Kenya: des associations dénoncent un projet de biocarburant au jatropha

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Plusieurs associations ont dénoncé mercredi un projet géant de production de biocarburant au Kenya à partir d'une plante, le jatropha, affirmant qu'il contribuerait plus encore que le pétrole au réchauffement climatique.

Ces associations combattent un projet de faire pousser le jatropha sur 50.000 hectares de terres le plus souvent boisées à Dakatcha, près de Malindi, à proximité de la côte de l'Océan indien.

"Si on prend en compte les émissions produites lors des processus de production et de consommation, l'étude, réalisée par la société conseil North Energy, montre que le jatropha émettrait entre 2,5 et 6 fois plus de gaz à effet de serre" que les énergies fossiles traditionnelles, affirment les associations ActionAid, Nature Kenya et la Société royale pour la protection des oiseaux (GB) dans un communiqué.

Ces associations estiment que ce projet est mû par des considérations commerciales, à savoir la demande pour des biocarburants créée par la décision de l'Union européenne de pourvoir 10% de l'énergie nécessaire aux transports par des énergies renouvelables en 2020.

"Dans un pays comme le Kenya où 10 millions d'habitants risquent de souffrir de la faim, il est irresponsable de détruire les fermes et les maisons des gens simplement pour faire rouler les voitures en Europe", accuse David Barissa, de ActionAid.

Les promoteurs du projet rejettent ces accusations et soulignent qu'ils vont créer des centaines d'emplois permanents. Le projet est mené par la filiale kényane d'une société italienne, Nuove Iniziative Industriali.

Le jatropha est un arbuste originaire d’Amérique du Sud, particulièrement résistant en milieu aride, et produisant une huile aux propriétés proches de celles du gazole.

Le Programme des Nations Unies pour l'environnement avait porté un jugement mitigé à son propos, dans un rapport sur les biocarburants publié en octobre 2009. "Le jatropha peut permettre d'économiser des gaz à effet de serre s'il est cultivé sur des terres dégradées, mais s'il pousse sur des terres d'arbustes, cela peut augmenter les émissions en raison du changement d'usage des terres", la déforestation provoquant le relachement de gaz carbonique dans l'atmosphère, selon ce rapport.