Brésil: La ferme du monde contre le poumon de la planète

SOMMET RIO+20 Au Brésil, la déforestation est liée aux immenses exploitations agricoles, qui ne nourrissent pas la population brésilienne...

à Rio de Janeiro, Audrey Chauvet

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Déforestation de la forêt amazonienne, au Brésil.
Déforestation de la forêt amazonienne, au Brésil. — AZOURY RICARDO/F4/SIPA

On l’a surnommé «la ferme du monde». Le Brésil est devenu, en quelques années, le deuxième producteur mondial de soja et un leader des agrocarburants, en particulier de la production d’éthanol à partir de canne à sucre. Mais les 22% du PIB brésilien issus du secteur agroindustriel en 2011 ont été obtenus au détriment de la forêt amazonienne et des petits paysans, qui nourrissent les Brésiliens et pas leurs voitures.

Le Club Med et les Amap

Au Brésil, les petits agriculteurs représentent encore environ 70% du marché alimentaire national. Mais pour Yvonnick Huet, directeur général d’Agrisud International, «Les petits paysans sont exclus des circuits économiques par les plus grands acteurs». Ils se retrouvent alors confrontés à un choix: partir vers les favelas dans l’espoir d’y décrocher un petit boulot mieux rémunéré en ville ou bien trouver des débouchés différents leur permettant de mieux valoriser leur production.

Parmi ceux-ci, l’association Rede Ecologica organise des distributions de paniers de fruits et légumes à Rio. «Tout ce que nous proposons est bio et provient de la région», explique Tatiana, membre de l’association. Agrisud a pour sa part mis son expérience dans l’agroécologie au service de dix-huit producteurs de fruits et légumes qui approvisionnent depuis six mois le Club Med de Rio. «Notre rôle est de les aider à saisir cette opportunité, explique Yvonnick Huet. Nous rapprochons les deux parties et elles peuvent ainsi nouer une relation durable.» Pour cela, il a fallu s’adapter aux exigences du client, en termes de quantité et de qualité, sans oublier d’y apporter la touche de respect de l’environnement et de développement local qui représente la vraie valeur ajoutée du produit. Les producteurs se sont donc organisés en coopérative et ont suivi des formations à l’agroécologie. «Cela permet de faire accepter un prix un peu plus élevé au client», justifie Yvonnick Huet.

Deux ministères de l’agriculture

Maintenir ces petits paysans en activité ne permet pas seulement de les faire vivre eux, mais aussi d’alimenter tout le pays. Le programme «Fome zero», lancé il y a dix ans par le gouvernement brésilien pour éradiquer la faim, s’est beaucoup appuyé sur eux. Et avec succès: la malnutrition infantile a été réduite de 61 % et la pauvreté rurale de 15 %, selon une étude d’Oxfam. Malgré cela, l’agroindustrie continue d’avoir les faveurs du gouvernement. Symptôme de la rupture entre l’agriculture intensive et les paysans, le Brésil a deux ministères de l’Agriculture: le plus important est en charge de l’agriculture, de l’élevage et du ravitaillement, l’autre du Développement agraire. Le premier est aux mains du secteur agro-industriel, le second tente d’aider les petits producteurs.

Les grands propriétaires fonciers ont été montrés du doigt après le vote du nouveau code forestier, qui réduit la protection de la forêt. «Ils sont néfastes, et tout le monde le sait, s’indigne Dante Tavares, du WWF Brésil, mais ils ont la main mise sur une grosse partie de l’économie nationale.» On les laisse donc couper la forêt pour cultiver du soja et des agrocarburants ou élever des bovins, à grands coups d’OGM, de pesticides et avec un bilan environnemental désastreux.