Combien de jours de gel ou de canicule dans 30 ou 60 ans? Combien de degrés en plus à Lille, ou à Toulouse? Les climatologues s'attellent à la "régionalisation" de leurs projections pour aider les élus ou les agriculteurs à mieux anticiper les conséquences du changement climatique.
Combien de jours de gel ou de canicule dans 30 ou 60 ans? Combien de degrés en plus à Lille, ou à Toulouse? Les climatologues s'attellent à la "régionalisation" de leurs projections pour aider les élus ou les agriculteurs à mieux anticiper les conséquences du changement climatique. — Fred Tanneau afp.com

CLIMAT

Quel temps fera-t-il en 2035, 2055 ou 2085?

Météo France lance un portail internet pour visualiser les grandes tendances climatiques des cinquante prochaines années...

Combien de jours de gel ou de canicule dans trente ou soixante ans? Combien de degrés en plus à Lille, ou à Toulouse? Les climatologues s'attellent à la «régionalisation» de leurs projections pour aider les élus ou les agriculteurs à mieux anticiper les conséquences du changement climatique. Un nouveau portail Internet présenté mardi par Météo France fournit des projections régionalisées réalisées dans les laboratoires français de modélisation du climat. «Drias, les climats du futur» permet de se faire une idée un peu plus précise de ce qui nous attend à plus ou moins long terme (2035, 2055 ou 2085), en termes de températures moyennes ou maximales, de nombre de jours de gel ou de canicule, de volumes de précipitations, etc.

Préparer nos villes, notre littoral ou notre économie à un changement de climat

La France dispose depuis un an d'un plan national d'adaptation au changement climatique, soit 230 mesures à mettre en œuvre d'ici à 2015 pour commencer à préparer nos villes, notre littoral ou notre économie à une température moyenne plus élevée de 2, 3 voire peut-être 4°C d'ici à la fin du siècle. Mais encore faut-il, pour un élu, un chef d'entreprise ou un agriculteur, savoir précisément à quoi s'attendre dans sa ville ou sa région. Le développement d'un «site de référence pour diffuser les informations scientifiques» est l'une des mesures phares du plan national d'adaptation.

Les données, issues de plusieurs modèles et de différents scénarios d'émissions de CO2, sont accessibles en quelques clics et présentées de façon particulièrement précise, via des cartes nationales et régionales, avec certaines projections utilisant une résolution de seulement 8 kilomètres. «C'est une première internationale avec ce niveau de précision, on ne va pas loin de chez soi», remarque Pierre-Franck Chevet, directeur général de l'énergie et du climat au ministère de l'Ecologie.

Des données utiles pour les scientifiques et les bureaux d’études

A l'échelle mondiale, les modèles climatiques se rejoignent pour prévoir une hausse de plusieurs degrés du thermomètre d'ici plusieurs décennies. Mais ils ont souvent plus de mal à s'accorder au niveau régional. Pour la France, par exemple, le réchauffement global moyen fait consensus mais les changements à attendre en termes de précipitations, dans le sud-ouest, en Bretagne ou dans l'est, sont eux assez variés selon les modèles. «L'échelle régionale est intrinsèquement difficile», rappelle à l'AFP le climatologue Hervé Le Treut, directeur de l'Institut Pierre-Simon Laplace, l'un des laboratoires associés à cette opération. «La notion de précision est délicate, cette connaissance est assortie d'incertitudes», souligne-t-il. «En tant que laboratoire public, c'est un devoir de diffuser ce que l'on sait. Il faut simplement, quand on sort des informations de manière brute, les accompagner d'efforts de traduction», ajoute-t-il, en référence aux nombreuses fiches explicatives également mises en ligne.

«L'idée est d'aller aux limites de ce qu'on pense pouvoir raisonnablement fournir pour faire des études», précise Philippe Dandin, directeur de la climatologie à Météo-France, qui estime que ces innombrables données s'adressent en premier lieu à un public averti. Ces projections régionalisées pourront ainsi être utiles, estime-t-il, à des scientifiques désormais amenés à prendre en compte le climat, sur des sujets comme «la biodiversité ou la santé publique» ou aux bureaux d'étude travaillant pour des entreprises ou des collectivités sur des projets d'infrastructures industrielles ou de transports. Concernant uniquement la métropole, le portail sera étendu en 2013 à l'outre-mer.