Espagne: Un projet de construction sur une plage d'Andalousie provoque la colère des écologistes

A.C. avec AFP

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La petite ville andalouse de Tarifa, paradis des véliplanchistes et "kite-surfers", fait l'objet d'un projet de construction qui fait polémique: la mairie veut y faire bâtir 350 maisons et des hôtels offrant 1.400 places. En tout, 84.000 mètres carrés construits sur un terrain de 70 hectares.
La petite ville andalouse de Tarifa, paradis des véliplanchistes et "kite-surfers", fait l'objet d'un projet de construction qui fait polémique: la mairie veut y faire bâtir 350 maisons et des hôtels offrant 1.400 places. En tout, 84.000 mètres carrés construits sur un terrain de 70 hectares. — Fernando Garcia Arevalo afp.com

Un projet de construction sur des terres sauvages jouxtant une plage paradisiaque d'Andalousie fait enrager écologistes et baigneurs tandis que la mairie affirme qu'il soulagerait l'économie, dans cette région du sud de l'Espagne frappée par un chômage record. «Il s'agit d'un urbanisme moderne, très éloigné de la construction à outrance qui a peuplé nos côtes il y a des décennies», affirme le maire, Juan Andres Gil Garcia, sur le site de la mairie. La municipalité rappelle ainsi que le projet n'autoriserait que des maisons d'un étage et des hôtels sur trois niveaux. Surtout, il permettrait de créer de l'emploi, alors que l'Andalousie affiche un taux de chômage record de 33%.

De nouveaux projets malgré des logements vides

S'y opposer va donc à l'encontre des intérêts de ses habitants, assure le maire. «C'est la pire chose qu'ils peuvent nous faire», accuse-t-il. L'argument ne convainc par les défenseurs de la plage. Ces hôtels et maisons «ne vont pas se remplir car la meilleure publicité pour Tarifa, c'est justement sa plage vierge», souligne Pilar Marcos. En outre, remarque Noelia Jurado, «il reste encore à Tarifa énormément de logements neufs qui sont vides depuis quatre ans».

La mairie veut faire bâtir 350 maisons et des hôtels offrant 1.400 places. En tout, 84.000 mètres carrés construits sur un terrain de 70 hectares. «C'est une folie: ils vont détruire un paradis», s'exclame Noelia Jurado, 37 ans, membre de la plate-forme citoyenne qui s'est créée lundi, «Sauvons Valdevaqueros», immédiatement après le vote de la mairie. Les détails du plan approuvé par la droite et les socialistes, avec la seule opposition des écolo-communistes d'Izquierda Unida, n'ont pas encore été communiqués aux habitants. «Il y a une grande opacité», s'indigne Noelia. Sa colère est partagée: la page Facebook de la plate-forme compte déjà 11.000 membres et des dizaines d'internautes ont posté les photos souvenir de vacances idylliques sur le site du quotidien El Pais, qui a ouvert un espace dédié. «Ne la détruisez pas, s'il vous plaît», s'exclame une lectrice qui a envoyé l'image de trois jeunes filles assises sur la dune dominant la plage.

L’Espagne a perdu 50.000 hectares de terre sauvage

L'indignation est à la mesure de la détérioration des côtes espagnoles, provoquée par des décennies de construction à outrance. Ces vingt dernières années, l'Espagne aurait ainsi perdu chaque jour l'équivalent de huit terrains de football de côte vierge, soit plus de 50.000 hectares, selon Greenpeace. Mais l'explosion de la bulle immobilière en 2008 a plongé l'Espagne dans la crise et les experts estiment aujourd'hui à environ un million le stock de logements neufs invendus. «Il est incompréhensible que les responsables publics lancent encore ce type de projets alors que ce modèle économique est obsolète», affirme Pilar Marcos, responsable de la protection des côtes de l'organisation.

La grande plage de Tarifa a jusque là été épargnée, notamment grâce à ce vent qui décourage souvent le farniente. Mais ailleurs en Andalousie, d'autres zones ont été endommagées, à l'image de l'immense carcasse d'hôtel plantée sur la plage d'Algarrobico, aux portes d'un parc naturel désertique. Condamné à la démolition par la justice à plusieurs reprises, ce projet enthousiasme pourtant une partie des habitants qui y voient une manne bienvenue d'emplois.