Journée internationale contre les essais nucléaires: Les associations de victimes se mobilisent

NUCLEAIRE Les maladies liées aux essais nucléaires sont encore très rarement reconnues...

Audrey Chauvet

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Les essais avaient mobilisé 150.000 travailleurs, dont près de 20.000 au Sahara et les autres en Polynésie. Quant aux populations polynésiennes, elles représentaient 2.000 personnes dont 600 enfants de moins de 15 ans.
Les essais avaient mobilisé 150.000 travailleurs, dont près de 20.000 au Sahara et les autres en Polynésie. Quant aux populations polynésiennes, elles représentaient 2.000 personnes dont 600 enfants de moins de 15 ans. — Sirpa AFP/Ho

La Polynésie française n’est pas toujours un paradis sur terre. A l’occasion de la Journée internationale contre les essais nucléaires, les associations de victimes rappellent que la prise en charge des maladies liées à l’exposition à la radioactivité reste insuffisante. Pour le Réseau Sortir du nucléaire et les associations Armes Nucléaires STOP, Observatoire des armements et Moruroa e tatou, «L’impact sanitaire est volontairement minimisé. La France a enfin reconnu que ses essais nucléaires avaient fait des victimes, mais celles-ci voient toujours leurs droits déniés.»

Cinq dossiers seulement ont été acceptés

Malgré la loi Morin de 2010, modifiée en 2012, encore peu de malades ont obtenu une indemnisation. «Cette loi donne au ministère de la Défense et aux experts du Commissariat à l’énergie atomique le pouvoir de reconnaître et indemniser les victimes, or on s’aperçoit que la loi impose des critères extrêmement restrictifs», estime Sophie Morel, membre du Réseau Sortir du nucléaire. «La loi a créé des zones très restreintes où il est reconnu qu’il y avait eu des retombées radioactives il faut avoir vécu dans ces zones pendant certaines périodes et avoir contracté une maladie précise pour que le dossier soit accepté», regrette-t-elle. Aujourd’hui, seulement cinq personnes ont obtenu gain de cause. «Nous demandons une prise en charge des soins aux victimes, qu’ils soient correctement soignés et qu’ils aient des pensions et des indemnités, poursuit Sophie Morel. Pour cela, il faut reconnaître que leurs maladies, cancers ou autres sont provoquées par l’exposition à des faibles doses de radioactivité.»

Militaires et civils égaux face à la maladie

S’il est difficile de savoir combien de personnes sont concernées par les retombées des 210 essais nucléaires français menés entre 1960 et 1996 en Algérie puis en Polynésie sur les atolls de Moruroa et Fangataufa, tous sont sur un pied d’égalité aujourd’hui: «Les populations touchées là-bas, mais aussi tous les personnels militaires et civils employés sur les sites au moment des essais sont concernés, explique Sophie Morel. Les militaires ne sont pas mieux traités, des associations de vétérans des essais nucléaires travaillent pour la reconnaissance des victimes».

En attendant que le traité international d’interdiction des essais nucléaires soit ratifié par tous les pays du monde, des associations «en France, en Algérie, au Japon, en Polynésie ont lancé un appel aux Nations Unies. Elles demandent une réelle prise en charge des victimes d’essais nucléaires dans le monde et la programmation d’une décennie (2012-2021) pour le nettoyage, la réhabilitation et le développement soutenable des régions contaminées», rappellent-elles dans un communiqué.