Comment le Japon se passe du nucléaire

ENERGIE Alors que le gouvernement japonais vient de se fixer pour objectif de réduire de 20% la consommation d'électricité du pays cet été, tour d'horizon des moyens, plus ou moins sérieux, d'y arriver...

Audrey Chauvet

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La marque de lingerie Triumph Japan a lancé un soutien-gorge climatisé pour affronter l'été sans brancher la climatisation.
La marque de lingerie Triumph Japan a lancé un soutien-gorge climatisé pour affronter l'été sans brancher la climatisation. — AFP PHOTO / Yoshikazu TSUNO

«Setsuden»: ce mot japonais, qui signifie «économie d’énergie», s’affiche partout au Japon depuis que les réacteurs nucléaires ont cessé, l’un après l’autre, de fonctionner pour être soumis à des tests de résistance imposés après la catastrophe de Fukushima. Pour la première fois cette année, l’archipel nippon va traverser l’été, souvent caniculaire, sans l’aide de l’atome. Pour faire face à ces restrictions d’énergie, les Japonais ont trouvé des solutions sérieuses, et d’autres plus farfelues.

La règle de base: supprimer les consommations inutiles

Tokyo scintillant de mille néons publicitaires pourrait bien devenir une image de carte postale. Dans les villes japonaises, depuis un an, on a coupé toutes les lumières inutiles dans les bureaux et les administrations. La nuit, pas question de laisser son ordinateur allumé ou même en veille, les ascenseurs sont mis hors service dès le dernier employé parti et dans les gares, les métros et les centres commerciaux, les escalators se reposent. Les distributeurs de boissons ont été montrés du doigt par le gouverneur de Tokyo, qui les a accusé de consommer «autant que plusieurs réacteurs nucléaires»: fini les sodas frais, on emmène sa gourde isotherme avec soi.

Au travail, on adapte son emploi du temps et sa tenue

Certains Japonais n’ont pas dû être mécontents de se voir imposer des vacances en plein été pour réduire l’usage de la climatisation dans les bureaux. Plus généralement, les horaires de travail ont été revus: on travaille plus tôt le matin pour rester au frais, et les industries s’organisent pour que leurs chaînes de production ne fonctionnent pas en même temps. 

Côté vêtements, on ne parle plus de collection printemps/été ou automne/hiver mais de «cool biz» et de «warm biz». Les travailleurs japonais sont incités à venir travailler en tenue légère en été, quitte à tomber la cravate, et quelques créateurs ont eu des idées surprenantes: la marque Kuchofuku a créé une veste climatisée équipée de deux petits ventilateurs, tandis que Triumph Japan a innové avec un soutien-gorge rafraîchissant qui se range au congélateur. En hiver, on fait l’inverse et on s’habille chaudement pour limiter le chauffage dans les bureaux: la marque japonaise Uniqlo et ses sous-vêtements Heattech a fait florès grâce à ces mesures d’économie.

A la maison, on change de mode de vie

Chez eux, les Japonais réduisent l’usage de tous les appareils électroménagers, des cuiseurs à riz aux lave-vaisselle. Des recettes de cuisine ne nécessitant pas de cuisson s’échangent, à base de tofu, d’algues ou de cornichons. Les sashimis, des tranches de poisson cru, ont la cote. En hiver, pour se réchauffer, on consomme de la bière chaude avec du sucre et des épices, comme le propose un brasseur local.

L’hiver devient plus convivial: on s’équipe de bouillottes et de chaufferettes pour affronter les grands froids sans monter le chauffage, on se rassemble dans la même pièce pour faire marcher la chaleur humaine et on dort (au moins) à deux pour ne pas grelotter. En revanche, l’été, inutile de dormir tout nu: cela ne rafraîchit pas. Il vaut mieux se raconter des histoires qui font peur avant de s’endormir, histoire de se glacer le sang… Et on laisse les enfants s’adonner aux joies de l’uchimizu, une tradition qui consiste à asperger d’eau le pas de sa porte pour faire baisser la température. Pour ceux qui ont craqué pour un ventilateur, les autorités conseillent de placer devant une bouteille d’eau glacée qui en optimise l’effet. Beaucoup de Japonais ont également entrepris d’isoler leur maison, soit à l’aide de films plastique (à l’efficacité relative), soit avec des rideaux végétaux.

Petit détail qui a son importance: les Japonais sont incités à ne pas utiliser toutes les fonctions de leurs toilettes high-tech. Souvent dotées d’un siège chauffant et d’un système de jet nettoyant, les WC japonais consomment beaucoup trop d’énergie.

On trouve d’autres sources d’énergie

Le Japon planche sur de nouvelles sources d’énergie: une ferme d’éoliennes flottante est en projet au large de Fukushima et les «onsen», des sources d’eau chaude volcaniques, sont envisagées comme de futures centrales d’énergie géothermique. Mais avant qu’un vrai virage énergétique ne soit pris, le Japon a recours aux énergies fossiles importées, en attendant de redémarrer quelques réacteurs. Sauf si la population, refroidie par Fukushima, s’y oppose: les Japonais pourraient préférer une vie sobre en énergie à la menace d’une autre catastrophe nucléaire.

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