Comment l’Etat veut-il s’y prendre pour accroître ses aires naturelles protégées ?

BIODIVERSITE Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, a dévoilé ce jeudi le plan d’action gouvernemental pour viser les 30 % du territoire national en aire protégée d’ici à 2022

Fabrice Pouliquen

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 Un groupe de manchots sur l'île de la Possession dans l'archipel des Crozet (Terres Australes et Antarctiques Françaises) où est installée une base permanente française.
Un groupe de manchots sur l'île de la Possession dans l'archipel des Crozet (Terres Australes et Antarctiques Françaises) où est installée une base permanente française. — MARCEL MOCHET / AFP
  • Au lendemain d’un rapport alarmant sur l’état de la biodiversité, Emmanuel Macron avait fixé en mai dernier l’objectif d’arriver à 30 % du territoire français sous aires protégées d’ici à 2022.
  • Ce jeudi, la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon a dévoilé le plan d’action pour atteindre cet objectif. Il prévoit d’étendre les zones marines protégées dans les terres australes, mais aussi de créer et d’agrandir des réserves naturelles en métropole et en outre-mer.
  • Si Jean-David Abel, vice-président de France nature environnement, souligne « la dynamique positive », il appelle aussi le gouvernement « à ne pas faire que du quantitatif, mais aussi du qualitatif » et à être plus ambitieux sur les dispositifs de protections fortes.

Le 7 mai dernier, au lendemain de la publication d’un rapport alarmant sur l’état de la biodiversité mondiale, Emmanuel Macron avait annoncé  une série d’actions fortes pour préserver cette biodiversité en France.

Parmi celles-ci, l’ambition de porter la part des aires marines et terrestres protégées à 30 % du territoire d’ici à 2022. Un tiers (10 %, donc) seront en outre des zones « protégées en pleine naturalité », c’est-à-dire bénéficiant théoriquement d’un statut de protection forte qui interdit la plupart des activités, notamment la chasse.

Un plan d’action dévoilé pour 2030

Voilà pour le cap. Il restait à aborder le plan d’action pour atteindre ces 30 % du territoire à l’horizon 2030. C’est ce qu’a fait Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, ce jeudi, en ouverture du 38e congrès des Réserves naturelles de France à Mônetier-les-Bains (Hautes-Alpes), dans le parc national des Ecrins (Alpes).

Tous statuts confondus, les aires protégées françaises couvrent environ 21 % des terres et 22 % des eaux françaises. Pour viser les 30 %, le plan gouvernemental annoncé par Emmanuelle Wargon prévoit comme premier levier d’augmenter la surface des zones marines protégées dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Et pas qu’un peu, puisqu’il s’agirait d’étendre ces zones de 550.000 km², soit environ la surface de la France métropolitaine, selon le communiqué du ministère.

Une aire protégée dans des zones reculées

Dans le détail, une aire marine protégée doit voir le jour dans la zone économique exclusive* de Saint-Paul et Amsterdam (sud de l’océan Indien). Le parc naturel marin des Glorieuses, toujours dans l’océan Indien, deviendra par ailleurs une réserve naturelle nationale, ce qui conférerait à la zone une protection accrue.

Des annonces qui vont dans le bon sens pour Jean-David Abel, vice-président et responsable des questions « biodiversité » de France nature environnement (FNE). Mais il tient toutefois à en tempérer l’ampleur. « Ce premier levier revient à étendre des aires protégées dans des zones très reculées, et donc relativement peu exposées aux activités humaines, précise-t-il. L’enjeu est bien plus de créer et renforcer les aires protégées en métropole et au large de ses côtes. Autrement dit, là où il peut y avoir le plus de conflits entre préservation de la biodiversité et activités humaines, qu’elles soient agricoles, touristiques, extractives etc... En Méditerranée, par exemple. »

20 projets de créations ou d’extensions d’aires protégées à réaliser d’ici à 2022

C’est le deuxième volet du plan de bataille présenté ce jeudi par Emmanuelle Wargon. Le gouvernement a identifié 9 projets de créations de réserves naturelles nationales, couvrant une surface totale de plus de 10.000 hectares en métropole et en outre-mer, et 18 projets d’extension de réserves existantes. Il espère pouvoir mener à bien 20 de ces projets d’ici à 2022. Dans le lot, figure le parc national des forêts de Champagne et Bourgogne, d’une superficie d’environ 220.000 hectares, sur le plateau de Langres. Annoncé en 2009, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, ce 11e parc national français doit voir le jour d’ici à la fin de l’année.

Pour arriver au 30% d'aires protégées en 2030, le gouvernement a identifié neuf projets de création de réserves naturelles nationales en métropole et en outre-mer, et 18 projets d'extension de réserves.
Pour arriver au 30% d'aires protégées en 2030, le gouvernement a identifié neuf projets de création de réserves naturelles nationales en métropole et en outre-mer, et 18 projets d'extension de réserves. - Ministère de la transition écologique

En 2022, alors, « sur la partie terrestre, on aura atteint les 30 %, assure Emmanuelle Wargon, citée par l’AFP. Et sur la partie maritime aussi, on devrait aussi atteindre les 30 %. » Une nouvelle fois, Jean-David Abel souligne cette dynamique positive. Il appelle tout de même « à ne pas seulement faire du quantitatif, mais aussi du qualitatif ». Car « cette extension des aires protégées doit s’accompagner d’une augmentation des moyens alloués à leur gestion, insiste le vice-président de la FNE. C’est l’une des lacunes actuelles en France. Les dernières créations de réserves naturelles se sont faites à moyen constant, en déshabillant Pierre pour habiller Paul. Nous serions déjà très contents si l’État allouait 5 millions d’euros annuels supplémentaires pour les aires protégées et 10 millions en tout pour la biodiversité, afin d’avoir une vraie politique ambitieuse. Ce n’est pas un effort colossal. »

Du flou sur les réserves naturelles en protection forte

Jean-David Abel pointe une autre inquiétude vis-à-vis de la stratégie nationale de création et de gestion des aires protégées. Elle concerne les aires placées sous protections fortes, qu’Emmanuel Macron désigne sous le terme d’« aires de pleine naturalité ». « Ce sont les cœurs de parcs nationaux, les réserves nationales, les réserves intégrales, les arrêtés de protection de biotope, détaille le vice-président de la FNE. Leur niveau de protection correspond à peu près aux aires protégées de la catégorie 2 dans la nomenclature de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature). Les activités humaines y sont très contrôlées et limités le plus possible. »

En 2009, le Grenelle de l’environnement fixait l’objectif de placer au minimum 2 % du territoire terrestre métropolitain sous protection forte d’ici l’horizon 2019. « Avec 1,4 % du territoire placé, nous sommes déjà en retard sur ce cap, reprend Jean-David Abel. Le gouvernement fixe un nouvel objectif de 10 % à atteindre, mais sans expliquer comment il compte l’atteindre. »

Un nouveau parc national pas à la hauteur des enjeux ?

La création du parc national des forêts de Champagne et Bourgogne pourrait ne pas faire avancer les choses d’un iota vers ces 10 %, craignent les ONG. « Le nom est ronflant – parc national –, mais normalement, dans un cœur d’une telle aire protégée, on ne fait pas d’exploitation forestière, on ne fait pas de l‘agriculture ordinaire, on ne pratique pas la chasse à courre. Autant de pratiques qui resteront autorisées dans ce futur parc, si on en croit les copies actuelles. »

Contacté, le ministère de la transition écologique n’avait pas répondu à nos questions à l’heure où nous publions ces lignes.

 

*Zone dans laquelle la France exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources.