Abeilles: Syngenta et Bayer saisissent la justice

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Deux grands groupes d'agrochimie, le suisse Syngenta et l'allemand Bayer ont décidé de ne pas rester les bras croisés devant l'interdiction par l'UE de certains de leurs produits chimiques utilisés dans les pesticides et semences, qui sont accusés de tuer les abeilles.
Deux grands groupes d'agrochimie, le suisse Syngenta et l'allemand Bayer ont décidé de ne pas rester les bras croisés devant l'interdiction par l'UE de certains de leurs produits chimiques utilisés dans les pesticides et semences, qui sont accusés de tuer les abeilles. — John Thys AFP

Deux grands groupes d'agrochimie, le suisse Syngenta et l'allemand Bayer ont décidé de ne pas rester les bras croisés devant l'interdiction par l'UE de certains de leurs produits chimiques utilisés dans les pesticides et semences, qui sont accusés de tuer les abeilles.

Syngenta a annoncé mardi son intention de saisir la Cour européenne de justice, basée à Luxembourg, sur ce dossier, alors que Bayer a indiqué le même jour que sa division agrochimie, Bayer CropScience, a déposé plainte à la «mi-août».

L'affaire remonte à fin mai dernier.

Sensibilisée par la mort des abeilles, la Commission européenne avait confirmé à l'époque sa décision de restreindre pendant deux ans à compter du 1er décembre prochain l'utilisation de trois produits chimiques (la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame) utilisés dans des pesticides fabriqués par les groupes Bayer et Syngenta et considérés comme responsables de l'hécatombe.

Leur utilisation sera proscrite pour le traitement des semences, l'application au sol (en granulés) et le traitement foliaire des végétaux, y compris les céréales (à l'exception des céréales d'hiver), qui attirent les abeilles.

Bruxelles avait ensuite décidé en juillet d'interdire pour deux ans l'usage à l'air libre du Fipronil, un insecticide considéré comme mortel pour les abeilles, fabriqué par le groupe allemand BASF.

Les deux pesticides de Bayer à base de clothianidine et d'imidaclopride sont sur le marché depuis plusieurs années et ont reçu une autorisation de commercialisation, a fait valoir mardi Bayer.

Pour Bayer, cette plainte déposée devant la Cour de Justice de l'UE doit lui permettre d'y voir plus clair sans la réglementation européenne.

«Nous avons besoin de conditions générales fiables pour décider de futurs investissements», a souligné le porte-parole de Bayer CropScience.

«Nous aurions préféré ne pas intenter une action en justice mais nous n'avons pas le choix étant donné que nous sommes persuadés que la Commission a établi à tort un lien entre le thiaméthoxame et le déclin de la santé des abeilles», a pour sa part expliqué mardi le directeur opérationnel du groupe suisse Syngenta, John Atkin, cité dans un communiqué.

Des dizaines de millions d'euros ou de francs suisses sont en jeu.

Une décision soutenue par 15 pays

Selon un porte-parole de Bayer CropScience, si les deux substances incriminées par Bruxelles sont réellement interdites, cela représente une perte de chiffre d'affaires de 80 millions d'euros.

Pour Syngenta, les ventes annuelles du Thiamethoxam dans l'UE s'élèvent à 35 M d'euros.

A Bruxelles, la Commission européenne est restée sereine mardi, après l'annonce des actions en justice intentées par les deux groupes.

«La Commission européenne a pris acte de ces annonces», a indiqué une source européenne, en ajoutant que cela ne changerait rien à la décision de l'exécutif européen. «La Commission a pris sa décision sur la base de faits scientifiques et de conclusions de l'EFSA» (Autorité européenne de sécurité des aliments), a-t-on ajouté de même source.

La décision de la Commission européenne avait été soutenue par quinze pays, dont la France et l'Allemagne, lors d'un vote fin avril. Huit États-membres, dont le Royaume-Uni, l'Italie et la Hongrie, ont voté contre et quatre, dont l'Irlande, présidente en exercice à l'époque de l'UE, se sont abstenus.

«Le mois passé, j'ai promis, face aux nombreux risques relevés dans l'avis scientifique de l'Autorité européenne de sécurité des aliments, de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour garantir la protection de notre population d'abeilles», avait expliqué Tonio Borg, commissaire en charge de la Santé et des Consommateurs, dans un communiqué.

«Cette promesse est tenue par l'adoption de la mesure d'aujourd'hui, qui marque un nouveau jalon important vers la garantie d'un avenir plus sain pour nos abeilles», avait-il ajouté.

Les abeilles sont confrontées à de nombreux dangers, menaçant leur survie, comme les pesticides, ou les parasites.

Les industriels de l'agrochimie avancent quant à eux d'autres causes comme la gestion parfois abusive des apiculteurs, ou d'autres facteurs comme le changement climatiques ou la mite varroa, un parasite porteur d'une maladie destructrice pour les colonies d'abeilles.