20 Minutes : Actualités et infos en direct
EnvironnementL’Etat s’entête sur un site controversé d’enfouissement de déchets toxiques

Déchets toxiques : L’Etat s’entête sur le projet Stocamine, site controversé d’enfouissement dans le Haut-Rhin

EnvironnementL’Etat lance, mardi, une nouvelle concertation sur le projet Stocamine visant à enfouir définitivement 42.000 tonnes de déchets toxiques, dans le Haut-Rhin, près de la plus grande nappe phréatique d’Europe
Des employés à l'intérieur de l'ancienne mine de potasse, à Wittelsheim, dans le Haut-Rhin. Le site souterrain, baptisé Stocamine, sert aujourd'hui à stocker des déchets toxiques.
Des employés à l'intérieur de l'ancienne mine de potasse, à Wittelsheim, dans le Haut-Rhin. Le site souterrain, baptisé Stocamine, sert aujourd'hui à stocker des déchets toxiques. - Sébastien Bozon / AFP / AFP
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Faut-il confiner définitivement 42.000 tonnes de déchets toxiques dans l’ancienne mine de Wittelsheim, dans le Haut-Rhin, au risque de polluer un jour la plus grande nappe phréatique d’Europe ? L’Etat lance, mardi, une nouvelle concertation sur ce projet baptisé Stocamine. Certains acteurs locaux jugent la démarche illusoire face à une décision déjà prise.

L’affichette a été placardée dans les mairies de Wittelsheim et des alentours : jusqu’au 10 mai, les citoyens sont invités à donner leur avis sur le projet de couler du béton dans les galeries pour empêcher définitivement l’accès aux déchets (arsenic, amiante, cyanure, plomb…) situés sous la nappe phréatique d’Alsace. Initialement, le stockage des déchets, présenté comme « réversible », ne devait pas se prolonger après 2027.

Avis du public favorables au déstockage

Porté par la société Mines de potasse d’Alsace (MDPA), dont l’Etat est l’unique actionnaire depuis 2005, le projet Stocamine a déjà fait l’objet de trois concertations. A chaque fois, les avis du public ont été majoritairement favorables au déstockage. A chaque fois, sur la base d’études scientifiques, l’Etat a pris la décision de confiner les déchets, en acceptant seulement de retirer la majorité du mercure, dont il reste encore plus d’une tonne au fond.



« Les concertations publiques ont semble-t-il été marquées par une difficulté de dialogue et d’écoute », souligne un rapport parlementaire de 2018. « C’était du foutage de gueule », estime, dans un style moins nuancé, un acteur des concertations de l’époque. « Cela a servi à donner bonne conscience à une décision qui était déjà prise, mais qui ne correspond en rien aux recommandations formulées. »

Autorisation annulée par la justice

A l’issue des concertations, l’Etat avait autorisé la prolongation du stockage, et donc le confinement des déchets, pour une « durée illimitée ». Mais l’autorisation, contestée par le Conseil départemental et des associations locales, a été jugée contraire au code de l’environnement et annulée par la justice en 2021.

Confortés par les juges, les élus du territoire attendaient un changement de politique. Le gouvernement a préféré maintenir sa position et modifier le code de l’environnement par un décret signé par la ministre de l’Environnement, Barbara Pompili, entre les deux tours de l’élection présidentielle 2022.

Néanmoins, le tribunal administratif de Strasbourg avait interdit les premiers travaux de confinement des déchets toxiques, en janvier 2023. Alors, pour concrétiser son choix, l’Etat lance donc une nouvelle enquête publique sur le stockage « illimité » des 42.000 tonnes de déchets toxiques, en vue d’une nouvelle autorisation dans les mois qui viennent.

« Les dés sont pipés »

« L’enquête publique est une procédure complètement décalée face à la crise environnementale que nous vivons, mais pour l’administration, ça reste un outil incroyablement efficace, analyse l’historien Frédéric Graber, chercheur au CNRS. C’est une manière de neutraliser toute opposition, tout en légitimant un projet. Cela permet de dire que les citoyens ont consenti à l’action, même s’ils protestent. »

« Politiquement, j’ai des craintes sur l’aspect démocratique, sur la véritable prise en compte de nos avis. Les dés sont pipés », abonde Philippe Aullen, porte-parole du collectif Destocamine, rassemblant les associations opposées au projet. Il invite cependant « un maximum de personnes » à participer : « même si l’espoir est mince, c’est important de s’exprimer ». Sollicitée pour savoir sur quels aspects l’enquête publique pourrait faire évoluer le projet, la préfecture du Haut-Rhin a refusé tout entretien.

En attendant, l’issue des débats ne fait guère de doute. Le confinement définitif des déchets sans déstockage complémentaire a été décidé par Barbara Pompili en janvier 2021. « Le confinement est inéluctable. Il n’y a pas d’alternative », a encore soutenu son successeur Christophe Béchu, en janvier, à l’Assemblée nationale.

Sujets liés