussi de donner les moyens aux agricultures de chaque région du monde de se développer", par exemple, en luttant contre le "dumping" en Afrique ou en arrêtant d'importer du soja d'Amérique du sud pour nourrir les porcs et volailles européens.