Strasbourg: Pasteure, avocat, députée, gréviste de la faim, les visages de l'opposition au GCO

OPPOSITION Alors qu'une décision judiciaire sur la légalité de l'autorisation des travaux préparatoires de l'autoroute du Grand contournement ouest est attendue ce mercredi à Strasbourg, portrait de quatre opposants...

Bruno Poussard

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La Zad de Kolbsheim a été évacuée le 10 septembre, mais les opposants restent nombreux à être mobilisés, sur divers terrains. Illustration
La Zad de Kolbsheim a été évacuée le 10 septembre, mais les opposants restent nombreux à être mobilisés, sur divers terrains. Illustration — G. Varela / 20 Minutes
  • Une décision judiciaire sur la légalité de l'autorisation des travaux préparatoires de l'autoroute du Grand contournement ouest est attendue à Strasbourg.
  • Malgré le début des travaux préparatoires dès septembre, de nombreux opposants restent mobilisés, comme les zadistes ou encore Germaine, 89 ans.
  • Mais sur le terrain ou à solliciter la justice, les plus symboliques sont loin d'être les seuls impliqués. Portrait de quatre militants d'engagements variés.

Avec son déambulateur, face aux gendarmes, aux aurores, Germaine, 89 ans, est devenue un symbole. En septembre lors de l’évacuation de la Zad de Kolbsheim (Bas-Rhin), cette habitante du village de la grande périphérie strasbourgeoise n’a pas hésité à descendre à l’entrée de la forêt en opposition à l’autoroute du Grand contournement ouest (GCO) de la capitale alsacienne.

Un moyen de régler, pour ses partisans, les problèmes de congestion et de pollution. Une mauvaise réponse pour ses pourfendeurs, zadistes et maire de Kolbsheim en tête. Mais il n’y a pas qu’eux. Portrait de quatre opposants, avant la décision sur le fond du tribunal administratif sur l’autorisation des travaux préparatoires attendue ce mercredi. Même si les déboisements sont très avancés.

Karima Delli, 39 ans, députée européenne depuis 2009 :

Présidente de la Commission des transports du Parlement européen, Karima Delli, 39 ans et originaire du Nord, est une des rares élus à porter la voix des anti-GCO. « Le transport est le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France, justifie l’eurodéputée, du parti Europe Écologie-Les Verts. En ajoutant une autoroute à une autre, existante, on ne se demande pas comment absorber et réduire le trafic… C’est ma responsabilité de dire qu’on doit arrêter de bétonner. Un modèle global est en jeu. »

Engagée depuis 2017 aux côtés de José Bové, l'écologiste a été aspergée de gaz lacrymogène le soir de l’évacuation de la Zad, le 10 septembre. « Je ne crois pas que la violence est de notre côté », insiste-t-elle. L’élue demande une « médiation » pour faire « baisser la tension » et « tout mettre à plat ». Elle met aussi en avant d’autres solutions afin d’essayer de régler « la maladie du XXIe siècle, la pollution » : taxer le transport routier, diriger ces recettes fiscales vers des modes moins polluants, ou relancer le fret.

Michel Dupont, 68 ans, ancien gréviste de la faim :

Après 30 jours de jeûne, l’action a pris fin le 20 novembre, sans réponse du président la République. Opposant visible ces dernières années, Michel Dupont n’en a pas enlevé son gilet vert pour autant. Originaire de région parisienne, l’ancien instituteur, fromager ou encore syndicaliste à la Confédération paysanne, s’est installé à Cronenbourg, dans l’agglomération strasbourgeoise, voilà dix ans. C’est en tant qu’assistant parlementaire de José Bové, un poste dont il a pris sa retraite en 2015, qu’il a découvert le GCO.

Michel Dupont, ancien assistant parlementaire de José Bové, fait partie des grévistes de la faim à avoir jeûné 30 jours contre l'autoroute du GCO à Strasbourg.
Michel Dupont, ancien assistant parlementaire de José Bové, fait partie des grévistes de la faim à avoir jeûné 30 jours contre l'autoroute du GCO à Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

A 68 ans, ce père de famille a une forte sensibilité personnelle aux effets de la pollution de l’air sur la santé. Ancien artisan fermier, il soutient le maintien des terres agricoles menacées par l’autoroute pour encourager le développement d’autres initiatives (comme les doubles cultures). Après la fin de la grève de la faim, il compte continuer à s’impliquer dans les blocages des machines sur le terrain. Tout en mobilisant de nouveaux élus pour s’opposer au GCO, après la signature d’une tribune par 70 parlementaires du pays.

François Zind, 46 ans, avocat d’Alsace Nature :

Spécialiste du droit de l’environnement et du droit des étrangers, Maître François Zind est (notamment) l’avocat de l’association environnementaliste Alsace Nature. L’Alsacien de 46 ans né d’un père allemand et d’une mère française s’est engagé contre le GCO au début des travaux préparatoires en 2017 à ce titre. Mais aussi par convictions personnelles et environnementales. « J’habite Cronenbourg, je serai également impacté par la pollution », explique celui qui est désormais papa d’enfants de 2 et 5 ans.

Ces derniers mois, une véritable guérilla judiciaire a été engagée contre le projet. Pour plusieurs victoires, la suspension du permis d’aménager du viaduc de la Bruche ou celle  de l'échangeur nord. François Zind le reconnaît, le GCO occupe 80 % du temps de son petit cabinet depuis août : « En face, ce sont des mastodontes, des cabinets anglo-saxons et français, et des services de l’Etat, alors on doit bosser deux à trois fois plus. » Soir et week-end aussi. Malgré le soutien de juristes ou scientifiques bénévoles.

Caroline Ingrand-Hoffet, 43 ans, pasteure de Kolbsheim :

Peu importe la décision du tribunal sur la légalité des travaux préparatoires, la forêt de Kolbsheim a en tout cas déjà été coupée. Malgré l’implication de la pasteure Caroline Ingrand-Hoffet depuis la relance du (vieux) projet en 2016. Arrivée en 2010 dans la paroisse protestante, la Haut-Rhinoise d’origine aux convictions écolos a sonné les cloches de l’église de Kolbsheim au moment des plus fortes menaces à l’encontre de la forêt de la Zad. Elle ne cache pas ses « cultes » et ses « prêches » environnementaux.

Après des célébrations sur le tracé de l’autoroute avec plusieurs de ses collègues, elle n’a pas hésité à soutenir et accompagner les zadistes, en leur donnant accès à l’eau, l’électricité ou Internet dans la salle de la paroisse. Jusqu’à aujourd’hui, où certains sont encore présents pour tenter de ralentir le travail des machines un peu plus loin. Lien entre zadistes et habitants avec le maire du village, elle garde espoir : « Tant que tous les recours ne sont pas purgés, on maintient l’opposition, non-violente et fraternelle. »