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EN PLEINE TEMPETEPêcheurs et élus veulent couler un projet de ferme aquacole près de Cannes

Cannes : Pêcheurs et élus veulent faire couler le projet d’extension « pharaonique » d’une ferme aquacole

EN PLEINE TEMPETELa société Aquafrais Cannes, qui exploite des fermes aquacoles au large des Alpes-Maritimes, souhaite créer un nouvel élevage de 24.000 m2. Un projet qu’élus et pêcheurs artisanaux veulent faire tomber à l’eau
Le directeur général d'Aquafrais Cannes, ce vendredi matin, face à la baie de Golfe-Juan (Alpes-Maritimes) où la société veut implanter une seconde ferme aquacole
Le directeur général d'Aquafrais Cannes, ce vendredi matin, face à la baie de Golfe-Juan (Alpes-Maritimes) où la société veut implanter une seconde ferme aquacole  - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes / 20 Minutes
Fabien Binacchi

Fabien Binacchi

L'essentiel

  • Implantée depuis trente-cinq ans sur le littoral des Alpes-Maritimes, la ferme aquacole basée à Golfe-Juan souhaite exploiter une nouvelle emprise de 24.000m2.
  • Elus de tous bords et pêcheurs locaux ont exprimé ce vendredi leur opposition ferme à un projet jugé « pharaonique ».
  • Alors qu’ils s’inquiètent de ses « conséquences environnementales », la société qui exploite la ferme aquacole, elle, défend un dossier qui a été validé par la mission régionale d’autorité environnementale.

Deux réunions aux antipodes ce vendredi matin. Alors que les responsables de la ferme aquacole de Vallauris-Golfe-Juan défendaient leur dossier d’extension en préfecture, élus de tous bords et pêcheurs locaux avaient donné rendez-vous à la presse, au même moment, pour marquer leur opposition à un projet jugé « pharaonique ».


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Basée dans cette station balnéaire voisine de la Croisette, la société Aquafrais Cannes exploite actuellement cinq sites d’élevage sur le littoral des Alpes-Maritimes, d’Antibes à Théoule-sur-Mer pour une production annuelle de 570 tonnes de loups et de daurades. Elle souhaite rationaliser ses équipements en fermant trois de ses fermes, mais en se dotant d’une nouvelle structure de 24.000 m2 au large de Golfe Juan, pour atteindre les 1.200 tonnes. Son directeur général défend un projet qui « offrira une production locale dans des circuits courts » et qu’il sera « respectueux de l’environnement ».

Des cages « sous lesquelles plus rien ne repousse »

Contre l’avis de Kevin Luciano, le maire divers droite de Vallauris-Golfe-Juan qui s’exprimait avec d’autres élus depuis le « banc des pêcheurs » de sa commune. « Nous ne sommes pas contre l’aquaculture. Ce n’est pas une position idéologique. Nous sommes là pour dire que c’est tout simplement déraisonnable », a lancé l’édile. La députée européenne EELV Caroline Roose, le sénateur Philippe Tabarot et le député Eric Pauget (LR) étaient à ses côtés pour marquer également leur franche opposition.

Ils s’inquiètent de l’impact économique d’une telle extension « sur la pêche artisanale » mais surtout de ses « conséquences environnementales ». « Il y a la problématique des excréments de ces poissons qui vont être élevés en masse dans des cages sous lesquelles, faute de lumière, plus rien ne repousse », a dénoncé Caroline Roose.



Une densité de 10 kg de poissons par mètre cube

Le directeur général d’Aquafrais, Jérôme Hémar, qui a ouvert les portes de son siège social à 20 Minutes ce vendredi, assure de son côté que la qualité du projet a été « reconnue » par la mission régionale d’autorité environnementale (Mrae). Selon un avis publié au mois d’octobre, la future ferme, imaginée depuis 2017 et la reprise de cette exploitation lancée il y a trente-cinq ans et qui se trouvait alors en redressement judiciaire, se situe dans un périmètre « propice » à l’aquaculture.

« Le site sera respectueux de l’environnement. Il aura une emprise limitée de 24.000 m2, moindre que celle déjà existante au large de Golfe-Juan, de 30.000 m2, puisque nous jouons sur la profondeur des filets, dans une zone où il y a 50 m de fond, explique le responsable. Le tout avec une densité de 10 kg de poissons par m3, bien inférieure à la réglementation régionale de 40 kg par m3. »

« Le choix d’un site suffisamment profond et dans un milieu ouvert où l’hydrodynamisme est important, contribue à la prise en compte des risques d’eutrophisation des eaux marines », abonde la Mrae. Mais l’organisme fait aussi remarquer que les conséquences du démantèlement des trois sites existants n’ont pas été suffisamment intégrées dans le projet tout comme « les impacts attendus du changement climatique ». Ce dernier « favorise » le développement de bactéries pathogènes et donc « l’apparition de maladies dans les élevages aquacoles », obligeant à l’emploi d’éventuels traitements antibiotiques.

« La baie de Golfe-Juan est déjà malade »

Un problème pointé par les élus et les pêcheurs opposés au projet ce vendredi. La question de l’emploi est également évoquée. Alors que la société Aquafrais assure que son projet permettra de créer vingt postes en plus des 35 existants, l’élue EELV Caroline Rosse juge de son côté que « c’est la pêche artisanale qui développe l’emploi et pas ces fermes aquacoles ».

« La baie de Golfe-Juan, avec tout ce qui s’y passe et notamment la plaisance, surtout l’été, est déjà malade. Ça, ça va contaminer tout l’environnement et ça va réduire nos champs d’action, expliquait sur place Patrick Wolff, premier prud’homme de Golfe-Juan. On n’est pas du tout contre l’aquaculture raisonnée et artisanale. Mais là, c’est industriel. Comme ce qui se fait en Norvège. On est des lanceurs d’alerte. » Dans une pétition qui a déjà rassemblé 2.300 signatures, les pêcheurs locaux dénoncent ce projet de « mégastructure dont les dimensions équivalent à trois stades de football en surface et quinze sur le fond ». Ils se disent prêts à d’autres actions pour le faire échouer.

L’enquête publique ouverte dans le cadre de ce dossier se clôturera le 22 février et c’est la préfecture maritime qui donnera son aval, ou pas. Sollicitée par 20 Minutes, elle indique qu’une décision serait rendue d’ici quelques mois, a priori avant la fin de l’année.

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