Réchauffement climatique: La flambée des émissions de méthane inquiète

CLIMAT La concentration de mce gaz à effet de serre dans l’atmosphère a cru dix fois plus rapidement entre 2006 et 2016 que lors de la décennie précédente...

20 Minutes avec AFP

— 

Illustration gaz
Illustration gaz — DURAND FLORENCE/SIPA

L’augmentation des émissions de méthane, un gaz à effet de serre plus nocif pour le climat que le CO2, inquiète. Elle risque de compromettre la lutte contre le réchauffement, indique une étude parue dans le journal Earth System Science Data.

Après un léger ralentissement entre 2000 et 2006, la concentration de méthane dans l’atmosphère a cru dix fois plus rapidement la décennie suivante.

«Il faut de toute urgence s’attacher à quantifier et réduire les émissions de méthane», plaident dans un éditorial ces chercheurs qui ont coordonné un bilan mondial mené par plus de 80 scientifiques de 15 pays. «Contenir le réchauffement sous 2°C est déjà un défi considérable,» soulignent ces mêmes chercheurs dans le bulletin Environmental Research Letters, à propos de l’objectif que la communauté internationale s’est fixée fin 2015 dans l’accord de Paris.

«Un tel objectif deviendra de plus en plus difficile à tenir si l’on ne réduit pas les émissions de méthane fortement et rapidement», ajoutent-ils.

Une multitude de facteurs expliquent la flambée des émissions

Résultat de l’exploitation des énergies fossiles ou plus probablement des activités agricoles… Les chercheurs formulent plusieurs hypothèses pour tenter d’expliquer cet emballement. Les concentrations augmentent de plus en plus vite depuis 2007, avec en particulier une forte accélération en 2014 et 2015.Selon l’étude, 60 % de ses émissions sont liées aux activités humaines : notamment 36 % viennent de l’agriculture (éructations des ruminants et rizières) et du traitement des déchets. Quelque 21 % des émanations de méthane sont aussi dues à l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz : de l’extraction jusqu’aux réseaux de distribution, les fuites de méthane sont très fréquentes.

Réduire les émissions de méthane est très possible

Deuxième grand gaz à effet de serre lié aux activités humaines, après le dioxyde de carbone (CO2), le méthane contribue pour quelque 20 % au réchauffement en cours.

Jusqu’ici les mesures contre le réchauffement se sont largement concentrées sur le CO2, issu pour une large part des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), et qui représente 70 % des gaz à effet de serre. Or, le méthane est 28 fois plus «réchauffant» que le CO2 -- tout en persistant moins longtemps dans l’air (environ 10 ans).

Il est plus difficile à pister que le CO2, car plus diffus et une bonne part provient de sources «naturelles» (zones humides, formations géologiques…). «On peut réduire ces émissions plus facilement, de manière moins coercitive, que celles de CO2, en encourageant aussi l’innovation et les emplois. Alors il ne faut pas s’en priver !», insiste Philippe Bousquet.