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Fake offCanicule 2023 et vague de chaleur de 1983, même combat ? Pas du tout

Canicule : 1983-2023, même combat ? Pas du tout

Fake offUn bulletin météo de 1983 est devenu très viral sur les réseaux sociaux, mais la comparaison entre les deux événements météorologiques atteint très vite ses limites
Les rues de la ville de Bourgoin-Jallieu en Isère, le 21 août 2023.
Les rues de la ville de Bourgoin-Jallieu en Isère, le 21 août 2023. - Mourad ALLILI/SIPA / Mourad ALLILI/SIPA
Emilie Jehanno

Emilie Jehanno

L'essentiel

  • «Il pouvait faire très chaud en été il y a quarante ans, ce n’est pas nouveau » : voilà le message repris en boucle sur les réseaux sociaux, à partir d’un bulletin météo annonçant les prévisions du 31 juillet 1983.
  • Sauf que c’est une vague de chaleur qui a touché la France du 9 au 31 juillet 1983.
  • « La différence, c’est que les températures que connaît le pays depuis le week-end dernier sont très élevées et cela durablement », souligne Christine Berne, climatologue à Météo-France.

Cela devient une constante : chaque été, une canicule est comparée à un autre épisode de chaleur dans le but de minimiser ou nier le réchauffement climatique. En 2022, c’était la canicule de 1976 qui avait servi de point de référence. Cette fois, un bulletin météo annonçant les prévisions du dimanche 31 juillet 1983 est devenu particulièrement viral depuis le 19 août.

Dans cet extrait du « 20 Heures » d’Antenne 2, repris sur X (ex-Twitter), Facebook, YouTube ou TikTok, la présentatrice Brigitte Simonetta indique qu’il est prévu « 30 degrés sur le Nord, 34 degrés sur le Nord-Est et jusqu’à 38 degrés sur le Sud et même jusqu’à 39 degrés sur la Corse », des « températures indicatives seulement », pointe-t-elle. La veille, le samedi 30 juillet, une température de 42 degrés à 16 heures sous abri a été atteinte à Saint-Raphaël dans le Var, « la plus forte chaleur enregistrée depuis 1946 », relève la présentatrice. Le bulletin est visionnable en entier sur le site de l’INA, à partir de 26 minutes.

Captures d'écran de posts sur Facebook ou X relayant le bulletin météo d'Antenne 2 annonçant les prévisions du dimanche 31 juillet 1983.
Captures d'écran de posts sur Facebook ou X relayant le bulletin météo d'Antenne 2 annonçant les prévisions du dimanche 31 juillet 1983. - Captures d'écran/Facebook/X

« Il pouvait faire très chaud en été il y a quarante ans, ce n’est pas nouveau » commentent des internautes dans des messages copiés/collés. « Des températures exactement les mêmes qu’aujourd’hui », notent d’autres posts. « On ne parlait pas de canicule, juste de température habituelle d’été », ajoute un autre. Tout ceci ferait s’écrouler « en moins de 10 secondes la propagande du réchauffement climatique ». Sauf que le réchauffement climatique est un fait scientifique et on vous explique pourquoi cette comparaison atteint très vite ses limites.

FAKE OFF

Premier élément : on ne parle pas du même événement météorologique. C’est une vague de chaleur qui a touché la France du 9 au 31 juillet 1983, c’est-à-dire un épisode de températures nettement plus élevées que les normales de saison. « Cette longue période chaude n’était pas très intense », note Christine Berne, climatologue à Météo-France.

Le service météorologique a établi des critères précis pour différencier vague de chaleur et canicule. Pour une vague de chaleur, l’indicateur thermique national, la moyenne de mesures quotidiennes de températures, doit être supérieur ou égal à 23,4 °C pendant au moins trois jours et supérieur ou égal à 25,3 °C pendant un jour.

Des seuils de canicule définis après 2003

La canicule désigne un épisode de températures élevées de jour comme de nuit pendant au moins trois jours. Ces seuils de canicule varient selon les départements, ce ne sont pas les mêmes à Toulouse ou à Lille. « Ces seuils officiels ont été finalement définis après 2003, parce qu’il y a eu une prise de conscience sur le fait qu’il fallait alerter sur ce phénomène », précise Christine Berne.

En 1983, « les températures ont été réellement entre guillemets caniculaires sur une zone assez limitée, fin juillet, dans les régions méditerranéennes et à l’intérieur des terres, où elles ont dépassé 38, 39, 40 °C quelquefois », ajoute la climatologue. L’épisode caniculaire qui touche actuellement une partie du pays est, au contraire, « inédit par sa durée et son intensité à cette période de l’année », rappelle Météo-France. Lundi 21 août a été la deuxième journée la plus chaude jamais observée en France après un 15 août depuis 1947 avec une température moyenne de 26,4 °C. Un record qui a été battu dès mardi 22 août, avec un indicateur thermique national de 27,1 °C.

« Une extension géographique très limitée » en 1983

« Si on compare la carte des températures maximales de juillet 1983 et la carte de lundi, cela n’a rien à voir, poursuit Christine Berne. À l’époque, l’extension géographique était très limitée, alors que la zone concernée par les températures supérieures à 35 °C lundi était très large et occupait quasiment toute la moitié sud. » Le record de 42,5 °C le 29 juillet 1983 à la station de Saint-Raphaël Fréjus, a été « un pic ponctuel » et n’a toujours pas été battu, nous précise le service météorologique.

A gauche : carte des températures maximales observées le 29 juillet 1983, où un record de 42,5 °C a été enregistré à la station Saint-Raphaël-Fréjus. A droite : carte des températures maximales observées le 21 août 2023, deuxième journée la plus chaude jamais observée en France après un 15 août depuis 1947, avec une température moyenne de 26,4 °C.
A gauche : carte des températures maximales observées le 29 juillet 1983, où un record de 42,5 °C a été enregistré à la station Saint-Raphaël-Fréjus. A droite : carte des températures maximales observées le 21 août 2023, deuxième journée la plus chaude jamais observée en France après un 15 août depuis 1947, avec une température moyenne de 26,4 °C. - Météo-France

« La différence, c’est que les températures que connaît le pays depuis le week-end dernier sont très élevées et cela durablement, insiste-t-elle. À Lyon, depuis cinq jours, on a déjà dépassé les 36 degrés tous les jours en maximale. A la fin de la semaine, on sera à neuf jours consécutifs. » Avec cette canicule 2023, les températures ont atteint des valeurs exceptionnellement chaudes, mardi, en vallée du Rhône avec 42,7 °C mesurés à Orange. Les nuits sont aussi extrêmement chaudes. Météo-France qualifie cet épisode d’exceptionnel en raison de « la succession de températures très élevées » observées et dépassant les 40 °C dans certains endroits.

Une canicule tardive après le 15 août

Deuxième élément à prendre en compte : les périodes comparées ne sont pas les mêmes et cela a son importance, en raison de l’oscillation annuelle des températures. La vague de chaleur de 1983 s’est déroulée sur le mois de juillet, tandis que cette canicule, après le 15 août, est tardive. « Les périodes les plus chaudes se situent généralement après le 21 juin jusqu’à début août, détaille Christine Berne. Ensuite, statistiquement, les températures commencent à diminuer. La probabilité d’avoir des températures supérieures à 35 °C ou, selon les régions, supérieures à 40 °C, est vraiment plus faible après le 15 août qu’entre le 14 juillet et le 1er août. »

Voilà pourquoi cette canicule tardive est un épisode probablement lié au réchauffement climatique, comme l’ont aussi expliqué plusieurs scientifiques au Monde. « En tant que climatologue, on constate que la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur sont augmentées, complète Christine Berne. Et la période à laquelle elles sont observées est de plus en plus élargie. »

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