Sea Shepherd: «Paul Watson ne cherche qu'à faire respecter les lois»

INTERVIEW Lamya Essemlali, la biographe du président de Sea Shepherd, revient sur son arrestation...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

— 

Paul Watson à bord d'un navire de Sea Sheperd, en mai 2011.
Paul Watson à bord d'un navire de Sea Sheperd, en mai 2011. — COLLET GUILLAUME/SIPA

La vie de Paul Watson a des airs de légende. Depuis la mort d’un castor avec qui il s’était lié d’amitié à l’âge de onze ans jusqu’à son engagement pour les baleines dû à un échange de regards avec un cachalot, le président de Sea Shepherd fait voguer sa réputation de pirate, ou «d’écoterroriste» sur les mers du monde entier. Craint par les baleiniers, dénigré par Greenpeace et critiqué pour des propos polémiques sur la surpopulation mondiale, le Time Magazine l’a néanmoins désigné comme un des héros écologistes du XXe siècle. Paul Watson est aujourd’hui aux mains de la justice allemande qui l’a arrêté le 12 mai dernier en vue d’une extradition vers le Costa Rica. Sa biographe et présidente de Sea Shepherd France, Lamya Essemlali, assure que Paul Watson n’a rien à se reprocher.

Pourquoi Paul Watson a-t-il été arrêté?

Un mandat d’arrêt a été lancé par le Costa Rica en octobre 2011 pour infraction au trafic maritime en 2002. Cela tombait en même temps qu’une attaque devant la justice américaine par la flotte baleinière japonaise, et ce n’est pas un hasard: c’était juste avant la campagne Antarctique, et le Japon voulait bloquer Paul Watson pour ne pas devoir, comme l’an dernier, stopper sa campagne de chasse à cause à la baleine à cause de Sea Shepherd.

La personnalité de Paul Watson est polémique, notamment à cause de son amitié avec Brigitte Bardot et des actions musclées de Sea Shepherd. Est-ce vraiment un bon moyen de faire avancer la cause des baleines?

Brigitte Bardot et lui se connaissent depuis 1977, quand il l’a emmenée sur la banquise. Sa présence et ses photos avec les bébés phoques ont permis de mettre un coup d’arrêt à la chasse pendant dix ans. Sa fondation soutient les actions de Sea Shepherd, elle a toujours été loyale envers la cause et c’est ce qui nous importe, pas ses opinions politiques. Quant à la violence des actions, il faudrait redéfinir le terme: entre un harpon qui déchiquète une baleine et envoyer du beurre rance sur le pont d’un bateau, qu’est-ce qui l’est le plus? En trente-cinq ans, nous n’avons jamais blessé personne et nous n’avons jamais été inculpés parce qu’on a toujours respecté les lois. Nous agissons uniquement contre les braconniers et le massacre illégal, car pour nous la propriété privée utilisée illégalement a moins de valeur que les espèces. Nous ne faisons que pallier le manque de police en haute mer et exercer un droit d’ingérence dans cette zone de non droit.

Paul Watson tient des propos très durs sur l’espèce humaine et se prononce en faveur d’une limitation de la population mondiale. Comment peut-on vouloir sauver la planète sans les hommes?

Paul dit que nous sommes sept milliards sur une planète aux ressources finies, dans des sociétés vivant largement au-dessus de leurs moyens. C’est de la lucidité de se dire qu’on ne peut pas augmenter démographiquement avec ce mode de vie: cela remet en question nos modes de vie, mais n’oppose pas l’humain à la nature. Préserver la biodiversité, c’est éviter un suicide collectif et je pense pour cette raison que l’écologie est la plus grande cause humanitaire.

Vous critiquez beaucoup les autres ONG, vous les trouvez trop «molles». Pourquoi?

Il y a de la place pour toutes les formes d’engagement, mais certaines ONG deviennent des machines bureaucratiques qui agissent très peu par rapport à leurs moyens financiers. Des organisations qui discutent, il y a en des centaines, ça n’a jamais rien arrêté. Le nerf de la guerre c’est l’économie, il faut taper les braconniers au portefeuille car ils se fichent des lois ou de l’opinion publique. C’est bien de signer des pétitions ou de faire du lobbying, mais une fois que les lois sont votées et que les gouvernements sont d’accord, Paul Watson ne cherche qu'à faire respecter les lois.

Qu’est-ce qui pourrait mettre un terme à la lutte de Paul Watson?

Avoir une police internationale des mers qui fasse respecter les lois votées par les gouvernements.

Dans le livre «Entretien avec un pirate» publié aux éditions Glénat, Paul Watson répond aux questions de Lamya Essemlali, cofondatrice et présidente de Sea Shepherd France, livrant notamment de nombreuses anecdotes et se justifiant sur les actions de l'ONG. Un DVD,  «Le Dernier pirate» est aussi disponible.