Fukushima: le scénario-catastrophe se joue dans une piscine

© 2011 AFP

— 

L'assèchement de la piscine de combustibles usés du réacteur 4 à la centrale de Fukushima, déjà quasiment en plein air, est un scénario-catastrophe redouté qui pourrait entraîner des rejets de radioactivité de même ampleur que la catastrophe de Tchernobyl, selon des experts.

Ces barres de combustibles usés qui continuent de dégager beaucoup de chaleur se trouvent dans une piscine située dans la partie supérieure du réacteur arrêté pour maintenance bien avant le séisme et le tsunami dévastateur.

Après deux incendies dans le bâtiment abritant le réacteur, la piscine est déjà "quasiment en plein air" et un rayonnement élevé s'en échappe, souligne un responsable de l'Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) Thierry Charles.

La température de l'eau a commencé à grimper. Au lieu d'une trentaine de degrés en temps normal, elle atteindrait déjà au moins 80°C. Le risque, avec l'évaporation, est que les barres, encore un peu isolées de l'extérieur par le liquide, cessent d'être noyées dans l'eau.

Faute d'apport d'eau pour les refroidir, très rapidement on peut craindre des dégâts sur les barres à combustible et des rejets très importants de radioactivité directement dans l'atmosphère.

Comme dans une bouilloire dont les résistances grillent en l'absence d'eau, les barres de combustibles risquent de se désagréger. La gaine de zirconium qui entoure les pastilles de combustible s'oxyderait vivement, telle une allumette qui s'enflamme, explique Thierry Charles, directeur de la sûreté à l'IRSN.

Le combustible en miettes, directement à l'air libre, "on serait dans la même gamme de rejets que Tchernobyl", estime cet expert.

Un scénario-catastrophe qui se joue dans les 48 heures. "Un +dénoyage complet+ du réacteur pourrait survenir d'ici un jour ou deux, avec des rejets massifs dans le jour qui suit", précise-t-il.

Confrontés à cette situation inédite, les autorités japonaises envisagent d'utiliser un camion citerne avec canon à eau pour arroser le réacteur, après une tentative avortée de recourir à un hélicoptère. Juste au-dessus de la piscine, la dose de radioactivité serait déjà trop élevée pour le pilote.

Dans le pire scénario, si le combustible dégradé se retrouve à l'air libre, le rayonnement serait tel qu'il "risquerait d'interdire l'accès au site par la suite, or il y a encore six réacteurs autour", rappelle M. Charles.