Béarn : A la ferme Légère, un mode de vie « radical » pour réduire son empreinte écologique

EN TETE A TERRE A quelques kilomètres de Pau, dans le Béarn, Clément Osé a fait le choix d'un mode de vie alternatif en s'installant dans une ferme éco-construite

Emilie Petit
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« En tête à Terre » : A la ferme Légère, Clément Osé a choisi un mode de vie alternatif pour réduire son impact écologique — 20 Minutes
  • En 2017, après un an sur les routes, Clément Osé, 27 ans, décide de rejoindre une ferme éco-construite baptisée « ferme Légère » dans le Béarn.
  • A la ferme Légère, Clément et ses colocs vivent en harmonie avec la nature, et aspirent à réduire leur empreinte carbone et à devenir le plus autonomes possible.
  • 10 hectares de terrain, des cultures de plein champ, un potager, un verger, et plus d’une vingtaine d’animaux : la ferme est, pour Clément, un véritable havre de paix, où il s’acclimate à la vie en collectivité.

« Au début, c’était comme quand on part en voyage », se souvient Clément Osé. En 2017, après un an sur les routes et des milliards de questions dans la tête, ce jeune parisien alors âgé de 27 ans, diplômé de Sciences po, décide de rejoindre une ferme éco-construite baptisée « ferme Légère » dans le Béarn. Son but ? Vivre en harmonie avec la nature, réduire son empreinte carbone, devenir le plus autonome possible, et réussir à se tailler une vie sur mesure, bien loin d’une société de consommation qu’il exècre du fait des dangers du réchauffement climatique qu’elle suppose.

« A la base, c’était plus une réflexion sur mon travail. Chaque fois, à la fin de chacune de mes expériences, je me disais que c’était un peu des bullshit jobs. Donc j’ai commencé à réfléchir sur mon mode de vie en me questionnant sur ce à quoi j’aspirais, plutôt que sur mes besoins », explique-t-il.

La ferme Légère, dans le Béarn, à quelques kilomètres de Pau.
La ferme Légère, dans le Béarn, à quelques kilomètres de Pau. - Emilie Petit

Commence alors, à la ferme Légère, un apprentissage des « activités paysannes ». En quelques mois, Clément découvre les joies de l’agriculture, à laquelle l’initie l’un des habitants de cette coloc géante dans laquelle vivent également, à ses côtés, sept autres personnes. « Je suis arrivé au printemps. Toute la prairie était fleurie. Je passais avec ma brouette au milieu de ces fleurs jaunes qui m’arrivaient jusqu’au torse, et je me disais : “ah ouais, donc c’est ça mon nouveau bureau”. C’était assez fabuleux », se remémore Clément.

« Je n’ai pas eu de difficulté à accepter la baisse de mon confort »

A la ferme Légère, tout ou presque est fait d’objets de récup. Rien ne se jette, tout se transforme. Une charpente faite de vitres glanées ici et là, pour garder la maison au chaud lors des longues nuits d’hiver, a été ajoutée tout autour des murs en pierre du rez-de-chaussée. Et deux étages en bois aggloméré ont été construits pour permettre à Clément et ses colocs de s’installer durablement. Pour faire le pain, un vieux four a été récupéré et installé dans une grange rebaptisée « le fournil », et une cocotte norvégienne* trône dans un coin de la cuisine.

Pour l’électricité et l’eau chaude, des panneaux photovoltaïques et thermiques alimentent une quinzaine de batteries. Bye bye EDF, bonjour l’autonomie énergétique ! Et pour consommer moins d’eau, les toilettes sèches ont remplacé les classiques WC à réservoir, et le lave-vaisselle a été banni. « Notre mode de vie peut sembler radical pour pas mal de gens, mais moi, je n’ai pas du tout eu de difficulté à accepter la baisse de mon confort ou d’une certaine définition du confort », assure-t-il.

Le collectif, l’un des piliers de la sobriété

Les 10 hectares de terrain, entretenus non par un tracteur tombé en panne il y a quelques mois mais par des bouquetins, des ânes et des moutons, nécessitent un travail quotidien que deux bras ne peuvent abattre seuls. Alors, chaque colocataire met la main à la pâte. Tandis que certains s’affairent à récolter les haricots du potager, d’autres s’occupent d’entretenir les cultures de plein champ ou de cueillir les pommes du verger avant qu’elles ne tombent et pourrissent. Le soir, tout le monde se retrouve autour d’un repas bien chaud, concocté avec les légumes du jardin – et de saison évidemment – pour débriefer les journées toujours bien chargées, et rigoler autour d’une bonne lampée de bière ou de kéfir.

« Ce qui est très chouette, c’est qu’on réapprend à vivre ensemble. On part quand même à la base avec un bagage très individualiste. On est dans ce que j’appelle "la consommation de relations". Mais à la ferme, on fait tout ensemble. Et même si ce n’est pas toujours simple, tout ce qui existe ici n’aurait pas été possible sans le collectif », raconte-t-il.

Clément Osé et l'un coloc de passage, à la ferme Légère, le 28 septembre 2021.
Clément Osé et l'un coloc de passage, à la ferme Légère, le 28 septembre 2021. - Emilie Petit

Côté finances, la ferme Légère n’a pas encore réussi à tirer des revenus de ses activités. Mais grâce à une autonomie alimentaire partielle et de nombreux systèmes D, 500 euros par mois suffisent à chaque habitant pour subvenir à ses besoins. La plupart d’entre eux tirent donc leurs revenus de l’extérieur. Marc a une activité de location et de rénovation de logements. Mohammed travaille chez un maraîcher et un boulanger. Silvère travaille pour une voisine en élevage laitier. Et Clément réussit, pour le moment, à vivre de ses activités artistiques. Dont celles issues de la vente de son livre, De la neige pour Suzanne, dans lequel il partage son expérience de vie collective en autonomie. Enfin, pour arrondir les fins de mois, des stages sont organisés à la ferme où les habitants partagent leur expérience et connaissances en matière d’autonomie, de sobriété énergétique et de vie en collectivité.

« Il y a, dans la mutualisation, un véritable intérêt écologique et financier, reconnaît Clément. Après, moi, je ne crois pas à la solution unique. Je pense que là, aujourd’hui, on est face à un gros problème qui est le réchauffement climatique. La fin des énergies fossiles. Une société qui est clairement en train de sombrer. Et la réponse à ça, c’est un faisceau de solutions, assure-t-il. Nous, on a exploré une des voies possibles. Après, ça pose la question de la reproductibilité. Est-ce que tout le monde peut vivre comme ça ? Est-ce que, quand on est très vieux, on peut vivre comme ça ? Pas forcément ».

Clément Osé et les habitants de la ferme Légère, à table, le 28 novembre 2021.
Clément Osé et les habitants de la ferme Légère, à table, le 28 novembre 2021. - Emilie Petit

(*) Caisson ou sac garni d’isolant thermique (ici, de la laine de mouton) dans lequel on place une casserole contenant un plat dont la cuisson a démarré sur le feu, et qui permet de continuer à cuire les aliments sans aucune source d’énergie extérieure, pendant plusieurs heures.

Clément Osé, De la neige pour Suzanne, Ed. Tana, Nouveaux récits. Disponible en librairie.