Pour sauver les dernières plages de Dakar, des associations saisissent la justice

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A une trentaine de mètres de l'océan, un immeuble est en chantier sur la plage du Virage, à Dakar: c'est l'une des innombrables constructions "les pieds dans l'eau" que l'élu local Omar Diagne rêve de voir démolir pour "une première victoire contre la privatisation du littoral".

"Si on laisse faire", dit cet élu Vert à la mairie de Ouakam (Dakar), "il n'y aura bientôt plus aucune plage accessible pour les Dakarois!"

Déjà, sur une plage de la corniche Ouest, c'est au coude à coude que les jeunes se livrent à leur gymnastique collective. Et sur la corniche Est, la petite crique paisible de l'Anse Bernard fait figure d'exception parmi les hôtels et les clubs privés.

Nostalgiques du temps où la mer se voyait se loin, de plus en plus de Dakarois s'émeuvent de tout ce "bétonnage".

"Dakar des nouveaux riches qui ont pris possession des derniers refuges de la côte", dit le poète Enème Gaye dans le recueil de photographies "Dakar émoi", tandis que sur le blog "Villesdafrique", des professeurs d'histoire-géographie trouvent à Dakar des faux-airs de Koweit City.

Omar Diagne, lui, est passé à "l'offensive judiciaire", avec l'Association des volontaires de l'environnement qu'il préside et SOS littoral dont il est le secrétaire général.

"Ces deux associations ont saisi le juge des référés pour faire arrêter certaines constructions sur la plage. Cinq plaintes ont été déposées le 23 août 2010 au tribunal de Dakar", annonce leur avocat, Aboubakri Deh.

Sont notamment visées les extensions du complexe hôtelier Terrou-Bi et du parc de loisirs MagicLand.

"Nous espérons que le juge des référés prendra son courage à deux mains et ordonnera la destruction de toutes les constructions édifiées sur le domaine public maritime, en violation des règles de droit", lance l'avocat.

Sous la colline volcanique des Mamelles, Omar Diagne désigne ainsi un bâtiment massif, en bord de mer. "Il est construit sur un lieu culte de la communauté léboue" originaire de Dakar, relève-t-il.

Mais "ce qui m'offusque le plus, c'est qu'il appartient à l'une des plus hautes autorités de l'Etat et est loué à des institutions internationales telles que l'ONU!".

L'ONG Aide transparence avait déjà répertorié des dizaines et des dizaines de constructions en infraction, appartenant à des hommes d'affaires libanais, français, marocains, ou à des pontes de l'ancien et du nouveau régime sénégalais.

Pour cette ONG, la décision de l'Etat d’"embellir la corniche" et d'y construire de nouveaux hôtels, en 2007, aura aussi abouti à "une véritable industrie d’accaparement de cet espace public à des fins privées".

Au pouvoir depuis 2000, le président Abdoulaye Wade avait "déploré" devant ses ministres, en octobre, "l’urbanisation sauvage" qui "enlève le charme des côtes maritimes" et "donné des instructions pour faire des plages des zones non aedificandi" (ne pouvant recevoir un édifice).

Puis, en novembre, le ministre de l’Urbanisme Adama Sall a assuré que "toutes les constructions en cours sur le littoral, au nombre de 33, avaient été arrêtées". Une nouvelle loi est par ailleurs en préparation, selon diverses sources, pour mieux préserver le domaine public maritime.

Quant au maire de Dakar, Khalifa Sall (opposant au régime, élu en 2009), il "a lui-même assisté à des manifestations dénonçant les constructions sauvages", relève son premier adjoint, Cheikh Gueye. L'offensive judiciaire lancée par les deux associations "est notre combat à tous", assure cet élu.

Omar Diagne, lui, se dit prêt à multiplier les sit-in et forums. Et il attend de voir démolir "au moins une fois une construction illégale" à Dakar.