Rio+20: L'Europe se heurte au mur des BRIC

SOMMET DE LA TERRE Quand la géopolitique se mêle à l'environnement, la planète n'en ressort pas toujours gagnante...

à Rio de Janeiro, Audrey Chauvet
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Dilma Rousseff, présidente du Brésil, et Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, lors du sommet Rio+20 le 21 juin 2012.
Dilma Rousseff, présidente du Brésil, et Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, lors du sommet Rio+20 le 21 juin 2012. — Roberto Stuckert/AP/SIPA

Depuis le premier sommet de la Terre en 1992, le monde a changé: bien sûr, le changement climatique s’est accéléré, les espèces disparaissent toujours en nombre et les ressources naturelles s’épuisent. Mais plus que ces constats maintenant reconnus par tous, les rapports de force entre pays émergents, les «BRIC» pour Brésil, Russie, Inde, Chine, et les pays développés ont profondément basculé. A l’issue du sommet des Nations unies sur le développement durable, de nombreux observateurs s’accordent sur l’importance de reconsidérer les questions géopolitiques.

Négociations brutales

Le texte final issu du sommet, vivement critiqué «ne reflète pas suffisamment les changements en termes de rapports de forces géopolitiques», estime l’eurodéputée Sandrine Bélier. «Le G77 regroupe encore des pays qui n’ont plus rien d’émergents, comme la Chine, le Brésil et l’Inde, et les pays les moins avancés». Or, ce bloc du G77 pèse lourd dans les négociations, surtout lorsqu’il s’allie avec de grandes puissances: «Ce sommet, on s’en souviendra comme celui de l’affirmation des BRIC, pense Maxime Combes, membre d’Attac France. Les émergents arrivent à imposer des textes grâce à des accords tacites avec les Etats-Unis ou le Canada».

Qu’ont-ils en commun? Du pétrole et du gaz dans leur sous-sol par exemple. «Ces pays veulent pouvoir continuer à exploiter leurs ressources naturelles sans que personne ne s’en mêle», déclare la sénatrice Laurence Rossignol. Et le Brésil, chargé en tant qu’hôte du sommet de mener les négociations, a été le bon petit soldat de tous ces pays: «Les négociations ont été menées brutalement par les Brésiliens avec un texte à prendre ou à laisser, témoigne Laurence Rossignol. On s’est vite rendu compte que le Brésil n’attendait rien de ce sommet en termes de rayonnement mais voulait avant tout protéger sa capacité à exploiter ses ressources naturelles».

L’Union européenne marginalisée

La vieille Union européenne, qui était jusqu’à présent un leader sur le chemin du développement durable, n’a pas réussi à se faire entendre face à ses jeunes pays avides de croissance économique. «L’Union européenne a été unie et offensive mais comme elle ne mettait pas de financements sur la table, elle n’a pas été écoutée», estime Laurence Rossignol.  Et peut-être aussi parce qu’elle n’est pas encore capable de donner un autre modèle de développement économique, non calqué sur les vieux modèles industrieux. «Aujourd’hui, quand on parle de transition écologique de l’économie, c’est un enjeu pour nous, pays au nord de la planète, pense Sandrine Bélier. Mais notre responsabilité est de donner l’exemple pour que les émergents et les pays en développement se développent avec un nouveau modèle économique, qui est le développement durable».