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Fake OffOui, il existe bien une feuille de route pour sortir des énergies fossiles

COP28 : Oui, il existe bien une feuille de route pour sortir des énergies fossiles

Fake OffLe président de la COP est au cœur d’une polémique après la révélation d’un enregistrement où il affirme « qu’aucun scénario ne dit que la sortie des énergies fossiles nous permettra d’atteindre 1,5°C »
Le président de la COP28, le sultan al-Jaber lors d'une conférence à Dubaï le 4 décembre 2023.
Le président de la COP28, le sultan al-Jaber lors d'une conférence à Dubaï le 4 décembre 2023.  - Kamran Jebreili/AP/SIPA / Kamran Jebreili/AP/SIPA
Emilie Jehanno

Emilie Jehanno

L'essentiel

  • Dans un enregistrement dévoilé par le Guardian, Sultan Al-Jaber, président de la COP28, affirme « qu’aucune étude scientifique, aucun scénario ne dit que la sortie des énergies fossiles nous permettra d’atteindre 1,5°C ».
  • Or, l’Agence internationale de l’énergie a publié une feuille de route sur le sujet en septembre 2023.
  • Sultan Al-Jaber a affirmé lors d’une conférence de presse lundi qu’il « croyait et respectait » la science climatique.

Ses propos paraissent flirter avec le climatoscepticisme, bien qu’il s’en défende. Dans un enregistrement vidéo révélé par le Guardian le 3 décembre, Sultan Al-Jaber, président de la COP28 à Dubaï, a affirmé « qu’aucune étude scientifique, aucun scénario ne dit que la sortie des énergies fossiles nous permettra d’atteindre 1,5°C ». Il répondait, agacé, à une question sur son refus d’appeler à une sortie « urgente » des énergies fossiles. Elle était posée par l’ancienne présidente irlandaise Mary Robinson lors d’un échange informel qui a eu lieu le 21 novembre.

Celui qui est aussi patron d’une compagnie pétrolière émiratie explique ensuite que l’objectif de maintenir la hausse de la température moyenne de la Terre à 1,5°C était son « étoile du Nord ». C’est l’objectif ambitieux de l’accord de Paris. « Une réduction et une sortie des énergies fossiles sont, selon moi, inévitables, complète-t-il. Mais il faut être sérieux et pragmatique. »

« Montrez-moi la feuille de route d’une sortie des énergies fossiles qui soit compatible avec le développement socio-économique, sans renvoyer le monde au temps des cavernes », a-t-il aussi ajouté dans cet extrait de 7 minutes 39. Lundi, à la suite de cette révélation, il a tenté de calmer le jeu en se présentant aux côtés de Jim Skea, président du Giec, lors d’une conférence de presse. Rappelant qu’il avait une formation d’ingénieur, il a soutenu qu’il « croyait et respectait » la science climatique et que celle-ci guidait son action à chaque pas. « Je pense honnêtement qu’il y a eu des interprétations erronées », estime-t-il.

La feuille de route de l’Agence internationale de l’énergie

Ce document existe pourtant. Il a été publié par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en septembre 2023. Dans sa « Feuille de route pour la neutralité carbone : Une voie mondiale pour atteindre l’objectif de 1,5 °C », l’AIE explique comment y parvenir (sans un retour par la case caverne). Pour cela, l’agence préconise de tripler la production d’énergies renouvelables, de doubler l’efficacité énergétique, de réduire les émissions de méthane, d’augmenter l’électrification « pour réaliser 80 % des réductions d’émissions nécessaires d’ici à 2030 ».

Bill Hare, le directeur de l’ONG Climate Analytics, a expliqué au Guardian que les propos de Sultan Al-Jaber sont « révélateurs, inquiétants et belliqueux ». « Nous renvoyer dans les cavernes, c’est le plus vieux trope de l’industrie des combustibles fossiles : cela frise le déni du climat », rappelle-t-il, ajoutant que « quiconque se soucie de cette feuille de route peut la trouver dans le scénario de l’AIE ».

Ce graphique montre la feuille de route de l'Agence international de l'énergie pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
Ce graphique montre la feuille de route de l'Agence international de l'énergie pour atteindre la neutralité carbone en 2050. - AIE

Pas de nouveaux projets d’extraction d’énergies fossiles

Que préconise-t-il ? De mener des politiques « bien conçues, comme la mise en retraite anticipée ou la reconversion des centrales au charbon », ce qui est « essentiel pour faciliter la baisse de la demande en combustibles fossiles et créer un espace pour l’expansion des énergies propres ». Dans le scénario de neutralité carbone à 2050, le développement des énergies propres (ce qui inclut le nucléaire pour l’AIE) et la diminution de la demande en combustibles fossiles ne rendent pas « nécessaire d’investir dans de nouvelles centrales au charbon, au pétrole et au gaz naturel », ajoute l’agence. Conclusion : il ne faut pas développer de nouveaux projets d’extraction d’énergies fossiles.

Elle ajoute que des politiques « strictes et efficaces » peuvent « stimuler le déploiement des énergies propres et réduire la demande de combustibles fossiles de plus de 25 % d’ici à 2030 et de 80 % en 2050 ». Le directeur exécutif de l’AIE a rappelé la nécessité de ces critères pour maintenir le cap des 1,5 °C. « Les industries fossiles ont un rôle important à jouer », souligne-t-il dans un commentaire publié sur le site de l’Agence le 30 novembre. Il appelle à des « efforts tangibles » de leur part pour s’attaquer à leurs émissions et saisir les opportunités dans le domaine des énergies propres. « Aujourd’hui, l’industrie [fossile] n’investit que 2,5 % de ses dépenses en capital dans les énergies propres », regrette-t-il.

Au début de la COP, le 1er décembre, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait rappelé que « la science est claire : la limite de 1,5 °C n’est possible que si nous cessons de brûler tous les combustibles fossiles. Il ne s’agit pas de réduire, ni d’atténuer. Il s’agit d’une élimination progressive, avec un calendrier précis. »

« Une baisse rapide et tenace des énergies fossiles »

Cette fameuse « science », ce sont les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui forment un socle solide de l’état des connaissances actuelles sur le climat. En particulier, un rapport spécial du Giec s’est penché, en 2019, sur les conséquences d’un réchauffement planétaire à 1,5 °C et sur les trajectoires possibles pour le limiter. « Toutes les trajectoires compatibles avec l’accord de Paris demandent une baisse rapide et tenace de l’utilisation des différentes énergies fossiles cette décennie et les prochaines », souligne, auprès de 20 Minutes, Valérie Masson-Delmotte, ancienne coprésidente du groupe 1 du Giec et qui a coordonné ce rapport.

Selon les scientifiques du Global Carbon Project, il est « désormais inévitable » que le seuil de 1,5 °C de réchauffement de la planète, soit dépassé « de manière constante » et il y a une chance sur deux pour que cela arrive dans sept ans. « Les dirigeants réunis à la COP28 devront se mettre d’accord sur des réductions rapides des émissions de combustibles fossiles, même pour maintenir l’objectif de 2 °C », a souligné le climatologue britannique Pierre Friedlingstein, qui a supervisé l’étude impliquant 150 chercheurs du monde.

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