Prison et amende pour deux militants opposés à une ligne à très haute tension

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Deux opposants à la ligne à très haute tension (THT) qui doit acheminer l'électricité du futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche), ont été condamnés mardi à des peines d'amende et de prison ferme, une première dans un long bras de fer entre militants et Etat.
Deux opposants à la ligne à très haute tension (THT) qui doit acheminer l'électricité du futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche), ont été condamnés mardi à des peines d'amende et de prison ferme, une première dans un long bras de fer entre militants et Etat. — Charly Triballeau afp.com

Deux opposants à la ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, un leader de la Confédération paysanne de 51 ans et un étudiant de 24 ans, ont été condamnés mardi en correctionnelle à Coutances (Manche) à une amende pour l'un et à trois mois de prison pour le second.

 

Le jeune homme est condamné pour «violence aggravée» sur deux gendarmes légèrement blessés lors d'une manifestation contre cette THT le 24 juin à Montabot (Manche), qui avait donné lieu à des vifs affrontements entre certains militants et les forces de l'ordre. Lors de l'audience le 6 août, le parquet avait requis huit mois de prison, estimant que le prévenu «était bien dans le groupe participant aux violences ce jour là» mais qu'il n'était «pas établi» que le militant soit responsable précisément des blessures des deux militaires touchés.

Un jugement «c’est pas moi, c’est l’autre»

Son avocat lui a conseillé de faire appel. Le jeune homme, qui avait déjà été condamné par le passé pour violence à l'égard de personne dépositaire de l'autorité publique, a indiqué à l'AFP qu'il n'avait pas encore pris sa décision. «Le parquet lui-même avait abandonné les poursuites pour les blessures des deux gendarmes. Ce jugement c'est «c'est pas moi, c'est l'autre», mais je suis condamné quand même», a estimé son avocat, Me Gervais Marie-Doutressoulle, interrogé par l'AFP.

Les deux gendarmes, dont un a fait l'objet d'une incapacité temporaire de travail (ITT) d'une journée, avaient indiqué avoir été blessés à la main par des coups de barres de fer. Or le prévenu n'a pas été vu avec une barre de fer. A l'issue des affrontements, les militants avaient déploré dans leur camp notamment trois blessés graves dont deux à la tête. Yanic Soubien, vice-président Europe Ecologie les Verts (EELV) du conseil régional de Basse-Normandie, a jugé «scandaleux» le fait que l'étudiant ait été condamné. Il «paye pour tout le monde. On peut douter de l'indépendance de la justice à l'égard du lobby industriel», a-t-il réagi après le jugement.

Les effets sur la santé n’ont jamais été prouvés

Le leader de la Confédération paysanne dans la Manche, Michel Houssin, poursuivi de son côté pour avoir dévissé des boulons sur un pylône en construction, est condamné à payer 2.000 euros d'amende dont 1.000 avec sursis, 2.500 euros de dédommagement à RTE, la filiale d'EDF qui gère les THT, et 800 euros de remboursement de frais de justice. Lors de l'audience le 19 juin, le parquet avait requis 3.000 euros d'amende dont 2.000 avec sursis et RTE avait réclamé 5.100 euros de dédommagement. A la barre, Michel Houssin avait reconnu avoir, le 18 mars, «symboliquement» déboulonné quatre boulons d'un pylône en construction, à Saint-Martin-d'Aubigny (Manche). Le syndicaliste a indiqué compter faire appel.

La THT Cotentin-Maine doit acheminer sur 163 km l'électricité du réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche). Plusieurs études font peser des soupçons sur les effets des THT sur la santé mais le lien n'a jamais été prouvé. «La plupart des magistrats font très bien leur travail. Ici (à Coutances) on est dans l'exception dès qu'il s'agit d'Areva ou d'EDF», a ajouté Me Doutressoulle, qui défendait aussi Mcihel Houssin. L'ancien porte-parole de la Confédération paysanne François Dufour, vice-président EELV de Basse-Normandie a pour sa part regretté que «le changement dans ce domaine là n'existe pas» malgré l'alternance politique.