Le bateau solaire Planetsolar est sur le point de boucler son tour du monde

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Un tour du monde en bateau avec pour seul moteur le soleil: le Planetsolar est sur le point de boucler un an et demi d'une "éco-aventure" jamais tentée auparavant, qui peut avoir des débouchés concrets notamment dans le tourisme.
Un tour du monde en bateau avec pour seul moteur le soleil: le Planetsolar est sur le point de boucler un an et demi d'une "éco-aventure" jamais tentée auparavant, qui peut avoir des débouchés concrets notamment dans le tourisme. — Pascal Pochard Casabianca afp.com

Un tour du monde en bateau avec pour seul moteur le soleil: le Planetsolar est sur le point de boucler un an et demi d'une «éco-aventure» jamais tentée auparavant, qui peut avoir des débouchés concrets notamment dans le tourisme. «L'idée est née en 2004 quand j'ai observé la fonte complète d'un glacier de 500 mètres d'épaisseur en Islande. J'ai pris conscience que les changements climatiques sont une réalité et qu'il fallait faire quelque chose», a raconté à l'AFP Raphaël Domjan, un Suisse de 40 ans, chef de l'expédition, lors d'une traversée entre l'île d'Elbe (Italie) et la Corse (France).

«On a tout à disposition pour protéger la planète»

Inspiré par la lecture de Jules Verne, cet ingénieur électronicien de profession sonde des sponsors pour faire bâtir un catamaran de 31 mètres de long, le plus grand bateau solaire du monde. Son rêve devient réalité après sa rencontre en 2008 avec l'industriel allemand Immo Ströher. Le Planetsolar, fruit de leur partenariat, a largué les amarres en septembre 2010 de Monaco et reviendra à la case départ le 4 mai, après pratiquement 600 jours de navigation autour de la planète avec un équipage franco-germano-suisse formé de Raphaël, d'un commandant de bord, du chef du chantier de construction et d'un mécanicien.

Après avoir traversé l'Atlantique et passé le canal du Panama, ils ont mis le cap sur le Pacifique puis sont revenus en Europe en franchissant le canal de Suez. Pour Raphaël, ce périple «démontre qu'on a tout à disposition, les connaissances, les technologies, les matières premières et les énergies renouvelables pour devenir durable et protéger la planète».

Voguer le plus près possible de l'Equateur

Avec ses 537m2 de panneaux solaires, le Planetsolar arrive à produire 500 à 600 kw/heure par beau temps, de quoi parcourir un maximum de 300 kilomètres lorsque la batterie est rechargée à 100%. La vitesse est à peu près celle d'un voilier puisque le moteur a la puissance d'un scooter. A bord, tout fonctionne grâce au soleil: du moteur jusqu'aux ordinateurs en passant par le chauffage de l'eau. «Le bateau n'a pas été facile à construire même si cela ne nous a pris qu'un un an et demi, un record. Il fallait par exemple trouver les bons modules solaires», explique Jens Langwasser, 28 ans, chef du projet de construction qui a fini par s'embarquer sur le PlanetSolar. Le principe de base était d'utiliser uniquement des technologies disponibles dans le grand public. Au final, la construction de ce prototype a coûté 15 millions d'euros, à peine plus qu'un navire classique de 30 mètres de long.

Piloter le Planetsolar n'est pas non plus de tout repos. Comme il lui faut un maximum de soleil, le navire a dû voguer le plus près possible de l'Equateur et suivre des routes qui changeaient constamment. «On reçoit deux fois par jour des bulletins météos avec les prévisions d'ensoleillement. Parfois on doit ralentir pour passer à travers une petite bande de nuages et trouver une zone de soleil», souligne le capitaine Erwann Le Rouzic, 40 ans, commandant expérimenté de paquebots. Ce système a valu une pointe de frustration et beaucoup de patience à l'équipage, en particulier quand le bateau est resté bloqué trois jours devant les côtes australiennes à cause d'une tempête.

Victoire en Equateur

Mais Erwann est encore épaté d'avoir dirigé un bateau uniquement mû par l'énergie solaire. «Bien sûr ce ne peut être appliqué que dans les zones ensoleillées et sur certains bateaux et je ne dis pas qu'on verra dans dix ans des porte-conteneurs solaires mais maintenant on sait que ça marche et il y a beaucoup d'applications possibles», dit-il en citant les bateaux de plongée pour touristes en Mer Rouge. Pour Raphaël, c'est mission accomplie puisqu'il voulait montrer au monde industriel, aux entrepreneurs et aux politiques qu'il n'était pas un illuminé à la Phileas Fogg. Il a d'ailleurs encaissé une première victoire puisqu'après le passage du Planetsolar aux Galapagos, le gouvernement équatorien a interdit l'accès d'une île aux bateaux à moteurs classiques, n'autorisant plus que les embarcations «électrico-solaires».