Réserve naturelle en Alsace (Illustration)
Réserve naturelle en Alsace (Illustration) — G. Varela / 20 Minutes

ENVIRONNEMENT

Europa-Park: Pourquoi le projet de téléphérique inquiète les défenseurs de l'environnement

Un moratoire de cinq ans a été décidé concernant le projet de liaison téléphérique porté par le parc d’attractions allemand. En cause : des zones naturelles protégées, que le projet pourrait abîmer…

  • Les zones naturelles du Grand Ried, le long du Rhin, compliquent le projet de téléphérique d'Europa-Park. Le parc d’attractions allemand a suspendu son projet pour cinq ans, le temps d’un moratoire.
  • La proximité immédiate d’un téléphérique avec des secteurs naturels a interrogé. Parmi lesquels, des espaces classés en réserve naturelle (l'Ile de Rhinau et Taubergiessen) pour ses zones humides ou pour la préservation des espèces animales et végétales.

Là-bas, tout est neuf et tout est sauvage, libre continent sans grillage… C’est pour ça que ce n’est pas facile, là-bas. Là-bas ? On parle, en schématisant quelque peu, des zones naturelles de la Plaine d’Alsace. Celles du Grand Ried qui, le long du Rhin, compliquent le projet de téléphérique d'Europa-Park de part et d’autres du fleuve.

Le parc d’attractions allemand veut y installer une liaison téléphérique pour améliorer sa desserte avec, en prime, la réalisation d’offres d’hébergement du côté français. Mais voilà, un mois après l’annonce, Europa-Park suspendait son projet pour cinq ans, le temps d’un moratoire. Il faut dire que la proximité immédiate d’un téléphérique avec des secteurs naturels protégés a interrogé les associations.

Plusieurs classements environnementaux

De quoi parle-t-on alors ? D’une région de la plaine d’Alsace avec « une densité de classements environnementaux très forte. Certaines parties comptent 14 classements différents », commentait auprès de 20 Minutes en novembre Antoine Herth, député (Agir) de cette circonscription du Bas-Rhin.

Arnaud Schwartz, président France Nature Environnement Grand Est et membre d’Alsace Nature, poursuit : « Des deux côtés du Rhin, il y a des espaces classés en réserve naturelle (l'Ile de Rhinau et Taubergiessen), au classement international Ramsar pour les zones humides ou européen Natura 2000 pour la préservation des espèces animales et végétales. Et des protections légales supplémentaires, pour lesquelles une grande partie est concernée ».

« L’un des terrains les plus propices à une vie sauvage »

Autour de quoi, des terres agricoles qui ne sont pas protégées mais qui assurent à la nature sa tranquillité. Ce qui est essentiel si l’on considère, comme le souligne Arnaud Schwartz, que « la forêt alluviale rhénane en plaine est l’un des terrains les plus propices à une vie sauvage. Elle est plus ou moins humide avec les anciens bras du Rhin et très peu exploitée donc hyper rare. Il y a une diversité de végétaux, d’animaux, d’oiseaux, de champignons… Bref, d’humains ».

Dans le détail, on peut y voir des peupliers noirs et des aulnes blancs, des ormes, des frênes ou encore des lianes comme le lierre : une cinquantaine d’espèces différentes, répertoriées par Réserves naturelles de France, pour l’Ile de Rhinau en plus des insectes qui la peuplent.

Un vrai nid à oiseaux

Le Ried est aussi une zone utilisée par les oiseaux lors de leur migration et leur nidification. Selon l'Inventaire national du patrimoine naturel, le site abrite près d’une dizaine d’espèces nicheuses d’intérêt européen ainsi que certaines inscrites sur la liste rouge des oiseaux nicheurs d’Alsace (la pie-grièche grise, la chouette chevêche, le courlis cendré, le râle d’eau et le tarier des prés).

Aussi ce territoire se caractérise comme deuxième site français d’accueil des oiseaux d’eaux hivernants après la Camargue. C’est aussi l’un des plus importants couloirs de migration d’oiseaux, après la façade atlantique. Alors l’hypothèse « d’y voir un fil tendu sur des milliers de mètres » pour un téléphérique, dixit Arnaud Schwartz, inquiète : « Mais on ne veut pas accuser à tort. On ne peut pas s’opposer si on n’a pas les éléments. Disons qu’on se pose des questions, et qu’on demande des informations ». L’association devrait, dans cette optique, rencontrer prochainement les dirigeants d’Europa-Park.

Contactée, la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement  (Dreal) Grand Est n'a pas souhaité donner suite à notre demande d'informations sur les zones naturelles du Ried.