Méditerranée : Et si la pollution industrielle n’avait qu’un faible impact sur le parc national de Port-Cros et Porquerolles ?

ENVIRONNEMENT A Toulon, l'étude innovante des courants marins a révélé que la forte pollution de la petite rade se diluait rapidement et ne touchait guère le parc national de Port-Cros

Caroline Delabroy

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L'enseignant-chercheur varois Yann Ourmieres lâche des bouées pour mesurer les courants autour de Port-Cros.
L'enseignant-chercheur varois Yann Ourmieres lâche des bouées pour mesurer les courants autour de Port-Cros. — Anthony Gramoullé/Université de Toulon

Trois années d’études au plus près des courants marins. Trois années durant lesquelles Yann Ourmières, enseignant-chercheur à l’université de Toulon et responsable local du projet européen IMPACT sur la dispersion des polluants en mer, a régulièrement lâché dans la rade des bouées équipées de GPS et d’un boîtier de transmission dans leur coque. Comme ses collèges italiens en Toscane et en Ligurie mais aussi en Corse, il a observé leurs dérives. « L’idée du projet était de proposer des études, sur différents sites en Méditerranée, sur l’impact du développement des ports industriels sur les aires maritimes protégées », explique ce fin connaisseur du parc national de Port-Cros et Porquerolles.

Les chercheurs n’ont pas utilisé que des bouées, ils ont aussi mesuré les courants grâce au maillage de 200 km de côtes en radars haute fréquence, rendu possible par IMPACT. « Ils délivrent une carte en temps réel du courant à la surface de la mer sur une très grande zone, explique Yann Ourmières. Les bouées permettent de leur côté une vision plus fine. On peut les mettre à l’eau entre deux îles, dans des endroits très petits où les radars n’arrivent pas forcément à mesurer les courants. » A ces deux outils d’observation, se sont ajoutés des modèles numériques capables de faire de la prévision sur l’évolution des courants.

Plomb, cuivre, etc. : un impact sporadique et exceptionnel

Toutes zones confondues, l’étude, et c’est une belle surprise, met plutôt les signaux au vert : les contaminants métallurgiques (cuivre, plomb…) issues des zones portuaires se retrouvent en effet peu dans les aires marines protégées. « Globalement, dans les quatre sites étudiés, il n’y a rien de catastrophique », relève le chercheur. Ainsi, si l’on prend l’exemple de Toulon, « on a des taux de pollution élevés dans la petite rade, la zone industrielle du port, et de plus en plus dilués à mesure que l’on s’éloigne vers la grande rade puis la Méditerranée ». Résultat : l’impact est sporadique dans les eaux de Port-Cros et Porquerolles.

« C’est un pur hasard de la géographie de la côte, qui tient à la circulation océanique dans la région, avec un courant d’est en ouest, nuance Yann Ourmières. Et dans certaines conditions météorologiques, dues en particulier au Mistral, la petite rade peut aussi contaminer l’aire marine protégée, même si cela reste rare. »

Le plastique en embuscade

Est-ce à dire que les ports industriels de ces zones peuvent sans vergogne continuer à polluer ? Le chercheur met en garde contre une lecture verdoyante de l’étude Impact. « Le but du projet est d’identifier les possibles interactions entre les activités portuaires et les aires marines protégées, et de fournir des indications pour leur meilleure gestion », rappelle-t-il.

Par exemple, ces données peuvent être utilisées pour mieux penser l’emplacement de nouveaux aménagements dans la baie. Mais surtout, l’étude traite des polluants chimiques et invisibles, pas de la pollution plastique en surface. Celle-là est bien présente à Port-Cros et en Méditerranée. Yann Ourmières peut le dire : c’est l’un de ses projets de recherche en cours.