Le dugong, la dernière sirène japonaise menacée de disparition

UN AN POUR LA PLANETE Nicolas et Florent, les globe-trotters d'Un an pour la planète, nous présentent cet animal menacé...

Florent Planas et Nicolas Goursot - Un an pour la planète

— 

Un dugong dans les eaux de Malaisie.
Un dugong dans les eaux de Malaisie. — SplashdownDirect / Rex /REX/SIPA

«Sirène du Pacifique» ou «vache des mers»: l’observateur hésite, charmé par la nage gracieuse du dugong ou impressionné par sa silhouette massive broutant les fonds marins. Cet animal discret a traversé les siècles. Proie des chasseurs puis personnage folklorique, il est maintenant le mammifère marin le plus menacé. A Okinawa, île du Sud du Japon, une ultime poignée de dugongs incarnent aujourd’hui la lutte d’un peuple pour décider de son avenir.

Les dernières sirènes du Pacifique

Le dugong a inspiré la légende des sirènes grâce à sa nageoire caudale triangulaire et à son «chant» lorsqu’il respire à la surface. La comparaison s’arrête là. Ce mammifère long de deux à quatre mètres pèse jusqu’à 900kg. Il vit soixante ans, souvent seul, sauf lorsque la femelle donne naissance à un unique petit. Au total, quelques dizaines de milliers de dugongs se répartissent encore dans les océans Indien et Pacifique, principalement le long des côtes australiennes.

Historiquement, au Japon, le dugong était connu des pêcheurs et se retrouvait dans la culture locale. Mais sa chasse par les populations affamées après la Seconde guerre mondiale, puis la pression des infrastructures côtières sur son habitat et sa pêche involontaire ont fait chuter sa population. Dans les années 1990, alors que sa chasse a été interdite, l’espèce est en danger critique. On s’interroge même sur son existence.

Une page de l’histoire difficile à tourner

Marquée par l’histoire, Okinawa est en 1945 le théâtre de la dernière bataille majeure de la guerre. Lorsque le pays capitule, l’île est placée sous administration des Etats-Unis. Elle est rétrocédée en 1972 quand les habitants se révoltent, ne supportant plus de voir leur territoire utilisé comme quartier général des opérations au Vietnam. Mais la présence militaire américaine perdure.

En 1998, une télévision nationale filme un dugong et confirme sa présence à Okinawa. Masako Suzuki, écologiste habitant sur l’île principale, crée rapidement une association de protection, «Association to Protect the Northernmost Dugong» (APND). Mais elle se heurte très vite au pouvoir militaire: la base de Futenma, trop dangereuse car située en pleine ville, doit être déplacée à Henoko. Là même où le dugong a été observé, dans une baie qui constitue son principal habitat naturel à Okinawa.

La base de trop

L’APND passe à l’action: avec l’appui d’ONG américaines, elle engage un procès contre le Département Américain de la Défense. En 2008, après cinq ans de plaidoyers, la victoire est exceptionnelle: la cour fédérale de San Francisco reconnaît l’importance historique et culturelle du dugong, ainsi que son statut de monument naturel au Japon. Elle impose une étude d’impact environnemental à Henoko.

Mais les évaluations réalisées par le gouvernement japonais, à la solde des militaires américains, n’ont qu’un objectif: valider l’implantation de la base. Dans le même temps, le crash d’un hélicoptère sur l’université d’Okinawa finit d’exaspérer les habitants. Les mouvements antimilitaristes et environnementaux s’allient pour bloquer pacifiquement chaque nouveau projet militaire.

Depuis, l’APND a lancé une vraie évaluation environnementale. Mais le gouvernement japonais reste déterminé et l’avenir de l’île est incertain. Les insulaires retrouveront-ils leur souveraineté? Le dugong rejoindra-t-il la longue liste des espèces disparues? Comme le rappelle Masako, les destins des habitants et du mammifère sont indéniablement liés: «Préserver le dugong, c’est aussi sauvegarder l’océan et tout ce qu’il contient. C’est donc protéger l’Homme qui en dépend.»

Tout savoir sur le dugong, la présence militaire américaine au Japon et les travaux de l’APND