Nucléaire: la sortie est possible mais elle a un prix

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L'abandon progressif du nucléaire serait techniquement réalisable, mais il nécessiterait de lourds investissements dans les énergies renouvelables, un recours accru au gaz, et imposerait aux Français de réduire drastiquement leur consommation d'énergie, selon des experts.

La peur d'un nouveau Tchernobyl à la centrale japonaise de Fukushima a fait resurgir en Europe le débat sur un abandon de l'atome.

La question est d'autant plus sensible en France que 58 réacteurs génèrent 75 à 80% de l'électricité du pays et que la construction de deux nouveaux réacteurs de type EPR est déjà programmée par l'Etat.

"On ne peut pas en sortir comme ça, par un coup de baguette magique", concède Nicolas Hulot.

"La première nécessité serait de réduire la demande d'électricité par des mesures volontaires et d'augmenter la production à partir de gaz", estime Bertrand Barré, conseiller scientifique auprès du groupe nucléaire Areva.

Un des risques est alors d'augmenter les émissions de CO2 et donc le réchauffement climatique.

L'association négaWatt, qui rassemble des ingénieurs et des architectes, a bâti un scénario de fermeture progressive des centrales françaises sur 30 ans tout en réduisant les émissions de CO2.

"Ce n'est pas de la décroissance ou le retour à la bougie", défend son président Thierry Salomon. Une des voies passe par l'élimination "des consommations extravagantes": les véhicules 4x4 en ville ou les panneaux publicitaires lumineux consommant autant d'électricité que six Français réunis.

Il faudrait aussi généraliser les équipements moins gourmands (réfrigérateurs, lave-linge, TV, ordinateurs, etc) et lancer la chasse au gaspillage en éclairage public ou domestique. Le tout pour porter l'économie d'énergie à 45% ou 50%.

"A ce niveau, les renouvelables peuvent couvrir 75% de la consommation d'énergie", estime M. Salomon.

En développant l'éolien en mer et en améliorant le rendement des turbines, l'énergie du vent pourrait voir sa production multipliée par 14 d'ici à 2050, selon négaWatt.

Les centrales au gaz permettraient en outre de faire la transition avec le nucléaire. Cela sans augmenter les émissions de CO2 grâce à "un très grand programme de rénovation de l'habitat" pour réduire par trois ou quatre la consommation d'énergie des logements anciens.

"Beaucoup de gaz qui est consommé pour la chaleur le sera alors pour produire de l'électricité", explique M. Salomon.

Les efforts de recherche porteront sur le stockage de l'électricité afin de redistribuer, en période de forte consommation, l'énergie des éoliennes ou des panneaux solaires. "C'est une question-clé. Notre scénario nous laisse 20 ans pour la résoudre", note le président de négaWatt.

Il conviendra de restreindre très durement l'usage des convecteurs électriques, très répandus en France, pour les remplacer par d'autres moyens de chauffage: biomasse, géothermie...

"Le scénario de négaWatt est techniquement possible mais les conséquences sociétales sont très importantes", prévient M. Barré.

Des chercheurs du CNRS ont aussi envisagé un scénario de sortie du nucléaire progressive au plan mondial. Dans ce cadre, "on ne pourra tenir les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu'à condition de pousser au maximum la capture et la séquestration du CO2" émis par les centrales à charbon, avertit l'un d'eux, Patrick Criqui.

En outre, ajoute-t-il, "cela va se traduire par une augmentation du prix de l'énergie (et) une modification importante de nos modes de consommation voire de notre pouvoir d'achat".

Une sortie du nucléaire serait toutefois porteuse "d'emplois et d'innovation technique", avance Anaïz Parfait de Greenpeace. Selon négaWatt, 100.000 emplois pourraient être créés pour la seule réhabilitation des logements.