Les légumes et leurs pesticides en veulent à notre sperme

ENVIRONNEMENT Les résultats d'une étude menée par l'université Harvard suggèrent que pesticides et fertilité humaine ne font pas bon ménage. Des résultats qui restent à confirmer...

Nicolas Bégasse

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Illustration: des légumes bons à consommer.
Illustration: des légumes bons à consommer. — Franck LODI/SIPA

Mangez des pommes, qu’ils disaient… Une étude de chercheurs de l’université Harvard publiée ce mardi dans la revue Human Reproduction suggère que la consommation de fruits et légumes chargés en pesticides est nuisible à la bonne qualité du sperme humain. Selon l’étude, les hommes qui consomment le plus de produits chargés en pesticides ont un nombre de spermatozoïdes inférieur de 49% par rapport aux hommes qui en consomment le moins, ainsi qu'un pourcentage de formes normales de spermatozoïdes inférieur de 32%.

Des résultats qui ne surprennent pas Jean-Philippe Klein, médecin biologiste de la reproduction et enseignant-chercheur à l’université de Saint-Etienne. «La toxicité des pesticides n’est plus à démontrer: les hommes qui sont exposés de façon chronique aux pesticides ont une fertilité moindre», assure-t-il. «Cette étude est une pièce de plus à ajouter au dossier déjà lourd des cas où pesticides et qualité du sperme se croisent», appuie Bernard Jégou, chercheur à l’Inserm et directeur de l’Irset de Rennes.

Mangez quand même des pommes

Le nombre, la morphologie et la mobilité des spermatozoïdes seraient autant de caractéristiques touchées par les pesticides. On ne connaît pas bien leur mécanisme d’action, mais on suppose que les pesticides agissent de deux façons: directement, sur les cellules germinales chargées de créer les spermatozoïdes, et indirectement, comme perturbateurs endocriniens, en touchant les hormones qui régulent la production des spermatozoïdes.

Faut-il protéger sa fertilité en arrêtant de manger des fruits et légumes? Evidemment non, pour deux raisons. D’abord parce que les auteurs de l’étude eux-mêmes préviennent que leur publication n’est qu’un indice, et mériterait que d’autres recherches sur le sujet, plus complètes, soient financées. D’autre part, parce qu’en Europe, on veille déjà à ce qu’un seuil maximum de pesticides utilisés soit respecté. Un seuil dont «les dépassements sont relativement faibles», selon Bernard Jégou, qui prône toutefois la vigilance sur ce sujet.

Trois conseils aux consommateurs

Pour autant, on suspecte «une baisse générale du nombre de spermatozoïdes dans les pays développés», rappelle Jean-Philippe Klein. Et notamment en France, comme l’avait rappelé en 2012 une étude au long cours montrant une tendance nette à la dégradation du sperme français depuis la fin des années 80. «Pour l’instant, cette baisse n’est ni dramatique, ni ingérable, poursuit le chercheur, et la hausse des consultations pour traitement de l’infertilité s’explique plutôt par le recul de l’âge auquel on a son premier enfant. Mais si la qualité et le nombre des spermatozoïdes continuent à se dégrader, on ne sait pas où on va…»

En attendant, Bernard Jégou donne un conseil aux producteurs -«que la réglementation sur l’usage des pesticides soit strictement respectée»- et trois aux consommateurs: laver ses aliments, manger équilibré, «et si on a un jardin, ne pas exagérer dans l’usage des produits phytosanitaires. Il n’y a pas de contrôle des seuils de pesticides sur les poireaux du jardin!»