Le Vanuatu, laboratoire des «bouleversements écologiques»

© 2015 AFP

— 

Un arbre déraciné au lycée catholique français De Montmartre au Vanuatu le 19 mars 2015
Un arbre déraciné au lycée catholique français De Montmartre au Vanuatu le 19 mars 2015 — Fred Payet AFP

Du fait de son exposition aux éléments, le Vanuatu, balayé la semaine dernière par un puissant cyclone, constitue un précieux laboratoire des «bouleversements écologiques», explique le géophysicien Sylvain Todman, conseiller du gouvernement local.

Q: Les petits pays insulaires du Pacifique souffrent directement de l'impact du réchauffement climatique. Qu'en est-il au Vanuatu?

R: Je préfère parler de bouleversements écologiques que de réchauffement climatique. Ces bouleversements ont peut-être un impact sur la fréquence des aléas naturels, et c'est ce qu'on essaie de déterminer. Le Vanuatu est un véritable laboratoire de recherche, le plus exposé au monde à ces aléas.

Q: En quoi est-il plus exposé?

R: Le pays se situe dans une «warm pool» (piscine chaude) où le réchauffement se fait plus sentir car les mers y sont déjà plus chaudes qu'ailleurs. Sur la ceinture de feu du Pacifique, il subit des mouvements de plaques tectoniques très importants de l'ordre d'une dizaine de centimètres par an. On y observe les mouvements verticaux les plus importants au monde. On y surveille aussi six volcans actifs dont celui d'Ambrym où il y a quelques mois une fissure éruptive avec coulée de lave s'est ouverte sur cinq kilomètres.

Q: Le Vanuatu est aussi sujet à une forte activité sismique?

R: On observe un à deux séismes de magnitude 7 par an, il y a un tsunami majeur tous les dix ans et un cyclone extrême tous les 30 ans. La croissance démographique et économique importante augmente la vulnérabilité du pays et de ses habitants à tous ces risques.

Q: Le cyclone Pam a été d'une violence inouïe, pourtant le bilan encore provisoire au niveau humain semble contenu. Comment l'expliquer?

R: Le pays était très bien préparé. Le Vanuatu est un pays en voie de développement mais il a des capacités. Il y a un an et demi un centre d'alerte a été créé. Il rassemble notamment dans un même bâtiment le bureau des catastrophes naturelles, le département de la météo et le ministère du changement climatique afin de faciliter les communications en cas de crise.

Le centre fonctionne sept jours sur sept 24 heures sur 24. Il a été mis à l'épreuve des faits pour la première fois avec Pam. Le cyclone était en formation pendant une semaine au nord du Vanuatu, on a donc eu le temps de mener une opération d'information auprès de toutes les communautés.

Q: Les populations du Pacifique savent également avoir les bons réflexes face aux cyclones?

R: Oui, les savoirs traditionnels sont une autre explication. Dans les communautés mélanésiennes, les gens se sont réfugiés dans les «nakamals». Ce sont des espaces communautaires dont l'architecture résiste à ces phénomènes: les poteaux sont fortement enfoncés dans le sol, les murs et la toiture (en végétaux) sont très bas. On m'a rapporté qu'à Tanna (île du sud de l'archipel), une famille avait trouvé la mort parce que sa maison en dur lui est tombée dessus, tandis que les autres villageois dans le «nakamal» s'en sont sortis.