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coup de pompeAvant la fin de la COP28, l’Opep a chaud et tente le coup de pression

COP28 : Pourquoi l’Opep « sent le vent tourner » et réagit de façon « épidermique »

coup de pompeL’Opep a demandé à ses membres de « rejeter proactivement » tout accord prévoyant une sortie du pétrole à la COP28
Le secrétaire général de l'Opep Haitham Al-Ghais durant la COP28, en décembre 2023.
Le secrétaire général de l'Opep Haitham Al-Ghais durant la COP28, en décembre 2023. - Kamran Jebreili/AP/SIPA / SIPA
Octave Odola

Octave Odola

L'essentiel

  • Le secrétaire général des pays exportateurs de pétrole (Opep) a demandé à ses pays membres de « rejeter proactivement » tout accord ciblant les énergies fossiles lors de la COP28 à Dubaï.
  • « La résistance désespérée de l’Opep (…) révèle sa crainte que le vent tourne », juge Andreas Sieber, militant climatique.
  • S’il était signé, l’accord de la COP28 serait-il grave pour les pays de l’Opep ? On fait le point avec Jean-Pierre Favennec, professeur spécialiste de l’énergie et du pétrole.

Une petite lettre aux grandes conséquences, en pleine COP28 à Dubaï. Le koweïtien Haitham al-Ghais, secrétaire général des pays exportateurs de pétrole (Opep), a pressé dans un courrier en date de mercredi les pays membres ou associés de l’organisation à rejeter un accord ciblant les énergies fossiles. Comment interpréter ce coup de chaud de l’Opep ? 20 Minutes fait le point avec le professeur Jean-Pierre Favennec, professeur, spécialiste de l’énergie et du pétrole.

C’est quoi la situation ?

Quelques jours avant la fin de la COP28, Haitham al-Ghais, secrétaire général de l’Opep, a demandé mercredi dans une lettre « avec un sentiment d’extrême urgence » à ses 13 membres et aux dix autres pays associés à l’organisation de « rejeter pro activement tout texte ou toute formulation qui cible l’énergie, c’est-à-dire les combustibles fossiles, plutôt que les émissions » de gaz à effet de serre. « Nous devons continuer à utiliser toutes les énergies, sinon le monde ne pourra pas faire face à la demande », a embrayé Ayed al-Qahtani, directeur de la recherche de l’Opep, à la tribune.

Ces déclarations ont fait bondir une centaine de pays, dont la France. « Je compte sur la présidence de la COP pour ne pas se laisser impressionner par ces déclarations et pour porter un accord qui affirme un objectif clair de sortie des énergies fossiles », a martelé la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher.

Le but des plus gros exportateurs mondiaux de pétrole est d’éviter que la COP28 ne prenne un engagement ferme sur un abandon des énergies fossiles. Pour l’heure, le coup de pression semble avoir porté ses fruits, d’autant que l’Opep joue à domicile à Dubaï : le nouveau projet d’accord tombé ce lundi appelle à la « réduction de la consommation et de la production des énergies fossiles » mais ne mentionne pas une « sortie ».

Pourquoi le secrétaire général de l’Opep a-t-il mis un coup de pression ?

Parce que les poids lourds de l’or noir ont tout simplement peur pour leur économie. « Beaucoup de ces pays dépendent complètement du pétrole pour leur budget. En Algérie, les exportations d’hydrocarbures représentent plus de 90 % des exportations totales », indique d’emblée le professeur Jean-Pierre Favennec, spécialiste de l’énergie et du pétrole, avant d’évoquer un autre gros exportateur du continent, le Nigeria. Une sortie des énergies fossiles « bouleverserait l’économie mondiale et augmenterait les inégalités dans le monde », a pour sa part récemment jugé l’Irak.

De plus, certains pays, comme le Mozambique ou le Sénégal, ont découvert des gisements de gaz ou de pétrole et aimeraient les exploiter. « Leur argument, c’est de dire : on émet très peu de gaz à effet de serre (48 pays africains ont émis moins de 1 % des émissions de CO2 mondiales depuis 1751), et on va se faire interdire l’exploitation par des pays qui ont bourré l’atmosphère pendant deux cents ans avec la révolution industrielle », poursuit Jean-Pierre Favennec.

Autre motif d’inquiétude pour les producteurs : le prix du baril. Après être grimpé au début de la guerre en Ukraine, le prix du pétrole a baissé, et contraint l’Opep à réduire sa production pour faire remonter les prix. Ce qui a pu créer des tensions au sein de l’organisation. « Certains pays ne respectent pas les quotas de réduction imposés et obligent les poids lourds (Arabie saoudite, Emirats Arabes Unis, Koweït) à limiter encore plus la production », indique notre expert.

L’Opep a-t-elle raison d’avoir peur ?

« L’Opep sent que l’avenir du secteur est en train de se jouer ici. On sent que c’est un peu la panique à bord », a confié ce week-end à France 2 François Gemenne, coauteur du sixième rapport du Giec. « La résistance désespérée de l’Opep (…) révèle sa crainte que le vent tourne », a jugé Andreas Sieber, militant climatique auprès de l’AFP. Quant à Jean-Pierre Favennec, il commente : « le sujet est attaqué frontalement, d’où la réaction épidermique de l’Opep. Pour satisfaire tout le monde, il faudrait trouver une sortie progressive, rapide pour ne pas précipiter le réchauffement climatique ; mais pas trop rapide non plus, de manière à ne pas priver les gens d’énergie et les pays producteurs de leurs ressources. »

Un équilibre à trouver, d’autant que certains pays producteurs commencent à envisager l’après pétrole. C’est le cas de l’Arabie saoudite et de son plan Ambition 2030 qui doit permettre de passer aux énergies renouvelables. « Le royaume veut aussi devenir un gros exportateur d’hydrogène vert », pointe encore notre spécialiste. Les Emirats Arabes Unis ont eux misé sur le solaire.

Tout sur la COP28

La COP28 posera-t-elle un premier acte marquant le début de la fin de l’ère pétrolière ? Les pays producteurs se savent en tout cas sous pression, alors que des militants ont organisé une action au sein du pavillon de l’Opep à Dubaï. « Pour nous, avoir un pavillon de l’Opep à la COP, a avancé Nicolas Haeringer de l’ONG 350.org, c’est comme avoir un énorme forage pétrolier dans les négociations. »

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