Brennilis, ou le difficile démantèlement d'une centrale

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La déconstruction du réacteur de Brennilis dans le Finistère, qui devait être un chantier pilote du démantèlement nucléaire en France, a tourné à la longue course d'obstacles, et le chantier attend toujours un feu vert des autorités pour redémarrer.

Le réacteur a été arrêté en 1985, mais les travaux de démantèlement complet entamés dix ans plus tard ont été suspendus en juin 2007 sur décision du conseil d'Etat, saisi par les associations anti-nucléaire.

Selon l'Autorité de sûreté nucléaire, le chantier - d'un montant total estimé à 482 millions d'euros, selon un rapport de la Cour des comptes en 2005 - va pouvoir reprendre, après un nouveau décret pris avant l'été.

Il "tiendra compte de ce que préconise la commission d'enquête", a expliqué un responsable régional de l'ASN, Eric Zelnio.

Dans son avis rendu en mars 2010, la commission d'enquête s'est opposée au démantèlement complet proposé par EDF, recommandant simplement que l'actuel phase de démantèlement partiel "soit achevée dans les plus brefs délais" pour compléter l'inventaire radiologique et chimique du site et procéder à diverses actions d'assainissement.

Mais les associations de défense de l'environnement dont Sortir du nucléaire Cornouaille, Eau et rivières de Bretagne et Bretagne vivante, s'y opposent. Elles accusent les autorités de brûler les étapes en incluant dans le "niveau 2" le démontage des échangeurs du réacteur, alors que celui-ci relève pour elles du "niveau 3", où la radioactivité est la plus élevée.

"Notre discours est cohérent. S'il faut aller à nouveau en justice, nous irons", s'indigne le porte-parole de Sortir du nucléaire, Chantal Cuisnier, en réclamant la tenue d'un débat national sur la fin de vie des centrales nucléaires.

A Brennilis, une quarantaine d'agents est maintenue sur le site. Ils assurent la maintenance des installations et effectuent des essais périodiques des équipements, selon le directeur de la centrale nucléaire des Mont d'Arrée, Jean-Christophe Couty.

Le programme de déconstruction de cette petite unité de 70 MW mise en service en 1967 se décompose en trois phases, correspondant aux niveaux de classification de l'agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Au niveau 1 - réalisé en 1985 à Brennilis - le combustible est retiré du réacteur et évacué et les installations purgées. Le niveau 2 concerne le démantèlement de tous les bâtiments nucléaires et conventionnels.

L'enceinte du réacteur, les circuits et les gros composants avant le réacteur lui-même, sont démontés en dernière étape classée niveau 3. L'ASN estime que la déconstruction complète, qui concernera le coeur du réacteur, pourra être réenvisagée à partir de 2013 sur une période d'une quinzaine d'années supplémentaires.

Dans son avis de 2010, la commission d'enquête publique sur le démantèlement s'était opposée à cette déconstruction complète en soulignant notamment l'absence de filière pour le retraitement de certains déchets fortement radioactifs produits lors du démantèlement du coeur du réacteur.

Brennilis fait partie des huit réacteurs nucléaires de la première génération, arrêtés et désormais en attente de démantèlement, auquel il faut ajouter Superphénix à Creys-Malville (Isère).

Seuls deux réacteurs sur les neuf ont obtenu pour l'instant le feu vert pour un démantèlement complet: Chooz A (Ardennes) en 2007, et Creys-Malville en 2006.