Brésil: Les animaux sauvages victimes d'un trafic lucratif

ANIMAUX Aras, singes et pumas sont au coeur d'un commerce qui rapporte beaucoup d'argent...

A.C. avec AFP

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Petits oiseaux chanteurs, grands aras bleus et jaunes d'Amazonie, perroquets verts, singes, tortues, serpents, pumas... le trafic d'animaux n'épargne aucune espèce au Brésil, même celles en voie de disparition. C'est aussi le plus lucratif après la drogue et les armes.
Petits oiseaux chanteurs, grands aras bleus et jaunes d'Amazonie, perroquets verts, singes, tortues, serpents, pumas... le trafic d'animaux n'épargne aucune espèce au Brésil, même celles en voie de disparition. C'est aussi le plus lucratif après la drogue et les armes. — Christophe Simon afp.com

Petits oiseaux chanteurs, grands aras bleus et jaunes d'Amazonie, perroquets verts, singes, tortues, serpents, pumas... le trafic d'animaux n'épargne aucune espèce au Brésil, même celles en voie de disparition. C'est aussi le plus lucratif après la drogue et les armes. «D'après nos estimations quelque 38 millions d'animaux sauvages - dont 80% d'oiseaux - sont retirés en fraude de la forêt par an au Brésil et près de 90% meurent pendant leur transport», a déclaré à l'AFP Rauff Lima, porte-parole de l'ONG Renctas qui, en 2001, a publié le premier rapport national sur le trafic d'animaux.

Deux milliards de dollars par an

Les trafiquants gagnent près de deux milliards de dollars par an au Brésil, ce qui fait du trafic d’animaux le commerce illégal le plus rentable après la drogue et les armes, selon Renctas. La police fédérale brésilienne saisit en moyenne 250.000 animaux par an et l'Institut brésilien de l'environnement (Ibama) en capture 45.000 lors de contrôles qui ont été multipliés au cours des dernières années dans tout le pays.

Au Centre de tri d'animaux sauvages (Cetas) de Rio de Janeiro, un organisme qui dépend de l'Ibama, le vétérinaire Daniel Neves s'occupe de quelque 1.600 animaux recueillis souvent affamés ou malades, victimes des contrebandiers brésiliens. Situé dans une zone forestière, à 75 km du centre de Rio, le Cetas ressemble à un zoo. Les grands aras disposent d'une longue cage dénommée «couloir de vol» qui leur permet de voler en vue d'une éventuelle remise en liberté. Mais dans 700 autres cages, les oiseaux sont entassés dans des conditions précaires.

La police resserre l'étau

Les animaux «restent en quarantaine jusqu'à ce que leur état de santé s'améliore. Le but est de les relâcher dans la nature mais on n'y arrive que pour 20% à 30% d'entre eux. Les aras pourraient aller dans des zoos mais ils sont déjà surpeuplés», déplore le vétérinaire qui estime que le Brésil «devrait se doter d'une loi d'adoption pour les animaux». «C'est sûr que celui qui est prêt à adopter un ara aveugle ne lui fera aucun mal», argue le vétérinaire. «C'est un vrai problème car ils ne sont plus aptes à se débrouiller tous seuls dans la nature», a dit Daniel Neves.

Depuis 2001, la police resserre l'étau autour des braconniers et des trafiquants. Le but immédiat de la police est de réduire les bénéfices et d'augmenter les risques des chasseurs et des contrebandiers, ce qui demande un gros travail préalable des services de renseignements, selon elle. Acheter au marché noir un perroquet vert ou un toucan extrait de son milieu naturel coûte moins de cent dollars alors qu'il en vaut dix fois plus dans une boutique légale. C'est cette différence de prix qui encourage le trafic, selon la police.

627 espèces sont en voie de disparition

Le Brésil et ses 8,5 millions de km2 (soit près de 16 fois la France) a la plus grande biodiversité du monde avec l'Indonésie. Au total, on y a dénombré 530 espèces de mammifères, 1.800 d'oiseaux, 680 de reptiles, 800 d'amphibiens et 3.000 de poissons. D'après le «Livre Rouge» du ministère de l'Environnement, au moins 627 espèces sont en voie de disparition, un nombre qui a triplé en quinze ans. C'est en 2001 qu'a disparu la dernière «ararinha azul» (Cyanopsitta spixii), le perroquet «Blu» du récent dessin animé Rio, en liberté dans l'Etat de Bahia (nord-est) et il n'en reste que quelque 70 autres en captivité dans le monde. «Ils sont dans la main de collectionneurs particuliers qui les ont acquis illégalement», a souligné Rauff Lima.