Avec la victoire de François Hollande, la France se prépare à entamer un tournant énergétique, matérialisé par la fermeture annoncée de la centrale de Fessenheim, même si le nucléaire maintiendra sa prééminence durant le quinquennat qui s'ouvre.
Avec la victoire de François Hollande, la France se prépare à entamer un tournant énergétique, matérialisé par la fermeture annoncée de la centrale de Fessenheim, même si le nucléaire maintiendra sa prééminence durant le quinquennat qui s'ouvre. — Frederick Florin afp.com

PRESIDENTIELLE

François Hollande fera-t-il prendre à la France un virage énergétique?

Le président élu s'est engagé à réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français...

Avec la victoire de François Hollande, la France se prépare à entamer un tournant énergétique. Même si le nucléaire devrait rester prééminent durant le quinquennat qui s'ouvre, le président élu a promis, dans son programme, d'engager «la réduction de la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75% à 50% à l'horizon 2025». L'objectif est conforme à l'accord négocié entre le PS et EELV, mais il ne devrait commencer à se concrétiser que vers la fin de la décennie. En effet, François Hollande a martelé qu'il ne fermerait durant son quinquennat qu'une seule centrale nucléaire, celle de Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne du parc nucléaire français, et qu'il achèverait la construction de l'EPR de Flamanville (Manche). Ce réacteur de troisième génération est censé entrer en service en 2016.

Si la part du nucléaire sera donc peu ou prou maintenue dans les cinq ans qui viennent, la nouvelle majorité devra préciser la trajectoire pour la suite, sachant que l'accord PS/EELV prévoyait la fermeture de 24 réacteurs sur les 58 existants d'ici à 2025. Cette transition devrait faire la part belle au développement des énergies renouvelables et aux économies d'énergies. «Sur la route du déploiement de ce programme énergétique, les modalités pratiques seront déterminantes» et «le réalisme sera, plus que jamais, de mise sur des choix qui engagent la France pour les vingt prochaines années», a souligné lundi l'Union française de l'électricité, qui représente les entreprises du secteur.

Blocage des prix des carburants

Toutefois, la fermeture de Fessenheim et la réduction du poids du nucléaire ne sont pas en tête des préoccupations du nouveau président en matière d'énergie. Une mesure plus visible a été promise pendant ses cent premiers jours à l'Elysée: le blocage des prix des carburants pendant trois mois. Bien que les prix à la pompe, après avoir enchaîné les sommets, se soient un peu assagis depuis quelques semaines, cette mesure est présentée comme un élément clef d'une politique visant à redonner du pouvoir d'achat aux Français.

Durant la campagne, François Hollande avait expliqué que pendant ce gel, la fiscalité des carburants serait révisée, «à commencer par une réintroduction de la TIPP flottante», dans le but de «restituer aux consommateurs ce que l'État perçoit en recettes supplémentaires» en cas de flambée du brut. La TIPP flottante est une taxe qui varie à l'inverse des cours des produits pétroliers, permettant d'amortir les variations des prix à la pompe.

Facturation progressive de l’électricité

Autre chantier annoncé en matière d'énergie, la mise en place d'une facturation progressive de l'électricité et du gaz, sur une base «volontaire». La consommation considérée comme «essentielle» serait moins chère, mais l'énergie supplémentaire deviendrait plus coûteuse afin d'encourager les comportements vertueux. Cela implique des garde-fous pour éviter de pénaliser les ménages précaires qui, paradoxalement, consomment souvent le plus d'énergie car ils occupent des logements vétustes et énergivores.

Enfin, au-delà de ces mesures, une question subsidiaire agite le secteur: quel sort le nouveau président réservera-t-il à Henri Proglio, nommé fin 2009 PDG d'EDF par Nicolas Sarkozy? Alors que certains considèrent ses jours comme comptés à la tête de l'électricien national, la faute à sa rivalité avec l'ex-patronne d'Areva Anne Lauvergeon et à sa défense véhémente du nucléaire, d'autres soulignent ses liens à gauche, cultivés du temps de sa longue carrière au sein de l'ex-Générale des Eaux.