Planification écologique : Que va bien pouvoir dire de plus Emmanuel Macron ?

discours Le président de la République prendra la parole ce lundi après-midi pour présenter aux Français les grandes lignes de la « planification écologique », le plan des plans qui doit permettre à la France d’atteindre ses objectifs climatiques

Fabrice Pouliquen
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Emmanuel Macron réunit le Conseil national de la planification écologique à l’Elysée ce lundi. A l'issue de la réunion, il s'adressera aux Français pour leur présenter les grands axes de la planification écologique, cette méthode que le président a promis innovante vendue pour permettre à la France d'atteindre ses objectifs.
Emmanuel Macron réunit le Conseil national de la planification écologique à l’Elysée ce lundi. A l'issue de la réunion, il s'adressera aux Français pour leur présenter les grands axes de la planification écologique, cette méthode que le président a promis innovante vendue pour permettre à la France d'atteindre ses objectifs. — Ludovic MARIN / POOL / AFP
  • C’est une séquence ouverte il y a plus d’un an et demi que conclut Emmanuel Macron lundi, en réunissant son Conseil national de la planification écologique à l’Elysée. A l'issue, il prendra la parole devant les Français sur le sujet ce lund après-midi.
  • L’idée de cette planification, vantée comme une méthode « innovante » pour permettre à la France d’atteindre ses objectifs environnementaux, vise à faire infuser ces enjeux dans tous les ministères, pas seulement celui de la Transition écologique.
  • En juillet dernier, le Secrétariat à la planification écologique et Elisabeth Borne, les deux co-chefs d’orchestre sur ce dossier, avaient publié France Nation Verte, la feuille de route de la planification écologique. Reste à la traduire dans les politiques publiques. Tout l’enjeu de la prise de parole de ce lundi ?

La séquence était prévue le 5 juillet dernier, mais les émeutes urbaines liées à la mort de Nahel avaient poussé à un report à la rentrée. Certains l’attendaient plutôt en septembre… C’est finalement ce lundi qu’Emmanuel Macron réunit le Conseil national de la planification écologique à l’Elysée, soit sa Première ministre Elisabeth Borne et l’ensemble des ministres concernés par la transition écologique. A l'issue, le président de la République prendra la parole, devant les Français, pour présenter les grands axes de ce plan [Il a déjà commencé ce dimanche soir, au JT de TF1 et France 2].

L’Elysée présente ce moment comme l’aboutissement d’une séquence lancée un an et demi plus tôt. Dans l'entre-deux-tours de la présidentielle, lors d’un discours à Marseille, Emmanuel Macron invoquait la « planification écologique », concept piqué au programme de Jean-Luc Mélenchon.

Une méthode innovante pour atteindre nos objectifs environnementaux ?

Le président de la République présente cette « planification écologique » comme une méthode innovante, plus efficace, pour permettre à la France d’atteindre ses objectifs environnementaux. Notamment climatiques, avec cette nouvelle ambition, pour coller à celle européenne, de baisser d’au moins 55 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990.

Pour y parvenir, la planification écologique vise à décloisonner le sujet. Ne plus en faire seulement l’affaire du ministère de la Transition écologique mais de tous les ministères concernés et s’assurer que l’ensemble de la politique gouvernementale est en cohérence avec nos objectifs environnementaux. Autrement dit, ce que présente Emmanuel Macron lundi est à voir comme le plan des plans de la transition écologique. Et en chef d’orchestre, il a directement nommé Elisabeth Borne. « Pas sûr qu’il y ait d’autres pays au monde qui aient un chef de gouvernement mobilisé spécifiquement sur l’organisation de la transition écologique », vante-t-on à l’Elysée.

Le bon constat posé par la SGPE ?

Dans ce travail, la Première ministre reçoit l’appui du Secrétariat général à la planification écologique (SGPE), créée en juillet 2022. Composée d’une quinzaine d’experts emmenés par Antoine Pellion, cette nouvelle instance est chargée de bâtir une stratégie complète et cohérente qui permette de s’assurer du respect des engagements européens et internationaux de la France. Pas seulement sur le climat mais aussi la biodiversité et l’économie circulaire, sachant que l’équilibre entre les trois n’est pas toujours simple à trouver. Ce travail a abouti à la publication d’un plan le 13 juillet dernier, intitulé France Nation Verte et listant une cinquantaine de leviers répartis dans six thématiques. De mieux se déplacer à mieux consommer, en passant par mieux se loger ou encore mieux produire.

Beau travail ? Ce plan a déjà été présenté dans les grandes lignes par Elisabeth Borne aux différents chefs de partis politiques, lundi dernier. « Il y a une reconnaissance assez unanime du sérieux et de la qualité des travaux fournis, avec finalement assez peu de discussions sur le détail du plan », retient-on à l’Elysée. Même Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe écologie – Les Verts (EELV), a reconnu dans des propos repris par l’AFP, « un constat très complet, très lucide et assez inédit ».

Le Shift Project, think-tank travaillant sur la transition écologique, salue lui aussi le « travail novateur » du SGPE qui « manifeste d’un grand progrès dans l’approche des politiques climatiques ». « Cette méthode consistant à regarder la transition énergétique comme un problème physique et technique, et non pas seulement une question d’euros, est la bonne, détaille Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project. Le SGPE arrive alors à des conclusions assez proches des nôtres. A savoir que sans pétrole et face aux contraintes déjà identifiées dans l’accès aux ressources nécessaires à la transition, il va être très difficile de maintenir nos capacités de production actuelles. En clair : il va falloir hiérarchiser nos usages, ce qui suppose de bâtir une société beaucoup plus sobre. »

Passer de la théorie au concret

Ce plan France Nation Verte décrirait donc parfaitement l’obstacle qui se dresse devant nous. Reste à le traduire par des choix politiques. C’est tout l’enjeu de la prise de parole d’Emmanuel Macron ce lundi. La Première ministre a déjà commencé à préparer le terrain cette semaine, en évoquant les 10 milliards d’euros d’investissements supplémentaires que l’exécutif veut allouer à la transition écologique, dont 7 milliards qui seront engagés dès 2024. Des montants déjà annoncés en juillet, mais dont la répartition a été précisée. De MaPrim’ Rénov, le dispositif phare pour accompagner les Français dans la rénovation énergétique de leurs logements, le grand gagnant (+1,6 milliard d’euros), à la gestion des forêts (+500 millions) en passant par les infrastructures ferroviaires (+700 millions), le leasing social pour l’acquisition d’un véhicule électrique, etc.

Emmanuel Macron va-t-il s’appesantir de nouveau, lundi, sur ces milliards d’euros supplémentaires ? Émeline Notari, responsable des politiques climat au Réseau action climat (RAC), espère que le président de la République ira beaucoup plus loin. « Il y a encore des zones de flous, pointe-t-elle. On ne sait pas encore comment le plan du SGPE va être traduit en politiques publiques ? En passant par quels véhicules législatifs ? » Le projet de loi de finances, présenté mercredi, devrait être l’occasion de passer un certain nombre de mesures listées dans France Nation Verte. « Mais ensuite ?, reprend Émeline Notari. On entend plus parler du projet de loi Energie-climat, qui devait graver dans le marbre de la loi les nouveaux objectifs climatiques de la France et permettre aux parlementaires d’avoir leur mot à dire. Il devait être discuté début juillet, avant d’être repoussé à l’automne et on craint désormais de nouveaux reports. »

Moment historique ?

Surtout, si ces investissements supplémentaires sont une bonne chose pour Emeline Notari, « ils n’auront véritablement de sens que si, en parallèle, on diminue les dépenses publiques néfastes au climat et à la biodiversité, insiste-t-elle. On les avait estimées à 67 milliards l’an passé. » Le RAC pointait toute une série de niches fiscales sur des énergies fossiles, comme l’exonération de taxation sur le kérosène qui profite au secteur aérien, la différence de taxation entre le diesel et l’essence, mais encore le bouclier tarifaire mis en place pour protéger les Français de l’envolée des prix de l’énergie dès 2021.

Emmanuel Macron, adepte d’une écologie non-punitive, ira-t-il sur ces terrains politiquement clivants ce lundi ? Matthieu Auzanneau espère en tout cas qu’il donnera de la hauteur à cette planification écologique. « Il y a une ambition historique à assumer, estime-t-il. La France pourrait ce lundi s’annoncer comme la première nation prête à véritablement montrer la voie pour sortir des énergies fossiles ». « Nous sommes certainement le pays qui a poussé le plus loin la réflexion sur la planification, reprend-il. Pour autant, à ce jour, nous ne sommes pas plus sortis du pétrole que les autres. »