A La Réunion, la mort d'un jeune surfeur relance la polémique sur les requins

© 2012 AFP

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La mort d'un jeune surfeur, tué lundi par un requin à Trois-Bassins, a ravivé à La Réunion la polémique sur les moyens de lutte contre ces attaques qui se sont multipliées depuis un an, des proches des surfeurs prônant des mesures radicales de capture et d'élimination auxquelles s'opposent scientifiques et écologistes.
La mort d'un jeune surfeur, tué lundi par un requin à Trois-Bassins, a ravivé à La Réunion la polémique sur les moyens de lutte contre ces attaques qui se sont multipliées depuis un an, des proches des surfeurs prônant des mesures radicales de capture et d'élimination auxquelles s'opposent scientifiques et écologistes. — Mustafa Ozer afp.com

La mort d'un jeune surfeur, tué lundi par un requin à Trois-Bassins, a ravivé à La Réunion la polémique sur les moyens de lutte contre ces attaques qui se sont multipliées depuis un an, des proches des surfeurs prônant des mesures radicales de capture et d'élimination auxquelles s'opposent scientifiques et écologistes.

L'émoi provoqué par l'attaque mortelle du jeune surfeur de 22 ans Alexandre Rassiga a été d'autant plus grand qu'elle est survenue sur le spot de Trois-Bassins (côte ouest), que les Réunionnais croyaient préservé des requins.

Une heure avant l'attaque, des jeunes élèves d'une école de surf se trouvaient d'ailleurs sur le site, encadrés par un professeur de surf, sous la surveillance de "vigies-requins", ces personnels chargés de donner l'alerte en cas de danger.

Une mesure de prévention, parmi de nombreuses autres, prise par la préfecture pour sécuriser les activités nautiques, après les six attaques de l'an dernier, dont deux ont été mortelles.

Aussitôt après l'attaque, le maire de Trois-Bassins, Roland Ramakistin, a interdit la baignade et les activités nautiques sur tout le littoral de sa commune.

Mardi, devant les députés, le ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, a promis "un plan de protection et d'accompagnement des communes".

Pour tenter de comprendre ce qui s'est passé, l'IRD (Institut de recherche et de développement) chargé par le préfet d'une vaste étude sur la connaissance des requins, a annoncé qu'il relèvera mercredi les enregistrements des stations d'écoute installées le long de la côte pour signaler la présence des requins.

"On devait les récupérer fin août, mais on a décidé d'avancer la date après l'attaque pour tenter de savoir s'il y a un déplacement des requins vers cette zone", a expliqué à l'AFP Antonin Blaison, spécialiste des requins et un des responsables de l'étude.

Mais il relativise les enseignements pouvant être tirés, 23 requins seulement (sur un objectif de 80) ayant été jusqu'à présent marqués par des balises acoustiques dont les ondes sont captées par les stations d'écoute.

Ces mesures sont loin de satisfaire les surfeurs et les professionnels du nautisme qui réclament des "décisions radicales", dont la capture et l'élimination des requins. "On met les assassins en prison, débarrassons-nous de même des animaux dangereux", a lancé Christophe Aubert, frère d'un surfeur tué l'an dernier par un requin et membre de l'association Océan prévention Réunion (OPR). Cette association, dont les positions sont jugées "extrémistes" par des écologistes, réclame notamment de pouvoir investir la réserve naturelle marine pour chasser le requin du site.

"Il faut mettre une pression humaine sur le requin et lui reprendre du terrain, en l'éliminant s'il le faut", a fait valoir Brigitte Sinet, porte-parole de OPR, sur Antenne Réunion.

Même discours chez Guy Gazzo, apnéiste et membre du Comité régional de pêche, pour qui il y a "manifestement surpopulation de requins" sur la côte ouest. "A chaque plongée, on voit des requins par groupe de deux ou de trois", assure-t-il, prônant leur élimination.

Des affirmations contredites par les premières conclusions d'une étude de l'IRD, rendues publiques au début du mois, concluant à l'absence de requins sédentaires près des côtes. Les requins bouledogue, à l'origine de la plupart des attaques, "sont le plus souvent seuls, font des excursions à la côte mais passent principalement leur temps au large", selon l'étude.

Dans ce contexte, l'élimination de quelques individus près des côtes n'aurait "aucune incidence sur leur présence, leur nombre évoluant constamment", assure M. Blaison, rappelant qu'une "expérience de prélèvement menée à Hawaï n'a produit aucun résultat".

Les associations écologistes sont également totalement opposées à une telle mesure jugée "irresponsable" pour l'éco-système du parc marin.