Coronavirus : Ils marchent 7 semaines entre Marseille et Paris pour ramasser les masques jetables

DECHETS Edmund Platt, à qui on doit en France #1dechetparjour, se lance avec un acolyte dans un périple de 7 semaines pour sensibiliser et ramasser les déchets

Caroline Delabroy

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Premier réveil sur la route entre Marseille et Paris pour l'Anglais qui marche contres les déchets liés au Covid-19
Premier réveil sur la route entre Marseille et Paris pour l'Anglais qui marche contres les déchets liés au Covid-19 — Frédéric Munsch
  • Partis jeudi à pied de la gare Saint-Charles à Marseille, Edmund Platt et Frédéric Munsch comptent rejoindre la gare de Lyon à Paris en sept semaines.
  • Pour leur première journée, ils ont déjà ramassé plus de 150 masques jetables.
  • Au programme de ce long périple, ramassages citoyens, rencontres dans les écoles et, espèrent-ils, bivouacs chez l’habitant à la manière de « J’irai dormir chez vous ».
24 heures pour La France des solutions avec Reporters d'espoirs

On le cueille au réveil, après une première nuit passée à la belle étoile près la ligne TGV Marseille-Paris, au sortir du grand tunnel avant l’arrivée sur Aix-en-Provence. Le vent n’aide pas à replier la tente mais  Edmund Platt, aka « l’escargot anglais », a le sourire. Et le temps : avec son acolyte, le photographe Frédéric Munsch, aka « le sanglier marseillais », ils se sont lancés dans un long périple à pied le long de la voie de chemin de fer. Pour ralentir, mais surtout mobiliser contre la pollution sauvage des déchets, en particulier ceux liés au Covid-19.

Rien qu’après leur départ jeudi de la gare Saint-Charles, ils ont ramassé 150 masques jetables autour du centre commercial Grand Littoral. Ou plutôt « 150 fuckings masques » pour reprendre le terme exact d’Edmund Platt, qui met  autant de truculence dans son vocabulaire que dans ses combats pour un monde plus vert.

Cet Anglais n’est pas à son premier coup d’éclat. A Marseille, où il vit depuis 2011, il a lancé le projet #1dechetparjour pour engager chaque citoyen à ramasser au moins un déchet dans la journée. Gros succès sur les réseaux sociaux, qui rejoint un mouvement plus large : « Près de 30.000 photos sont postées par jour autour du monde sous ce hashtag et son pendant #1PieceOfRubbish », se félicite-il.

« Le gars, il a ouvert la fenêtre et jeté son masque»

Sur son tee-shirt noir, le message est limpide : « Arrête de niquer ta mer ». « L’ONU dit que 75 % des masques jetables risquent de se retrouver dans des décharges ou dans les mers, ce n’est pas du coton mais du plastique, ce n’est pas recyclable, alerte Edmund Platt. J’encourage tout le monde à acheter des masques en coton. Faites un geste pour la planète et arrêtez avec le jetable ! »

« Les gars, prenez soin de vous, ce n’est pas cool », lance-t-il aussi. Sa bonne humeur le quitte lorsqu’il reparle d’une scène vécue la veille sur un rond-point : « Le gars, il a ouvert la fenêtre de sa voiture et jeté son masque, tranquillou bilou, avant de rentrer chez lui ». Pour lui, « McDonald’s, Mégots, Masques », c'est même combat : « Ce sont souvent les mêmes qui ont la flemme de trouver une poubelle ».

Mais Edmund Platt a l’écologie joyeuse. D’ailleurs, « il déteste le mot écolo ». « Je suis juste comme tout le monde, un citoyen ». Dans une vie passée de commercial, il a pris des avions, fait de nombreux allers-retours en train entre Marseille et Paris. « Cela va trop vite, c’est trop beau cette ligne. Au lieu de la faire à 330 km/heure, j’ai eu envie de la faire à 3 km/heure, de ralentir, de bivouaquer, rencontrer des gens ». Dans sa besace, il a emporté de la Marmite, la fameuse pâte anglaise, qu’il espère bien faire goûter au passage. A la manière d’un Antoine de Maximy, il espère « aller dormir chez vous ». L’idée est aussi, deux fois par semaine, d’aller dans une école parler d’écologie, et d’organiser des ramassages citoyens.

« Si tout va bien, on arrive à la gare de Lyon dans 7 semaines ». Soit autour du 19 novembre, date à laquelle doit aussi paraître le livre « L’Anglais qui voulait nettoyer la France », qui relate notamment un précédent périple de 8000 km à travers la France, en auto-stops cette fois. A ceux qui y verraient un coup de pub, Edmund Platt rétorque : « Cette marche, ce livre, ce sont des armes de communication contre la pollution de la planète. » Pour l’heure, son énergie est toute à ses crampons et aux rencontres à venir : l’objectif de la première semaine est de boucler les 120 premiers kilomètres, sur les quelque 815 km qui séparent Marseille et Paris. «Suivez-nous sur les réseaux, envoyez-nous du love», lancent-ils en chœur, en entamant cette nouvelle journée de marche au grand vent.