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AUTOMOBILEL’essor du SUV électrique risque de créer des pénuries de métaux critiques

Métaux critiques : Le boom des SUV électriques aggrave le risque de pénurie, alerte le WWF

AUTOMOBILEDans une étude publiée ce jeudi, l’ONG lance un nouvel appel à la « désuvisation » urgente de la voiture électrique, qui consomme des kilos de plusieurs métaux critiques… Mais encore plus quand il s’agit de SUV
La nouvelle voiture électrique Peugeot e-3008 est exposée lors de sa présentation officielle à l'usine automobile Stellantis de Sochaux le 12 septembre 2023.
La nouvelle voiture électrique Peugeot e-3008 est exposée lors de sa présentation officielle à l'usine automobile Stellantis de Sochaux le 12 septembre 2023.  - ARNAUD FINISTRE / AFP / AFP
Fabrice Pouliquen

F.P. avec AFP

Du cuivre, du cobalt, de l’aluminium, du lithium, du graphite, du nickel… De la carrosserie au moteur, en passant par la batterie, la fabrication d’une voiture électrique mobilise plusieurs kilos de ces métaux critiques. 2,2 fois plus, en moyenne, qu'une voiture thermique, indique le WWF France dans une étude publiée ce jeudi

Pour autant, la voiture électrique « est indispensable pour réussir la lutte contre le réchauffement climatique », insiste l’ONG. Question empreinte carbone, y a souvent pas photo. « En France, sur l’ensemble de son cycle de vie, soit la quinzaine d’années qui s’écoulent entre sa fabrication et sa mise à la casse, une voiture électrique émet deux à cinq fois moins d’émissions que la voiture au pétrole », rappelait Aurélien Bigo, chercheur spécialiste des mobilités, en mai dernier à 20 Minutes.

Des SUV qui consomment trois fois plus de cuivre et d’aluminium

Le problème de la voiture électrique, « c’est sa taille », pointe alors Jean Burkard, directeur du plaidoyer chez WWF France, soulignant que les SUV constituent désormais 41 % des ventes de ces véhicules. C’est tout le message de cette nouvelle étude qui sonne un nouvel appel à la « désuvisation » de la voiture française, trois ans un premier rapport de l’ONG qui appelait déjà à le faire.

« Un gros SUV électrique consomme 3 fois plus de cuivre et d’aluminium et 5 fois plus de lithium, nickel et cobalt qu’une petite citadine électrique », estime l’étude. Cet essor des SUV électrique pourrait ainsi accroître la pression sur ces métaux rares. La pourrait ainsi être multipliée par 30 en 20 ans, craint déjà l’Agence internationale de l’énergie qui s’inquiète de l’insuffisance de la production pour répondre à cette demande en plein essor.

Dans ce contexte, la France est en position peu favorable, elle qui produit très peu de ces métaux critiques sur son sol. Cela pose des « risques géostratégiques » selon Jean Burkard, et signifie qu’en cas de pénurie, « on va devoir choisir entre avoir des véhicules électriques, des éoliennes ou des réseaux électriques.

Dans son étude, WWF a étudié trois scénarios « réalistes » et leurs conséquences : celui du « laisser-aller » où tout continuerait comme aujourd’hui, celui « intermédiaire » où les politiques actuelles auraient un effet sur la demande et celui de « sobriété », avec des politiques plus volontaristes pour réduire la taille des véhicules et la dépendance à la voiture.

/Infographie WWF
/Infographie WWF - /Infographie WWF

Une demande qui risque de dépasser notre poids économique

Le résultat est sans appel : « Si on n’adopte pas ce scénario de sobriété », la demande de la France en métaux « critiques » sera entre 5 et 15 % trop importante « par rapport à son poids économique », détaille Jean Burkard.

En revanche, dans le scénario de sobriété, la demande serait « inférieure de 25 % » au poids économique du pays, ouvrant même la voie à l’exportation du lithium -métal précieux dont le cours a flambé et dont on a des gisements sur notre sol-, « un atout important pour la balance commerciale » française, pointe-t-il.

« Dé-SUViser le marché électrique » en empruntant la voie sobre » permettra déjà de réduire la demande (en métaux critiques) de 17 % en 2035 par rapport à un scénario de laisser-aller », ajoute le rapport.

Jouer sur les leviers « malus poids » et « bonus écologique »

Pour diminuer la taille des véhicules électriques, WWF appelle le gouvernement à instaurer « un malus poids spécifique » pour les véhicules électriques. Alors que le projet de loi de finances pour 2024, en cours de discussion au parlement, devrait ramener le seuil de déclenchement de ce « malus auto » d’1,8 tonne actuellement à 1,6. Pour les SUV électriques, le WWF propose d’inclure un abattement de 300 kg, afin de prendre en compte le poids d’une batterie que l’ONG estime d’une capacité raisonnable (50kWh) pour couvrir 320 km sur route et couvrir la grande majorité des déplacements quotidiens des Français.

Le WWF ne veut pas jouer seulement sur ce levier « malus écologique ». En miroir, l’étude propose auissi de « réserver le bonus écologique aux seules voitures électriques pesant moins de 1,6 tonne », contre 2,4 actuellement. L’association préconise aussi d'« exiger des constructeurs automobiles la publication annuelle du poids moyen des voitures électriques immatriculées » et de créer une pénalité européenne de 5 euros par kilo dès que le seuil de 1,6 tonne est dépassé.

Répondant par avance aux objections, le WWF propose d’introduire une dérogation pour les familles nombreuses -obligées d’opter pour un gros véhicule- qui bénéficieraient d’un « régime particulier ». Dans le détail, l’étude préconise à destination de ces familles nombreuses un bonus pour l’achat d’une voiture pesant plus de 1,6 tonne (mais moins de 2 tonnes) et d’un malus réduit pour l’achat d’une voiture électrique lourde car spacieuse.

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