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animauxPourquoi on est vraiment trop injustes avec les chauves-souris

Pourquoi on est vraiment trop injustes avec les chauves-souris

animauxUne étude remet en question l’idée reçue selon laquelle ces bestioles seraient toutes à l’origine d’une myriade de virus nocifs pour l’Homme
Selon cette étude, les chauves-souris sont victimes d'une véritable injustice (Illustration).
Selon cette étude, les chauves-souris sont victimes d'une véritable injustice (Illustration). - Toronto Zoo/Cover ImagesCOVER/SIPA / SIPA
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • Les chauves-souris sont-elles toutes nocives pour les humains ?
  • Une étude internationale remet en question l’idée reçue selon laquelle ces bestioles seraient toutes à l’origine d’une myriade de virus nocifs pour l’Homme.
  • Selon cette publication scientifique, c’est à cause d’une poignée d’espèces, dont la roussette d’Egypte fait partie, qu’on est un peu trop méfiant, à l’égard des chauves-souris. Et les clichés, ce n’est pas très bon, pour ces animaux de nuit.

Les chauves-souris sont-elles injustement montrées du doigt ? Une étude menée par des scientifiques du monde entier, repérée par l’université de Montpellier (Hérault) et le CNRS, remet en question l’idée reçue selon laquelle ces bestioles seraient toutes à l’origine d’une myriade de virus nocifs pour l’Homme. Ces chercheurs ont constaté cette injustice en épluchant au peigne fin la littérature scientifique écrite sur les chauves-souris d’Afrique. Ils se sont rendu compte qu’il n’y avait que de très de preuves, en dehors, notamment, du cas du virus de Marburg, que les chiroptères propageaient des maladies à foison.

« Nous n’avons trouvé aucune preuve convaincante pour étayer l’idée dominante selon laquelle les chauves-souris abritent un grand nombre de virus qui sont transmis à l’Homme », indique Natalie Weber, responsable de l’équipe qui a mené cette minutieuse enquête. Sur 162 publications scientifiques, détaillant les comportements de plus de 80.000 individus appartenant à plus de 167 espèces de ces animaux nocturnes, ces chercheurs n’ont trouvé, en effet, aucune chauve-souris jouant un rôle central dans la transmission de virus aux humains dans cette région du globe. Sauf la roussette d’Égypte, responsable de la propagation du virus de Marburg, dévastateur chez l’Homme.

La roussette d’Egypte propage le virus, pas toutes les chauves-souris

Selon cette étude internationale, c’est ainsi à cause d’une poignée d’espèces, dont la méchante roussette fait partie, qu’on est un peu trop méfiant, à l’égard des chauves-souris : on a souvent l’impression qu’elles sont une entité unique, alors qu’elles sont, en réalité, très nombreuses. L’Afrique abrite, par exemple, pas moins de 324 espèces de chauves-souris différentes. « Au lieu d’affirmer que "les chauves-souris hébergent le virus de Marburg", il est plus exact de préciser que "la roussette d’Égypte, une espèce spécifique de chauve-souris, héberge le virus de Marburg" », explique Sébastien Puechmaille, coauteur de l’étude et chercheur à l’Institut des Sciences de l’évolution de Montpellier (Hérault). Modérer notre langage à l’encontre de ces volatiles « évite d’associer à tort toutes les espèces de chauves-souris au virus de Marburg », pointe-t-il.

NOTRE DOSSIER SUR LES CHAUVES-SOURIS

Le problème, c’est que lorsque l’on généralise un peu trop, avec ces animaux, ce n’est pas très bon, pour eux : cette étude internationale craint ces clichés qui perdurent sur les chauves-souris ne soient un frein à leur protection. « La peur et la persécution active des chauves-souris augmentent considérablement, et il est probable que les populations diminuent dans toute l’Afrique, déplore Dina Dechmann, coauteur de cette étude. Une communication prudente, et scientifiquement fondée, des résultats ainsi qu’un équilibre entre les risques potentiels et les avantages, seront essentiels à atteindre pour permettre aux humains et aux chauves-souris de vivre côte à côte dans notre monde changeant. »

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