Japon: les autorités françaises rassurent, verts et anti-nucléaires se méfient

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Tout en insistant sur les "informations fragmentaires" dont elles disposent, les autorités françaises se sont voulu rassurantes samedi après l'"accident" survenu dans la centrale japonaise de Fukushima, tranchant avec l'inquiétude et la méfiance des écologistes.

"La question nucléaire n'est qu'une petite partie, certainement pas la plus importante, de ce drame qui a frappé le Japon" avec le séisme et le tsunami, a estimé le ministre de l'Industrie, Eric Besson.

Le ministre de tutelle du secteur nucléaire français s'exprimait à l'issue d'une réunion de l'ensemble de ses acteurs (sûreté et production électrique), organisée en urgence au ministère de l'Ecologie. Il s'agissait pour eux de "faire le point" sur la situation au Japon, en particulier sur le réacteur numéro 1 de la centrale de Fukushima, victime d'une série de problèmes depuis le séisme.

Une explosion est survenue samedi dans la centrale, aux abords de laquelle du césium radioactif a été détecté, signe d'une possible fusion du réacteur.

Pour Eric Besson, c'est "à ce stade, et selon les informations dont on dispose, un accident grave mais pas une catastrophe nucléaire".

"Ca n'a rien à voir avec Tchernobyl", a-t-il ajouté, il faut faire attention "à ne pas sonner un tocsin qui n'existe pas à l'heure où l'on parle".

"Nous ne disposons pas de toutes les informations complètes pour avoir une vision d'ensemble de la situation", a tempéré la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, en écho aux responsables des autorités de sûreté et de radioprotection françaises présents à ses côtés. Ces derniers étudient tous les scénarios possibles, y compris les plus graves.

La ministre de l'Ecologie a cependant indiqué que la centrale de Fukushima avait relâché des émanations de vapeurs faiblement radioactives qui "ne semblent pas devoir être dangereuses pour les Japonais eux-mêmes et donc forcément pas dans les territoires d'outre-mer" français, distants de plusieurs milliers de kilomètres.

Ces déclarations rassurantes sur la transparence et la sûreté des installations nucléaires pour les citoyens français, échaudés depuis la catastrophe de Tchernobyl voici près de 25 ans, n'ont pas suffi à calmer les craintes des organisations écologistes.

Pour Greenpeace, cette situation remet tout simplement en question "le mythe de la sûreté nucléaire". "On se rend compte que, dans un pays réputé très sûr comme le Japon, la catastrophe arrive quand même", ajoute l'organisation.

"La machine à étouffer l'information se met en marche", juge le Réseau Sortir du nucléaire, réaffirmant ses doutes sur les normes sismiques respectées par les centrales nucléaires françaises.

"Toutes les centrales françaises ont été conçues en intégrant le risque sismique et le risque inondation", selon Eric Besson. "On n'attend pas un accident au Japon pour se poser la question chez nous, ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas réévaluer la situation", a-t-il rétorqué à une question sur le sujet.

"Lorsque les écologistes font face au scepticisme voire aux railleries sur le risque nucléaire, ils ne veulent qu'une chose au fond: avoir tort", a réagi Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe Ecologie Les Verts.

L'accident de Fukushima a été classé au niveau 4 (accident n'entraînant pas de risque important hors du site), sur l'échelle INES des événements nucléaires et radiologiques, qui en compte 7. La catastrophe de Three Mile Island aux Etats-Unis en 1979 avait été classée au niveau 5, et celle de Tchernobyl en 1986 au niveau 7.